Lisse dans la forme, inflexible sur le fond: Norbert Hofer, candidat du FPĂ Ă la prĂ©sidentielle autrichienne dimanche, a contribuĂ© Ă polir l'image de ce parti d'extrĂȘme droite sans renier ses fondements populistes et xĂ©nophobes.
Des diatribes, des invectives, une mine grave ? TrÚs peu pour cet ingénieur aéronautique de formation de 45 ans, partiellement handicapé à la suite d'un accident de parapente, qui s'efforce de toujours conserver un demi-sourire et un ton mesuré.
Militant depuis sa jeunesse du Parti de la libertĂ© d'Autriche (FPĂ) et vice-prĂ©sident du parlement autrichien depuis 2013, ce bras droit de Heinz-Christian Strache, le chef de la formation, a longtemps savourĂ© son rĂŽle d'homme de l'ombre qui lui a permis de se prĂ©senter comme "neuf, honnĂȘte, compĂ©tent".
Sa courte défaite face à l'écologiste Alexander Van der Bellen en mai, lors d'un scrutin annulé pour vice de procédure et organisé une nouvelle fois, lui a depuis assuré une notoriété mondiale sans lui faire perdre son affabilité.
Mais sous des airs avenants, ce membre de la corporation estudiantine pangermanique Marko-Germania, qui avoue aimer se promener armĂ© d'un pistolet, est un idĂ©ologue inflexible du FPĂ, dont il est le vice-prĂ©sident depuis que M. Strache a pris le contrĂŽle du parti en 2005.
"M. Hofer dĂ©fend les positions de M. Strache, mais avec une patte de velours", et "engrange des voix grĂące Ă son aspect sympathique", tandis que M. Strache se rĂ©serve pour la chancellerie, rĂ©sume le quotidien Ăsterreich.
- 'Grande habileté' -
Né le 2 mars 1971 dans une famille bourgeoise, ce fils d'un élu municipal conservateur grandit dans le Burgenland, non loin de la frontiÚre hongroise. Il devient responsable régional du FPà dÚs 1996.
En 2005, quand le leader historique du parti, Jörg Haider, est supplanté par M. Strache, tenant d'un durcissement de la ligne politique, M. Hofer opte pour le camp de ce dernier.
Mais les résultats du FPà plongent à la suite d'une longue série de dérapages. Incarnation de l'aile "brune" du parti, la candidate à la présidentielle 2010, Barbara Rosenkranz, n'obtient que 15,2% des suffrages.
Aux cÎtés du secrétaire général Herbert Kickl, M. Hofer conseille alors à M. Strache, de deux ans son aßné, d'afficher une ligne plus modérée et d'écarter les caciques les plus encombrants.
Sous son impulsion, le FPĂ polit son discours, bannit les expressions ouvertement xĂ©nophobes et antisĂ©mites et met l'accent sur le pouvoir d'achat, la protection sociale et la dĂ©mocratie directe, grignotant l'Ă©lectorat populaire du parti social-dĂ©mocrate SPĂ.
Un pari gagnant: dopé par la crise des migrants et l'usure de la grande coalition que forme le SPà avec les conservateurs depuis 2007, M. Hofer manque de peu de battre M. Van der Bellen en mai.
"En s'abstenant de recourir aux messages agressifs auxquels on est habituĂ© de la part du FPĂ, il a fait preuve d'une grande habiletĂ©", souligne le politologue Thomas Hofer.
Mais le candidat a prévenu qu'il resterait inflexible sur les "valeurs" du FPà une fois à la présidence et a menacé de limoger le gouvernement s'il le juge nécessaire.
Pour sa nouvelle campagne, il a adopté le slogan "Avec l'aide de Dieu", un appel du pied à un électorat conservateur et ùgé, jugé toutefois sacrilÚge par certains responsables religieux.
Nourri des techniques de communication issues de la programmation neuro-linguistique, il s'efforce d'Ă©viter les dĂ©rapages verbaux, mĂȘme s'il a durant sa campagne qualifiĂ© M. Van der Bellen tour Ă tour de "fasciste vert" et de "communiste".
Son principal faux-pas reste toutefois, de son propre aveu, d'avoir affirmé sur un ton goguenard que les Autrichiens seraient "étonnés" de voir l'étendue des pouvoirs dont il entendait user une fois élu président, une séquence reprise en boucle sur les réseaux sociaux. L'usage veut que le président autrichien se cantonne à des tùches protocolaires.
Afin de rassurer l'électorat, il a annoncé renoncer à arborer un bleuet à la boutonniÚre, une fleur considérée comme un signe de ralliement des nostalgiques du nazisme.
Mais pour Christian Rainer, rédacteur en chef de l'hebdomadaire Profil, il n'en demeure pas moins "quelqu'un qui est fasciné par l'idéologie de la Grande Allemagne".
Aux questions rĂ©currentes sur les "deux visages" qui lui sont prĂȘtĂ©s, M. Hofer a rĂ©pondu par cette boutade: "Oui, j'ai deux visages: un sympathique et un trĂšs sympathique."
M. Hofer est marié en secondes noces et a quatre enfants.
- © 2016 AFP
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