Patrick et Isabelle Balkany ont été renvoyés devant le tribunal pour fraude fiscale, soupçonnés d'avoir dissimulé plusieurs millions d'euros au fisc, alors qu'une autre procédure pour blanchiment et corruption est toujours en cours, ce qui pourrait retarder la tenue d'un procÚs.
Le maire LR de Levallois-Perret, 69 ans, et son épouse Isabelle, 70 ans, ont été renvoyés le 22 février en correctionnelle dans le cadre d'une information judiciaire ouverte en 2015 à la suite d'une plainte de l'administration fiscale, a-t-on appris de sources proches du dossier.
Sollicités par l'AFP, Isabelle Balkany n'a pas souhaité faire de commentaires et l'avocat du couple, Grégoire Lafarge, a indiqué "réserver ses observations au tribunal".
Les juges d'instruction soupçonnent l'édile et son épouse d'avoir omis de déclarer au fisc plusieurs millions d'euros en dissimulant ou en sous-évaluant une partie de leur patrimoine.
Ils auraient notamment eu recours à des montages sophistiqués pour dissimuler deux villas.
D'abord, une propriĂ©tĂ©, "Pamplemousse", Ă Saint-Martin acquise via une sociĂ©tĂ© du Liechtenstein, Real Estate French West Indies, dont l'ayant-droit rĂ©el serait Isabelle Balkany. Cette derniĂšre a reconnu ĂȘtre propriĂ©taire de cette villa, indiquant l'avoir obtenue via un hĂ©ritage familial, ce dont doute la justice. La justice a saisi ce bien en 2015 et a autorisĂ© sa vente, en saisissant ensuite le montant.
Un riad Ă Marrakech a de son cĂŽtĂ© Ă©tĂ© acquis en 2010 pour plus de 5,8 millions d'euros par une sociĂ©tĂ© civile immobiliĂšre marocaine, acquisition financĂ©e par deux sociĂ©tĂ©s panamĂ©ennes. La justice soupçonne le couple de s'ĂȘtre dissimulĂ© derriĂšre ces structures, en utilisant comme prĂȘte-nom l'un de leurs proches, Jean-Pierre Aubry, ex-directeur gĂ©nĂ©ral de la sociĂ©tĂ© d'Ă©conomie mixte d'amĂ©nagement de Levallois-Perret.
Les Ă©poux ont toujours niĂ© ĂȘtre propriĂ©taires du riad, Ă©galement saisi par la justice, assurant ne s'y ĂȘtre rendus que comme invitĂ©s de son locataire, leur fils Alexandre.
Mais leurs fréquents séjours marocains ainsi que les importantes dépenses d'ameublement et de décoration effectuées par Isabelle Balkany alimentent les soupçons.
- "espĂšces dans les poches de son peignoir" -
Le couple est aussi soupçonnĂ© d'avoir sous-Ă©valuĂ© le luxueux moulin oĂč il rĂ©sidait Ă Giverny (Normandie) et d'avoir dissimulĂ© une partie de ses revenus. Les enquĂȘteurs ont ainsi relevĂ© sur la pĂ©riode 2010, 2011, 2012, que "le montant global des dĂ©penses du couple dĂ©passe le montant de leurs revenus", s'attardant sur les frĂ©quents paiements en espĂšces.
Certains employĂ©s de la rĂ©sidence de Giverny Ă©taient parfois rĂ©munĂ©rĂ©s en liquide. Une ancienne salariĂ©e a relatĂ© avoir retrouvĂ© 8.000 euros sur le bureau du maire. "C'Ă©tait son argent de poche. Il avait mĂȘme rĂ©guliĂšrement des espĂšces dans les poches de son peignoir", a-t-elle racontĂ©.
Le couple payait aussi en liquide les 4 à 5.000 euros mensuels du pressing, et une agence de voyages a perçu, de 2010 à 2013, plus de 87.000 euros...
Une autre procédure, ouverte en 2013 pour blanchiment et élargie par la suite à des faits de corruption, est toujours en cours.
Dans cette information judiciaire, le parquet national financier (PNF) a requis en juillet 2017 le renvoi du couple et de l'un de leurs enfants, Alexandre, pour blanchiment de fraude fiscale aggravĂ©e. Mais, depuis, de nouvelles piĂšces ont Ă©tĂ© versĂ©es Ă la procĂ©dure, obligeant les juges d'instruction Ă rouvrir leur enquĂȘte.
Le dossier a Ă©tĂ© clos une seconde fois, le 5 mars, a appris l'AFP de source proche de l'enquĂȘte. Le PNF va, aprĂšs avoir respectĂ© un dĂ©lai de quatre mois durant lequel les parties pourront faire des observations, rendre un nouveau rĂ©quisitoire avant un Ă©ventuel renvoi du couple en procĂšs dans ce volet de l'affaire.
"La justice pourrait dĂ©cider de joindre les deux enquĂȘtes qui sont extrĂȘmement liĂ©es et un seul procĂšs aurait alors donc lieu", d'aprĂšs cette source.
2018 AFP
