Tensions

Nouvelle profanation du Coran, crise diplomatique entre l'Irak et la SuĂšde

  • PubliĂ© le 21 juillet 2023 Ă  05:55
  • ActualisĂ© le 21 juillet 2023 Ă  05:57
Des soutien du leader religieux chiite Moqtada Sadr, dont l'effigie s'affiche sur un panneau (d), essaient d'escalader la barriĂšre devant l'ambassade de SuĂšde Ă  Bagdad, le 20 juillet 2023 ( AFP / Ahmad AL-RUBAYE )

L'Irak a ordonné jeudi l'expulsion de l'ambassadrice suédoise à Bagdad en réaction à la profanation d'un exemplaire du Coran à Stockholm, une initiative qui a aussi entraßné un assaut contre l'ambassade suédoise à Bagdad, incendiée par des manifestants.

Alors mĂȘme que se dĂ©roulait le mini-rassemblement dans la capitale suĂ©doise oĂč le livre sacrĂ© de l'islam a Ă©tĂ© piĂ©tinĂ©, mais pas brĂ»lĂ© comme prĂ©vu, le gouvernement irakien a ordonnĂ© l'expulsion de l'ambassadrice du pays scandinave Ă  Bagdad, et rappelĂ© son propre reprĂ©sentant.

Les autorités irakiennes ont aussi annoncé suspendre la licence du géant suédois de l'équipement télécoms Ericsson dans le pays.

Jeudi soir, quelque 200 manifestants ont dénoncé à Bagdad la profanation du Coran. "Oui, oui, au Coran", ont-ils scandé, brandissant notamment le livre sacré de l'islam ainsi que des drapeaux irakiens.

Certains ont brûlé des drapeaux suédois, selon un photographe de l'AFP. "C'est une agression contre deux milliards de musulmans", s'est emporté Amjad al-Maliki, un fonctionnaire de 46 ans.

AprĂšs l'annonce mercredi de la police suĂ©doise qu'elle autoriserait le mini-rassemblement oĂč devait ĂȘtre brĂ»lĂ© un exemplaire du Coran, des partisans du leader religieux chiite Moqtada Sadr ont pris d'assaut Ă  l'aube l'ambassade de SuĂšde Ă  Bagdad et l'ont incendiĂ©e avant d'ĂȘtre dispersĂ©s par la police avec des canons Ă  eau.

Le ministÚre suédois des Affaires étrangÚres, qui a assuré que le personnel diplomatique était "en sécurité", a dénoncé une attaque "inacceptable". Il a ensuite convoqué le chargé d'affaires irakien à Stockholm.

- "Acte provocateur" -

La France et les Etats-Unis ont "condamnĂ©" l'attaque de l'ambassade, Washington jugeant "inacceptable que les forces de sĂ©curitĂ© irakiennes n'aient pas agi pour empĂȘcher les manifestants" d'y pĂ©nĂ©trer.

La Turquie, qui a longtemps bloqué l'adhésion de la SuÚde à l'Otan, a condamné la profanation "ignoble" et exhorté Stockholm à "prendre des mesures dissuasives" pour éviter tout nouvel acte similaire.

Dénonçant de son cÎté la profanation du Coran, l'Organisation de coopération islamique (OCI) a elle parlé d'un "nouvel acte provocateur". Son secrétaire général, Hissein Brahim Taha, a exhorté Stockholm à "cesser de délivrer des autorisations (de rassemblements, NDLR) à des groupes et individus extrémistes", selon un communiqué.

Le chef du Hezbollah pro-iranien, Hassan Nasrallah, a réclamé de son cÎté l'expulsion de l'ambassadrice suédoise au Liban et a appelé à manifester.

Durant l'incident de l'aube à Bagdad, certains manifestants ont été pourchassés avec des matraques électriques pendant que d'autres répliquaient avec des jets de pierres, selon un photographe de l'AFP.

AprĂšs plusieurs heures de tensions entre manifestants et forces anti-Ă©meutes devant le bĂątiment de l'ambassade suĂ©doise, oĂč l'ampleur des dĂ©gĂąts n'est pas encore connue, le calme a Ă©tĂ© rĂ©tabli.

Environ 20 personnes ont Ă©tĂ© arrĂȘtĂ©es, selon une source sĂ©curitaire. Les autoritĂ©s irakiennes ont dĂ©cidĂ© de "traduire en justice les auteurs de l'incendie qui ont Ă©tĂ© interpellĂ©s", selon les services du Premier ministre irakien.

Quelques heures aprÚs les violences à Bagdad, l'organisateur du rassemblement à Stockholm, Salwan Momika, un Irakien de 37 ans réfugié en SuÚde, a profané un exemplaire du Coran mais n'est pas allé jusqu'au bout de son projet.

Devant une assistance tenue Ă  distance par des barriĂšres et d'oĂč montaient des cris et autres "Allah akbar!" ("Dieu est le plus grand"!), il a piĂ©tinĂ© Ă  plusieurs reprises et mis en piĂšces un exemplaire du livre, sans y mettre le feu comme il l'avait annoncĂ©.

"Je n'aime pas le fait de brûler des textes sacrés donc je suis trÚs heureux que cela n'a pas eu lieu aujourd'hui", a réagi auprÚs de l'AFP Rickard Wall, retraité de 66 ans habitant Stockholm.

- "Un clown" -

"Ce n'est qu'un cirque, ce n'est qu'un spectacle, il veut de la publicité, ce n'est qu'un clown", a-t-il ajouté.

La police suédoise avait autorisé le rassemblement au nom de la liberté de réunion, tout en soulignant que cela n'équivalait pas à approuver ce qui s'y produirait.

Fin juin, Salwan Momika avait dĂ©jĂ  brĂ»lĂ© quelques pages d'un exemplaire du Coran devant la plus grande mosquĂ©e de Stockholm au premier jour de l'AĂŻd al-Adha, une fĂȘte cĂ©lĂ©brĂ©e par les musulmans Ă  travers le monde.

Ce premier incident avait poussé les partisans de Moqtada Sadr à prendre d'assaut l'ambassade de SuÚde à Bagdad, mais ils en étaient vite ressortis.

Le geste de M. Momika à Stockholm avait alors provoqué une volée de condamnations internationales.

Ce type d'actions a dĂ©jĂ  eu lieu en SuĂšde ou dans d'autres pays d'Europe, parfois Ă  l'initiative de mouvements d'extrĂȘme droite.

En janvier, l'extrémiste de droite suédo-danois Rasmus Paludan s'était plié à l'exercice à proximité de l'ambassade de Turquie.

AFP

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