PĂȘcheurs de plastique : le fleuve Congo victime de la pollution en RDC

  • PubliĂ© le 20 mai 2026 Ă  15:04
  • ActualisĂ© le 20 mai 2026 Ă  17:47
Des pĂȘcheurs rĂ©cupĂšrent des dĂ©chets plastiques pris dans l'un de leurs filets sur le fleuve Congo Ă  Kinshasa, le 27 avril 2026 en RDC

Pieds nus dans sa pirogue en bois dĂ©fraĂźchi, sur le fleuve Congo, Willy Ngepa fait ce matin encore le mĂȘme constat alarmant: la pĂȘche de la nuit a ramenĂ© dans son filet plus de dĂ©chets plastique que de poissons.

Le Congo, deuxiĂšme fleuve le plus puissant au monde aprĂšs l'Amazone, traverse le vaste territoire de la RĂ©publique dĂ©mocratique du Congo (RDC) d'est en ouest. Le long de sa course de plus de 4.300 kilomĂštres, il nourrit des millions de Congolais grĂące Ă  la pĂȘche, avec une production estimĂ©e Ă  60.000 tonnes de poissons par an, selon le ministĂšre du Plan congolais.

Mais ces derniĂšres annĂ©es, le poisson se rarĂ©fie, dĂ©plorent les pĂȘcheurs aux abords de la capitale Kinshasa. A la place, le plastique s'accumule dans les filets, Ă  tel point que certains pĂȘcheurs ont abandonnĂ© la chasse aux poissons pour revendre le plastique rĂ©cupĂ©rĂ© dans les eaux Ă  des entreprises locales de recyclage. Plus rentable, expliquent-ils tristement.

"Il y a quelques annĂ©es, je pĂȘchais de gros poissons comme les capitaines et les poissons-chats mais Ă  cause de la pollution, ils ont fui plus au large", explique Ă  l'AFP Gilby Mwana-Fioti, pĂȘcheur.

Depuis l'aube, ils sont une vingtaine comme lui Ă  pagayer sur les bords du fleuve. Les prises sont maigres: du fretin, beaucoup de bouteilles en plastique et mĂȘme des couches pour bĂ©bĂ© usagĂ©es.

"Nous allons finir par disparaßtre", lùche Willy Ngepa, qui raconte faire ce métier depuis plus de 40 ans.

- "Guerre invisible" -

A Kinshasa, mégalopole surpeuplée, au moins dix tonnes de déchets plastiques sont produits chaque jour, selon des experts environnementaux. Dans les rues défoncées de la capitale du pays parmi les plus pauvres de la planÚte, les bouteilles d'eau vides s'accumulent sur les bas-cÎtés.

Des chercheurs de l'UniversitĂ© de Kinshasa ont Ă©tabli dans une Ă©tude publiĂ©e en 2023 l'impact de la pollution plastique sur la pĂȘche et l'Ă©cosystĂšme du fleuve Congo.

Cette étude a souligné que les déchets en plastique, exposés au soleil, se fragmentent en micro-plastiques ensuite ingérés par les poissons et susceptibles de s'accumuler dans la chaßne alimentaire.

Peu de données permettent à ce stade de déterminer l'impact de cette pollution sur les quelque 17 millions de Kinois.

"Nous avons une guerre invisible à mener: celle contre la pollution plastique, qui a atteint un niveau alarmant", alerte Vincent Kunda, directeur de l'ONG locale Kongo River, engagée dans la sensibilisation sur le sujet.

"Moins de 20% des dĂ©chets sont traitĂ©s", poursuit M. Kunda, expliquant que ces dĂ©tritus ruissellent dans les riviĂšres de la capitale avant de finir dans le fleuve Congo, oĂč ils dĂ©gradent l'Ă©cosystĂšme.

La collecte des déchets, quasi inexistante dans la capitale africaine, souffre d'un manque chronique de financement des autorités locales. Conséquence: les décharges sauvages prolifÚrent, notamment dans les cours d'eau.

La RDC avait adopté en 2017 une loi interdisant la production et l'importation de sacs et de bouteilles en plastique mais celle-ci reste peu appliquée.

- "Survivre" -

À Kimpoko, une petite Ăźle situĂ©e Ă  quelques kilomĂštres de Kinshasa, la pĂȘche artisanale fait encore vivre plus de 600 familles, qui habitent dans des maisons sur pilotis construites avec de simples planches en bois. L'argent est manifestement rare, la vie semble prĂ©caire.

Les pĂȘcheurs disent tirer aujourd'hui pas plus de 10 Ă  20 dollars par semaine de leur activitĂ©. Contre 100 dollars il y a une dizaine d'annĂ©es.

Charles Moluwa Nzeni Masela, 71 ans, a passé sa vie à remonter son filet sur le grand fleuve. Pagaie en main, il récupÚre désormais les déchets accumulés entre les herbes du rivage pour les revendre à des entreprises de recyclage.

Le kilo se négocie aux alentours de 50 centimes d'euros (1.000 francs congolais). Une activité qu'il juge "plus rentable" que la vente de poissons.

"C'est déplorable d'en arriver là, mais on n'a pas le choix. C'est un moyen de survivre", confie-t-il.

A quelques mÚtres de là, une dizaine de pirogues se faufilent le long des rives feuillues et marécageuses pour collecter ces déchets, qui forment par endroits de véritables ßlots de plastique.

Certains pĂȘcheurs disent collecter jusqu'Ă  50 kilos de dĂ©chets par semaine. RĂ©signĂ©s, ils expliquent travailler ainsi pour permettre Ă  leurs enfants d'aller Ă  l'Ă©cole et d'apprendre un autre mĂ©tier que le leur.

D'autres espĂšrent que le mĂ©tier de pĂȘcheur sur le fleuve Congo survivra Ă  la pollution et rĂ©clament des aides publiques, notamment pour acquĂ©rir des pirogues motorisĂ©es qui leur permettraient d'aller "pĂȘcher plus loin en toute sĂ©curitĂ©", lĂ  oĂč les poissons seraient encore prĂ©sents.

AFP

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