"Violent", "menteur pathologique", mĂ©galomane: les enquĂȘteurs ont dressĂ© lundi devant la cour d'assises de Paris un portrait trĂšs noir d'Abdelhakim Dekhar, jugĂ© pour son pĂ©riple armĂ© dans la capitale en novembre 2013.
Qu'elle vienne de ses parents, sa soeur, ses anciens collĂšgues en Grande-Bretagne, ou son ex-compagne, la description ne varie pas : Abdelhakim Dekhar a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ© par les enquĂȘteurs, qui ont interrogĂ© ces personnes ayant bien connu ou simplement frĂ©quentĂ© le "tireur de LibĂ©", comme un homme violent et mythomane.
Le 15 novembre 2013, l'accusĂ© avait dĂ©marrĂ© son parcours armĂ© Ă BFMTV oĂč il avait menacĂ© avec un fusil Ă pompe un rĂ©dacteur en chef. Trois jours aprĂšs, il avait griĂšvement blessĂ© par balle un assistant photographe Ă LibĂ©ration. Il avait ensuite tirĂ© sur l'immeuble de la SociĂ©tĂ© gĂ©nĂ©rale dans le quartier d'affaires de la DĂ©fense.
Les enquĂȘteurs ont dĂ©crit une personnalitĂ© bien diffĂ©rente de celle qu'a voulu montrer vendredi Abdelhakim Dekhar, aujourd'hui ĂągĂ© de 52 ans, au premier jour de son procĂšs devant la cour d'assises de Paris.
Il s'était présenté comme un homme désespéré, aprÚs la séparation d'avec sa compagne et par conséquent, l'éloignement de ses enfants: avec son périple armé dans la capitale, il voulait mettre en scÚne son suicide mais n'avait jamais voulu "s'en prendre à la personne humaine", affirmait-il.
Il Ă©tait aussi revenu sur ses explications, formulĂ©es juste aprĂšs les faits, oĂč il mettait en avant un "combat politique" contre l'Etat français, contre le systĂšme, contre les journalistes qualifiĂ©s de "journaputes".
Le premier policier appelĂ© Ă la barre a dĂ©crit "un dĂ©calage" chez Abdelhakim Dekhar "entre sa vie rĂȘvĂ©e de Robin des Bois, et sa vie beaucoup plus mĂ©diocre, aux consĂ©quences dramatiques".
Cet enquĂȘteur a Ă©voquĂ© "un homme violent quand les choses ne vont pas dans son sens", qui avait "une relation conflictuelle avec une grande partie de sa famille". Quand il Ă©tait jeune, il s'Ă©tait montrĂ© "trĂšs violent avec son pĂšre et sa mĂšre"; il avait mis "un coup de poing au visage" Ă sa soeur.
Sa famille le qualifie par ailleurs de "menteur pathologique", d'"affabulateur", a rapporté le policier.
Le diplÎme en philosophie qu'il affirme avoir obtenu? Son rÎle d'agent secret pour les services algériens et français? "Une affabulation", répond le policier.
- 'Un gros passif' -
En Angleterre, oĂč il a vĂ©cu de la fin des annĂ©es 1990 Ă 2013, il avait tentĂ© de convaincre une collĂšgue de travail, rencontrĂ©e par un enquĂȘteur qui s'est rendu en Grande-Bretagne, qu'il Ă©tait journaliste freelance, qu'il avait combattu dans la LĂ©gion Ă©trangĂšre en Bosnie, que ses parents Ă©taient morts dans un accident de voiture.
Abdelhakim Dekhar entretenait de si mauvaises relations avec son supérieur, dans un restaurant à Londres, que ce dernier avait employé une société de sécurité aprÚs son licenciement, de peur qu'il vienne se venger.
Cet enquĂȘteur a aussi rencontrĂ© Ă Londres son ex-compagne avec qui il a eu deux enfants. Elle "dĂ©crit un gros passif", explique le policier. Abdelhakim Dekhar a Ă©tĂ© condamnĂ© en janvier 2013 par la justice britannique Ă six mois de travaux d'intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral et Ă porter un bracelet Ă©lectronique aprĂšs des violences contre elle. Il avait aussi tentĂ© de l'Ă©trangler.
Sept mois aprĂšs cette condamnation, il revenait en France, oĂč il Ă©tait dĂ©jĂ connu des autoritĂ©s. Abdelhakim Dekhar avait Ă©tĂ© condamnĂ© en 1998 dans un dossier criminel majeur de l'Ă©poque liĂ© aux milieux de l'ultragauche.
Il Ă©tait soupçonnĂ© d'ĂȘtre "le troisiĂšme homme" de l'Ă©quipĂ©e de deux membres de cette mouvance, Florence Rey et Audry Maupin: une fusillade au cours de laquelle trois policiers, un chauffeur de taxi et Maupin avaient Ă©tĂ© tuĂ©s en 1994.
Le procĂšs doit se terminer vendredi.
Par Gokan GUNES - © 2017 AFP
