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Pour le groupe de rock syrien Khebez Dawle, la route de l'exil se transforme en tournée

  • PubliĂ© le 24 septembre 2015 Ă  15:17
Des membres du groupe de rock syrien Khebez Dawle sur scĂšne Ă  Zagreb, le 23 septembre 2015

Comme des milliers de Syriens, des membres du groupe de rock Khebez Dawle ont pris la route de l'Europe, mais leur exil a pris un tour inattendu : arrivés en Croatie, ils enchaßnent concerts et interviews et se transforment en porte-parole des réfugiés.


"Nous sommes tous humains ! Merci d'ĂȘtre lĂ  !". Sur la scĂšne du Mocvara, un club underground de Zagreb, Khebez Dawle reprend vie. Sous les spots bleus, les riffs de guitare et les vocalises orientales envoĂ»tent les 300 spectateurs la salle. Et galvanisent le groupe.
Accompagnés de deux autres amis musiciens, Anas Maghrebi, Mohamed Bazz et Hekmat Qassar ont retrouvé la scÚne de maniÚre totalement inattendue.
Dimanche dernier, ils avaient déjà improvisé quelques morceaux à Kutina, petite ville au sud-est de Zagreb qui accueille des migrants. Et dimanche prochain, le célÚbre groupe bosnien Dubioza Kolektiv les a invités à leur concert à Ljubljana, la capitale slovÚne.
"C'est la tournée de l'exil", rigole Anas Maghrebi, le chanteur du groupe, les yeux pétillants sous sa casquette beige.
Ils ne savent pas encore s'ils pourront passer la frontiÚre mais si c'est le cas, ils ne rateront pas cette "grande opportunité". "Jouer de la musique alternative syrienne devant des publics différents, c'est pour ça qu'on a fait ce voyage", explique le leader du groupe de rock.
AprÚs Beyrouth et Istanbul, les trois compÚres sont partis pour l'Europe fin août, laissant derriÚre eux le quatriÚme membre du groupe, Bachar, privé de papiers aprÚs avoir déserté l'armée syrienne. Cinq autres amis, artistes également, se sont joints à eux.
Ils voulaient donner un nouvel élan à leur groupe, Khebez Dawle, littéralement en français le "pain de l'Etat" subventionné par le gouvernement syrien, symbole du minimum pour vivre.
"On avait des invitations pour des festivals mais on ne peut pouvait pas y aller, les autorités pensaient qu'on allait rester dans leur pays", raconte Anas: "Je n'avais jamais imaginé faire ça illégalement. On a été obligé".

- Distribution de CD sur la plage -

Comme pour tous les migrants, leur pĂ©riple a Ă©tĂ© pĂ©nible. Il a aussi Ă©tĂ© jalonnĂ© d'Ă©pisodes surrĂ©alistes, comme cette arrivĂ©e sur une plage de l'Ăźle de Lesbos oĂč, en mettant pied Ă  terre, ils sympathisent avec les touristes qui bronzent et leur distribuent des CD de leur album !
Suivent la MacĂ©doine, la Serbie, la Croatie oĂč ils se font embarquer par la police. "On a discutĂ© avec les policiers, ils ont Ă©coutĂ© notre CD. Etre dĂ©tenu dans un commissariat et faire Ă©couter nos chansons qui parlent de prison et de libertĂ©, c'Ă©tait incroyable", sourit Anas Maghrebi.
Ils repartent aprĂšs un jour et demi. Les activistes qu'ils croisent relaient leur activitĂ© musicale et leur proposent des scĂšnes. On leur prĂȘte les instruments car eux ont vendu leur matĂ©riel pour financer leur voyage.
Petar Varat, 41 ans, a assisté à leur "boeuf" de Kutina et est revenu les voir au Mocvara. "C'est important de les voir sur scÚne, partager des valeurs communes", estime-t-il.
"Ils sont courageux de faire ce qu'ils font, alors soyons sufisamment ouvert pour les soutenir", ajoute Ema, une traductrice de 30 ans, venue sans mĂȘme les connaĂźtre.
Leur rĂȘve : se retrouver au complet, avec Bachar, Ă  Berlin, "une capitale internationale pour l'art et la culture".
En attendant, ils utilisent leur petite notoriété pour porter la voix des réfugiés.
"Les médias en parlent comme des gens pauvres, tristes, qui veulent de la nourriture et un toit. Mais cette crise, c'est bien plus que ça. C'est une nation civilisée, cultivée rejetée de son propre pays", rappelle l'intarissable chanteur.
Leur premier album était l'histoire d'une jeune homme qui racontait la révolution syrienne. Leur prochain album reprendra certainement une partie de leur exode, source de "beaucoup d'inspiration". "Trop d'inspiration", soupire Anas: "Une fois qu'on sera installé, on travaillera là-dessus."


Par Simon VALMARY - © 2015 AFP
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