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Pologne: Le torchon brûle entre la culture et la politique

  • PubliĂ© le 4 novembre 2016 Ă  10:17
Des acteurs polonais manifestent contre la politique du gouvernement avec des pancartes "On ne vous laissera pas prendre la culture", le 8 octobre 2016 Ă  Varsovie

La piĂšce se termine, le rideau tombe, se relĂšve et.

.. les acteurs sont lĂ , les bouches couvertes de bande collante noire.
C'est le dernier "happening de protestation" au Teatr Polski de Wroclaw en Pologne, oĂč la troupe conteste son nouveau patron Ă©lu avec le soutien du gouvernement conservateur.
Le directeur, Cezary Morawski, y met fin immédiatement: il fait couper l'éclairage.
Pourtant, s'entretenant quelques jours plus tĂŽt avec l'AFP, M. Morawski, acteur lui-mĂȘme, se disait tolĂ©rant vis-Ă -vis de tels incidents. "La dĂ©mocratie existe pour que chacun puisse exprimer son opinion", affirmait-il.
Le conflit est en partie politique: arrivĂ© le 1er septembre, M. Morawski, bien que sans-parti, Ă©tait appuyĂ© par les autoritĂ©s rĂ©gionales et le ministĂšre de la Culture contre un candidat du directeur sortant Krzysztof Mieszkowski, dĂ©putĂ© d'opposition et adversaire du ministre de la Culture Piotr Glinski. Les acteurs rebelles ont affirmĂ© que le concours avait Ă©tĂ© "arrangĂ©" et ont obtenu que le parquet ouvre une enquĂȘte.
- Exaltation de l'histoire -
Le parti au pouvoir Droit et Justice (PiS) de Jaroslaw Kaczynski se dit attaché au pluralisme et à la liberté de la culture, mais souhaite promouvoir surtout celle qui n'est pas "destructrice" et contribue à renforcer la communauté nationale.
La querelle au Polski, l'une des grandes scÚnes polonaises, a fait des vagues aprÚs des critiques virulentes lancées contre le nouveau directeur par un homme de théùtre polonais internationalement connu, Krystian Lupa. Le mois dernier, une manifestation de quelque 500 personnes sous le mot d'ordre "On ne vous laissera pas prendre la culture", animée par des acteurs du Polski, s'est déroulée à Varsovie.
Le prĂ©sident (maire) de Wroclaw, Rafal Dutkiewicz, hĂŽte cette annĂ©e de la Capitale europĂ©enne de la culture et des Olympiades théùtrales, cherche Ă  rĂ©duire les passions: "Le théùtre peut fort bien se mĂȘler de politique, mais la politique ne doit pas intervenir au théùtre", dit-il Ă  l'AFP.
Le conflit au Polski de Wroclaw est loin d'ĂȘtre le seul front ouvert entre le monde de la culture et celui de la politique.
A Bydgoszcz (nord), une députée PiS, Anna Sobecka, a dénoncé au parquet la piÚce "Notre violence, votre violence" mise en scÚne par le Croate Oliver Frljic.
"Pornographie et blasphĂšme", a-t-elle tonnĂ© fin septembre dans une lettre ouverte, choquĂ©e par une scĂšne oĂč "une musulmane nue sort de ses parties intimes un drapeau polonais" et une autre oĂč "le personnage jouant le Christ viole une jeune fille arabe".
A Gdansk, c'est la dĂ©cision de faire fusionner le MusĂ©e de la Seconde Guerre mondiale, qui doit s'ouvrir en 2017, avec un autre encore en projet, qui a fait des Ă©tincelles. Le but, selon le ministre Glinski, est de donner un contenu plus patriotique Ă  une exposition "trop universelle". Et peut-ĂȘtre, ajoutent ses critiques, de se dĂ©barrasser du directeur actuel, un proche de l'ex-Premier ministre Donald Tusk, adversaire politique de M. Kaczynski et aujourd'hui prĂ©sident du Conseil europĂ©en.
A Varsovie, à l'Institut Mickiewicz, organisme destiné à promouvoir la littérature, la musique et l'art polonais à l'étranger, le directeur Pawel Potoroczyn a été remercié en juillet dernier.
- 'Nouveau Polonais' -
L'une des raisons possibles de sa disgrĂące, a dit Ă  l'AFP M. Potoroczyn, pourrait ĂȘtre la politique du PiS dite "de refus de gĂ©nuflexion", autrement dit d'affirmation de l'orgueil national. Le ministĂšre de la Culture, lui, a Ă©voque une "perte de confiance" et des difficultĂ©s dans la collaboration avec d'autres institutions.
Un éditeur catholique libéral de Cracovie, Henryk Wozniakowski, livre une analyse plus générale.
"Le PiS suit le mot d'ordre +politique d'abord+, dit-il Ă  l'AFP. Il n'y a pas pour lui de valeurs culturelles autonomes. Toutes doivent ĂȘtre subordonnĂ©es Ă  son grand dessein politique, celui de crĂ©er un nouvel Etat, une nouvelle sociĂ©tĂ©, autrement dit un nouveau Polonais, dĂ©vouĂ© Ă  sa communautĂ© historique et disciplinĂ©".
"Des théùtres qui avancent des visions individualistes et ne servent pas à bùtir une conscience nationale autour de la vision qu'a le PiS du passé, de la communauté, du rÎle du chef et de l'ennemi, sont graduellement pris en main, comme d'autres centres de création d??uvres symboliques", pense-t-il.
Contacté par l'AFP, le ministÚre de la Culture n'a pas souhaité commenter les différents points de friction.

Par Michel VIATTEAU - © 2016 AFP
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