Pas de miracle et un "échec" pour le conclave des retraites

  • PubliĂ© le 24 juin 2025 Ă  09:42
  • ActualisĂ© le 24 juin 2025 Ă  09:43
Le président du Medef Patrick Martin face à la presse à Paris le 23 juin 2025 ( AFP / Alain JOCARD )

AprÚs quatre mois de concertations, le conclave des retraites s'est finalement soldé par un "échec", ont annoncé lundi soir les partenaires sociaux: c'est aussi un revers pour la méthode de dialogue social promue par François Bayrou.

Le Premier ministre prendra la parole mardi matin à 07H00 à l'HÎtel de Matignon, ont annoncé ses services.

Syndicats et patronat se sont renvoyé la responsabilité de l'impasse.

"Le constat est fait que le patronat ne bougera pas sur la rĂ©paration de la pĂ©nibilitĂ© (c'est-Ă -dire ouvrir sur des dĂ©parts anticipĂ©s, ndlr) c'est un Ă©chec de la nĂ©gociation", a dĂ©clarĂ© Yvan Ricordeau, reprĂ©sentant de la CFDT. "La discussion s'arrĂȘte", a-t-il ponctuĂ©.

"Cette négociation était jouable, si l'accord ne se fait pas, c'est à cause des organisations patronales", a regretté Pascale Coton, négociatrice de la CFTC. "C'était la premiÚre fois que nous avions du +plus+ pour les femmes (propositions de pensions réévaluées pour les mÚres, ndlr), c'est quelque chose qui me met trÚs en colÚre", a-t-elle confié.

"Nous regrettons cet échec, c'est dommage pour la démocratie sociale", a commenté Diane Milleron-Deperrois, représentante du Medef. "Au Medef, on a gardé une ligne trÚs claire, en étant constant dans une ligne responsable: on n'était pas en mesure d'augmenter les cotisations salariales et patronales", a-t-elle insisté.

La CPME (patronat des petites et moyennes entreprises) "regrette" Ă©galement ce dĂ©saccord dans un communiquĂ©, un Ă©chec "d'autant plus incomprĂ©hensible", selon elle, "que tous les partenaires sociaux partageaient la mĂȘme volontĂ© de se voir transfĂ©rer la gouvernance du systĂšme de retraite selon les mĂȘmes modalitĂ©s que l'AGIRC ARRCO".

L'aprÚs-midi avait commencé par un coup médiatique: Patrick Martin, président du Medef, et Amir Reza-Tofighi, président de la CPME, convoquant la presse une demi-heure avant la reprise du conclave à 15H00.

Sur le trottoir, devant le bùtiment abritant ces discussions, ils s'étaient dits confiants dans un accord grùce à une "proposition commune" sur "les différents éléments qui sont attendus par les syndicats de salariés", notamment sur les carriÚres des femmes ou la pénibilité.

Dans ses nouvelles propositions, le patronat a notamment semblé ouvrir une petite porte vers un départ anticipé à la retraite en cas d'usure, mais seulement sur avis médical. Insuffisant pour les syndicats, qui veulent une automaticité sur la question et fustigent autant le fond que la forme.

"On demande que la négociation se fasse sur le texte paritaire", déjà sur la table et non sur les nouvelles propositions du Medef, avait alors insisté Yvan Ricordeau.

- "Guet-apens ?" -

Ce dernier avait d'ailleurs interpellé, sur le pavé, le dirigeant du Medef, devant les caméras, aprÚs le mini point-presse patronal:

- "Monsieur Martin ? Est-ce que la négociation s'opÚre sur le texte qu'on a discuté depuis quatre mois ?

- On ne va pas tenir la négociation ici, répond le patron du Medef.

- Pourquoi la partie patronale l'a tentée sur le trottoir, alors ? relance le syndicaliste.

- C'est quoi ce guet-apens qu'on essaie de me tendre lĂ  ? a souri pour couper court le dirigeant du Medef.

- Ça commence bien, ça commence dans la rue", a conclu le reprĂ©sentant de la CFDT.

A l'issue de ce ballet entre patronat et syndicats, Christelle Thieffinne, négociatrice de la CFE-CGC, avait accusé le patronat de "torpiller" la négociation.

Ce processus a déjà laissé des partenaires sociaux sur le bord de la route: FO a tourné les talons dÚs la premiÚre séance et la CGT et l'U2P (patronat pour les artisans) ont jeté l'éponge mi-mars.

La prĂ©cĂ©dente rĂ©union, le 17 juin, s'Ă©tait achevĂ©e sur une prolongation arrachĂ©e sur le fil pour Ă©viter l'Ă©chec. Une de plus dans une discussion entamĂ©e le 27 fĂ©vrier et qui devait s'arrĂȘter Ă  l'origine le 28 mai.

- Censure ? -

Le principal point d'achoppement tournait autour de la finalité d'une reconnaissance de l'usure professionnelle: les syndicats y voient une ouverture aux départs anticipés à la retraite, le patronat privilégie d'autres pistes, telles la prévention ou la reconversion.

Pour le reste, il était acquis que l'ùge du départ à la retraite ne bougerait pas: sans surprise le Medef s'est montré inflexible sur son maintien à 64 ans. A l'issue de la réunion de la derniÚre chance, cette mesure phare, et impopulaire, de la réforme Borne de 2023 sera donc toujours en vigueur pour les salariés nés à partir du 1er janvier 1968.

La fin du conclave est aussi un moment de vérité pour François Bayrou, qui a lancé ce nouveau format de discussions aprÚs un compromis noué avec les socialistes pour éviter une censure du gouvernement. Et le Premier ministre s'était engagé à en présenter les conclusions devant le Parlement.

"La méthode Bayrou est un échec monumental", a tancé le groupe LFI-NFP dans un communiqué, appelant "tous les groupes de gauche à déposer ensemble une motion de censure".

"Le PS doit assumer cet échec et ses dégùts. Il doit montrer l'exemple pour voter au complet la censure", a averti le chef de file LFI Jean-Luc Mélenchon sur X.

AFP

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