Le monument a besoin d'ĂȘtre soignĂ©

Pluie, pollution, usure... Le cri d'alarme de Notre-Dame de Paris

  • PubliĂ© le 1 juillet 2017 Ă  15:05
La cathédrale Notre-Dame de Paris, endommagée par la pollution de l'air et les pluies acides, le 28 juin 2017

La liste des travaux Ă  mener d'urgence s'allonge, et l'État aura du mal Ă  y faire face seul: victime de la pollution, des intempĂ©ries et de l'usure du temps, la cathĂ©drale Notre-Dame de Paris sonne l'alarme afin que des mĂ©cĂšnes, notamment amĂ©ricains, se portent Ă  son chevet.

Inscrit au patrimoine mondial de l'Unesco, le monument historique le plus visité d'Europe (12 à 14 millions d'entrées par an), joyau de l'architecture gothique des XIIe au XIVe siÚcles, domine l'ßle de la Cité de ses tours et de sa façade resplendissantes.

PassĂ© ce dĂ©cor, d'autres parties extĂ©rieures sont dans un Ă©tat moins reluisant. C'est net au chevet de la cathĂ©drale. Ici, des gargouilles, ces gouttiĂšres mĂ©diĂ©vales, ont perdu leur tĂȘte et arborent d'inĂ©lĂ©gants tuyaux en PVC pour l'Ă©vacuation des eaux. LĂ , une balustrade de pierre a disparu, remplacĂ©e par une planche de bois. LĂ  encore un pinacle est en ruine, la pierre a fondu Ă  la façon d'une boule de glace, le montant d'un vitrail est rongĂ©... Dans les hauteurs, sous les arcs-boutants qui soutiennent la cathĂ©drale, des Ă©lĂ©ments dĂ©coratifs qui se sont dĂ©tachĂ©s ont Ă©tĂ© dĂ©posĂ©s par prĂ©caution et forment de petits cimetiĂšres de pierres.

L'État, propriĂ©taire de l'Ă©difice, lui consacre dĂ©jĂ  deux millions d'euros par an. Il s'est mĂȘme engagĂ© Ă  verser un euro de subvention supplĂ©mentaire par euro de mĂ©cĂ©nat recueilli par la Fondation Avenir du Patrimoine Ă  Paris, dans la limite de 4 millions par an de contribution publique, aux termes d'un accord-cadre signĂ© dĂ©but mai Ă  l'ÉlysĂ©e.

Responsable de la communication de la cathĂ©drale et amoureux de l'Ă©difice dont il connaĂźt le moindre recoin, AndrĂ© Finot s'est mis en tĂȘte de trouver de nouveaux mĂ©cĂšnes. "Il y a vraiment urgence", confie-t-il Ă  l'AFP en dĂ©signant les dĂ©gĂąts causĂ©s par la pollution de l'air et les pluies acides, tout en saluant l'apport constant de l'État.
"On se rend compte que ce n'est pas assez". Il faut, au bas mot, 100 millions d'euros sur vingt ans, 150 sur trente ans pour assumer les travaux nécessaires.

- Beyoncé est fan -

D'oĂč l'idĂ©e de chercher de l'argent ailleurs, avec un fonds français ad hoc créé auprĂšs de la Fondation Avenir du Patrimoine Ă  Paris. "On va quand mĂȘme faire appel aux Français: il faut qu'ils aient conscience du patrimoine incroyable dont ils disposent", souligne ce responsable en rappelant que la cathĂ©drale, bien qu'affectĂ©e au culte catholique, "est ouverte Ă  tout le monde". "On reçoit d'ailleurs toute l'annĂ©e des tĂ©moignages disant: +Je ne suis pas croyant mais j'aime ce lieu+."

Surtout, une fondation de droit amĂ©ricain, Friends of Notre-Dame de Paris, vient d'ĂȘtre créée pour toucher aux États-Unis un public "qui a la culture du don et est trĂšs attachĂ© Ă  ce monument".

Les stars américaines de passage à Paris n'hésitent pas à faire le détour par Notre-Dame, à l'image de la diva pop Beyoncé et de son rappeur de mari Jay Z. Les touristes d'outre-Atlantique sont particuliÚrement attachés à Quasimodo et aux autres personnages - immortalisés par le cinéma et la comédie musicale - sortis de l'imaginaire de Victor Hugo, dont le roman "Notre-Dame de Paris" (1831) a amplifié le mouvement en faveur de la restauration de la cathédrale au XIXe siÚcle.

Aujourd'hui, la flÚche dressée sur les quatre piliers du transept a besoin d'une coûteuse restauration. Impressionnante avec ses 93 mÚtres de haut et ses 250 tonnes de plomb, elle souffre de "problÚmes de couverture, et la pluie risque d'attaquer la charpente", commente Marie-HélÚne Didier, conservatrice générale du patrimoine.
"Nous ne sommes quand mĂȘme pas en situation de pĂ©ril, on arrive au moins Ă  parer au plus pressĂ©", assure cette fonctionnaire de l'Etat.

Mais "l'apport de mĂ©cĂšnes privĂ©s nous permettrait d'accĂ©lĂ©rer le phasage des travaux et peut-ĂȘtre de commencer en parallĂšle un ou deux arcs-boutants", estime-t-elle. Sous l'oeil de l'architecte EugĂšne Viollet-le-Duc, grand restaurateur des lieux, dont la statue de cuivre en saint Thomas devrait bientĂŽt, elle-mĂȘme, profiter d'une cure de jouvence.

AFP

guest
0 Commentaires