Economie

Nokia veut supprimer un tiers des effectifs d'Alcatel-Lucent

  • PubliĂ© le 23 juin 2020 Ă  00:07
  • ActualisĂ© le 23 juin 2020 Ă  05:14
Le finlandais Nokia annonce la suppression en France de 1.233 emplois de sa filiale Alcatel-Lucent, soit un tiers des effectifs de cette entreprise dans l'Hexagone

L'équipementier télécoms finlandais Nokia, qui veut "réduire ses coûts", a annoncé lundi la suppression en France de 1.233 emplois de sa filiale Alcatel-Lucent, soit un tiers des effectifs de cette entreprise dans l'Hexagone: "une catastrophe", s'inquiÚtent les syndicats.

Le groupe prévoit de supprimer 402 postes à Lannion (CÎtes-d'Armor) et 831 à Nozay (Essonne), au cours de l'année 2021, ont précisé à l'AFP Bernard Trémulot (CFDT) et Frédéric Aussedat (CFE-CGC), à l'issue d'un comité social et économique (CSE) central.

"C'est une catastrophe", a dénoncé M. Trémulot. "Ce sera le quatriÚme plan de licenciements collectifs depuis que Nokia a racheté Alcatel-Lucent début 2016", a protesté dans un communiqué l'intersyndicale CFDT, CFE-CGC, CGT et CFTC de cette filiale. Et "à chaque plan social, les conditions de départ se détériorent", a critiqué M. Aussedat.

Nokia doit "amĂ©liorer trĂšs significativement" son plan, a souhaitĂ© le ministĂšre de l'Économie, dans la foulĂ©e de cette annonce. Les syndicats doivent ĂȘtre reçus mardi, Ă  14H30, par le cabinet de la secrĂ©taire d'État AgnĂšs Pannier-Runacher.

Pour supprimer ces postes, Nokia prĂ©voit un plan de dĂ©parts volontaires et "des solutions de reclassement", a prĂ©cisĂ© la direction dans un communiquĂ©. Les emplois supprimĂ©s concerneront les fonctions support, mais surtout la recherche et dĂ©veloppement (R&D). "Ils attaquent la R&D", "c'est incomprĂ©hensible", a considĂ©rĂ© M. TrĂ©mulot, qui craint "une condamnation" Ă  terme du site de Lannion, oĂč travaillent prĂšs de 770 personnes actuellement contre "plus de 2.000 Ă  la fin des annĂ©es 1990".

Précisément, "83% des suppressions d'emplois" touchent la R&D, une proportion qui atteint "95% à Lannion et 77%" à Nozay (environ 2.870 salariés), a déclaré M. Aussedat, lors d'une visioconférence de presse.

Ces suppressions de postes s'inscrivent "dans le cadre d'un plan mondial de rĂ©duction des coĂ»ts" lancĂ© fin 2018, a expliquĂ© Nokia, qui veut "intensifier ses efforts pour amĂ©liorer sa compĂ©titivitĂ© et garantir sa performance Ă  long terme", "dans un contexte de marchĂ© oĂč la pression sur les coĂ»ts demeure trĂšs importante".

- "Une trahison pour tout le monde" -

Trois autres filiales françaises, Radio Frequency Systems (RFS, 170 salariés), Nokia Bell Labs France (NBLF, 200 salariés) et Alcatel Submarine Networks (ASN, 1.000 salariés), "demeurent en dehors du périmÚtre de ce projet", ajoute la direction, qui entend "rationaliser ses activités en France". Iris Télécommunication (120 salariés en France) est aussi épargnée.

"Nokia continuera Ă  ĂȘtre un employeur important en France avec un ancrage solide au niveau de la R&D, des ventes et des services", a affirmĂ© le prĂ©sident de Nokia en France, Thierry Boisnon. "La France restera un pĂŽle de R&D dĂ©terminant au sein de Nokia, principalement autour du dĂ©veloppement des technologies 5G et de la transmission par faisceaux hertziens, ainsi que dans la recherche avancĂ©e", promet-il dans le communiquĂ© du groupe.

Mais pour l'intersyndicale d'Alcatel-Lucent, l'annonce de cette nouvelle restructuration a été "vraiment un gros coup de massue", a souligné Pascal Guihéneuf (CFDT). Deux manifestations, l'une à Paris, l'autre à Lannion, sont prévues à "des dates pas encore fixées", a-t-il dit. "On va à la bataille."

Alors que le tĂ©lĂ©travail reste privilĂ©giĂ© dans l'entreprise, "on va faire revenir nos collĂšgues sur site pour des actions syndicales fortes", a indiquĂ© Claude Josserand (CGT), qui prĂŽne, "pour commencer, l'arrĂȘt de tout l'extra de travail du soir, du week-end, des 2X8".

"On ne va pas se laisser faire", a renchéri M. Trémulot. "Ce quatriÚme plan social de l'Úre Nokia est une trahison, pas seulement pour les salariés, mais aussi pour les politiques. Tout le monde doit se sentir trahi" par un projet "purement financier", a-t-il estimé. Le troisiÚme plan social, portant sur plus de 400 postes, "n'est pas encore terminé", a-t-il relevé. Auparavant, Alcatel-Lucent avait déjà été visé par deux restructurations, en mai 2016 (-400 emplois) et en octobre 2017 (-450).

À Lannion, le maire Paul Le Bihan s'est montrĂ© trĂšs inquiet car Nokia "est un des piliers de l'Ă©conomie locale". François Durovray, prĂ©sident de l'Essonne, a demandĂ© Ă  Bercy "d'organiser en urgence une rĂ©union avec les reprĂ©sentants de l'entreprise et les Ă©lus du territoire".

AFP

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