Don de plasma

Plainte de lanceurs d'alerte pour mise en danger de donneurs

  • PubliĂ© le 24 mai 2018 Ă  19:47
  • ActualisĂ© le 24 mai 2018 Ă  20:59
Don de sang à Tours (centre) le 21 décembre 2017

Trois lanceurs d'alerte ont annoncé jeudi avoir porté plainte pour "mise en danger de la vie d'autrui" en dénonçant le risque d'empoisonnement que feraient courir aux donneurs de plasma en France les appareils de l'Américain Haemonetics.


D'aprĂšs ces plaignants, les donneurs bĂ©nĂ©voles risquent d'ĂȘtre exposĂ©s Ă  des composants cancĂ©rogĂšnes ou mutagĂšnes: les rĂ©sines phĂ©nol-formaldĂ©hyde (ou phĂ©noliques), et le trioxyde d'aluminium. Les lanceurs d'alerte dĂ©noncent les dangers des appareils de Haemonetics pour l'aphĂ©rĂšse. Cette technique de prĂ©lĂšvement du plasma sanguin consiste Ă  extraire le sang du donneur bĂ©nĂ©vole, en isoler le plasma, et lui rĂ©injecter le reste du sang.

Le problĂšme vient selon eux des pratiques de Haemonetics, qui a prĂ©sentĂ© comme neuves des piĂšces dĂ©tachĂ©es usagĂ©es. Entre autres effets de l'usure, des joints sur ces appareils ont libĂ©rĂ© dans le sang ou le plasma des micro ou nanoparticules de composants cancĂ©rogĂšnes ou mutagĂšnes. "On a vraiment le droit d'ĂȘtre inquiet. Ces appareils maximisent la libĂ©ration de particules (...) de composĂ©s extrĂȘmement toxiques", a affirmĂ© l'un des plaignants, l'ancien directeur commercial en France de Haemonetics, Alexandre Berthelot, lors d'une confĂ©rence de presse au siĂšge de la CGT Ă  Montreuil (Seine-Saint-Denis).

Cet ancien dirigeant a dĂ©missionnĂ© en avril 2015, aprĂšs un conflit avec ses supĂ©rieurs sur les pratiques de l'industriel. "On prend de vieilles machines, on les envoie aux États-Unis, on les dĂ©sosse, on rĂ©cupĂšre des piĂšces dĂ©tachĂ©es oĂč on fait du cosmĂ©tique, et on les renvoie comme des neuves", a-t-il dĂ©noncĂ©. Le dĂ©lĂ©guĂ© syndical central CGT de l'Établissement français du sang (EFS), Guylain Cabantous, a pour sa part dit avoir tentĂ© en vain de convaincre d'abandonner les appareils Haemonetics.

"Le directeur gĂ©nĂ©ral de la SantĂ©, quand il nous a reçus, disait ĂȘtre trĂšs inquiet pour la filiĂšre de don du plasma en France, et nous aussi on l'est. Mais on ne peut pas laisser empoisonner les gens", a-t-il rapportĂ©. "On nous a expliquĂ© que c'Ă©tait vrai qu'il y avait un problĂšme avec Haemonetics, mais que c'Ă©tait un si gros acteur que si la France le lĂąchait, ça pouvait dĂ©stabiliser le marchĂ© mondial du plasma", a-t-il ajoutĂ©.

La plainte a été déposée mercredi auprÚs du pÎle santé publique du tribunal de grande instance de Paris, pour "mise en danger de la vie d'autrui", "tromperie aggravée", et non-mise en oeuvre d'une procédure de retrait et de rappel de produits de santé. Le troisiÚme plaignant, outre MM. Berthelot et Cabantous, est un responsable technique et délégué syndical de Haemonetics, Jean-Philippe Urrecho. C'est lui qui à l'origine, appelé sur des pannes à répétition, a découvert que son employeur n'envoyait plus aucune piÚce détachée neuve en France.

La plainte vise l'Établissement français du sang, l'agence de sĂ©curitĂ© sanitaire ANSM, et tout co-auteur des faits. L'ANSM avait constituĂ© en 2017 un comitĂ© d'experts (ComitĂ© scientifique spĂ©cialisĂ© temporaire, CSST), qui avait trouvĂ© dans ses analyses des composants dangereux pour la santĂ©.

"Le danger d'une production de particules par les joints tournants des dispositifs médicaux d'aphérÚse MCS+ et PCS2, distribués par la société Haemonetics, est établi", écrivait-il. "L'exposition des donneurs et des personnes recevant des produits sanguins obtenus par aphérÚse en utilisant ces deux types de dispositifs est [?] probable".
Mais l'agence de sĂ©curitĂ© sanitaire, ignorant cet avis, a refusĂ© de recommander l'arrĂȘt de l'utilisation de ces appareils. "Du jamais vu", selon les plaignants.

AFP

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