Russie

Pollution radioactive: Moscou nie tout incident nucléaire

  • PubliĂ© le 21 novembre 2017 Ă  23:14
  • ActualisĂ© le 22 novembre 2017 Ă  05:47
Le conglomérat nucléaire russe Rosatom a assuré qu'"aucun incident ni panne" n'a été enregistré sur ses installations

La Russie a assuré mardi qu'aucun incident n'avait touché ses installations nucléaires malgré la pollution radioactive détectée fin septembre par ses services météorologiques, qui confirment les rapports de plusieurs réseaux européens de surveillance.


L'annonce du conglomĂ©rat nuclĂ©aire russe Rosatom, selon laquelle "aucun incident ni panne" sur ses installations n'avait Ă©tĂ© enregistrĂ©, intervient au lendemain de la confirmation, par l'agence mĂ©tĂ©orologique russe Rosguidromet, que des concentrations "extrĂȘmement Ă©levĂ©es" de ruthĂ©nium-106 avaient Ă©tĂ© dĂ©tectĂ©s fin septembre dans le sud de l'Oural.

Parmi les stations ayant enregistrĂ© les plus fortes doses de ruthĂ©nium-106, un produit de fission issu de l'industrie nuclĂ©aire, figure celle d'ArguaĂŻach. Entre le 26 septembre et le 1er octobre, "une concentration extrĂȘmement Ă©levĂ©e (...) excĂ©dant de 986 fois" les taux enregistrĂ©s le mois prĂ©cĂ©dent y a Ă©tĂ© dĂ©tectĂ©e.

La station d'Arguaïach est située à proximité du complexe nucléaire Maïak, touché en 1957 par l'un des pires accidents nucléaires de l'histoire, mais celui-ci a affirmé dans un communiqué que "la pollution radioactive au ruthénium-106 détectée par l'agence Rosguidromet n'est pas liée" à ses activités. Le complexe, qui sert aujourd'hui de site de retraitement de combustible nucléaire usé, ajoute n'avoir pas "manipulé de ruthénium-106" au cours de l'année 2017 et n'en avoir pas produit depuis plusieurs années.

En 1957, à Maïak, une panne du systÚme de refroidissement d'une cuve avait provoqué le rejet de déchets nucléaires liquides qui avait touché 260.000 personnes et requis l'évacuation de plusieurs localités. Depuis la catastrophe de Tchernobyl en 1986, qui avait contaminé une bonne partie de l'Europe, les craintes de l'Occident sur la sécurité des installations nucléaires soviétiques puis russes n'ont jamais été levées.

Les donnĂ©es de Rosguidromet concordent avec les conclusions de l'Institut de radioprotection et de sĂ»retĂ© nuclĂ©aire (IRSN) français, un organisme indĂ©pendant, qui avait estimĂ© dĂ©but novembre, aprĂšs une enquĂȘte, que la pollution radioactive dĂ©tectĂ©e en Europe fin septembre avait son origine "entre la Volga et l'Oural".

L'IRSN estimait alors que la source de la pollution ne pouvait provenir d'un réacteur nucléaire, car d'autres éléments radioactifs auraient été détectés, et faisait "l'hypothÚse d'un rejet issu d'une installation" liée au cycle du combustible nucléaire ou de fabrication de sources radioactives.

- Sans danger? -

DÚs le début du mois d'octobre, l'IRSN et plusieurs réseaux européens de surveillance de la radioactivité avaient mesuré des taux anormaux de ruthénium-106, un élément artificiel qui n'existe pas à l'état naturel. Malgré des taux détectés en Europe inférieurs aux seuils d'alerte et sans conséquence pour la santé, l'IRSN précisait alors que "les conséquences d'un accident de cette ampleur en France auraient nécessité localement de mettre en ?uvre des mesures de protection des populations".

En Russie, Maïak assure que les doses enregistrées sont "20.000 fois inférieures à la dose annuelle admissible et ne présentent pas de risque pour la santé". Ces conclusions ont été soutenues par plusieurs institutions dont l'agence de protection des consommateurs selon qui "les teneurs maximales de ruthénium-106 dans l'atmosphÚre étaient plus de 200 fois moins élevées que le niveau admissible".
Le ministÚre de l'Environnement a aussi mis en cause la "position d'organisations publiques" dont "les estimations incompétentes" ont provoqué la diffusion de fausses informations, visant implicitement Greenpeace qui s'est inquiété des conséquences sanitaires de cette pollution.

L'organisation Ă©cologiste a demandĂ© Ă  Rosatom de "mener une enquĂȘte approfondie et publier les donnĂ©es sur les Ă©vĂ©nements arrivĂ©s Ă  MaĂŻak", rĂ©clamant l'ouverture d'une enquĂȘte sur "la dissimulation Ă©ventuelle d'un incident nuclĂ©aire". Si la source exacte de la pollution n'est pas connue, "c'est obligatoirement une source terrestre, certainement d'une installation de traitement d'effluents liquides d'un combustible usĂ©", a estimĂ© Jean-Marc Peres, directeur adjoint de l'IRSN, Ă©voquant "du gaz qui se serait Ă©chappĂ©". "C'est l'hypothĂšse la plus probable", a-t-il ajoutĂ©.

Un responsable rĂ©gional a pour sa part suggĂ©rĂ© que l'IRSN aurait accusĂ© la Russie pour aider au dĂ©veloppement de l'industrie nuclĂ©aire française. "La source de cette information est la France, oĂč un concurrent de notre MaĂŻak recycle des dĂ©chets nuclĂ©aires. Cela fait rĂ©flĂ©chir", a dĂ©clarĂ© EvguĂ©ni Savtchenko, ministre de la SĂ©curitĂ© publique de la rĂ©gion de TchĂ©liabinsk, au site Ura.ru.
Une mise en cause réfutée catégoriquement par l'IRSN.

L'institut "n'a aucun intĂ©rĂȘt Ă  intervenir dans des intĂ©rĂȘts industriels", a assurĂ© M. Peres de l'IRSN, interrogĂ© Ă  ce sujet par l'AFP mardi soir, avant d'ajouter: l'institut a "soumis (ses) calculs Ă  un panel d'homologues Ă©trangers, dont des Russes" et "aucun n'a mis en cause" ses mĂ©thodes de calculs.

AFP

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