Premier jugement mardi contre un religieux traditionaliste de Riaumont

  • PubliĂ© le 6 mai 2025 Ă  06:04
  • ActualisĂ© le 6 mai 2025 Ă  06:31
L'entrée du "village d'enfants" de la communauté catholique traditionaliste de Riaumont à Liévin, dans le Pas-de-Calais, le 7 mars 2025

Le tribunal correctionnel de BĂ©thune (Pas-de-Calais) rend mardi son jugement Ă  l'encontre d'un religieux de Riaumont accusĂ© d'avoir consultĂ© et dĂ©tenu de nombreux fichiers pĂ©dopornographiques, le premier procĂšs autour du "village d'enfants" de cette communautĂ© catholique traditionaliste au cƓur de plusieurs enquĂȘtes.

Deux ans de prison, dont un ferme, ont été requis contre Alain H., l'ancien prieur de la communauté, lors de son procÚs le 11 mars. 

Le délibéré est attendu à 13H30.

D'anciens pensionnaires du "village d'enfants" de Riaumont, dont certains ont portĂ© plainte contre l'institution, ont prĂ©vu d'ĂȘtre prĂ©sents au dĂ©libĂ©rĂ©, aprĂšs avoir dĂ©jĂ  assistĂ© au procĂšs.

Situé sur un vaste domaine boisé à Liévin, Riaumont a démarré dans les années 1960 comme foyer d'accueil pour enfants placés par les services sociaux, aux cÎtés d'enfants de familles traditionalistes.

Outre l'affaire de pĂ©dopornographie concernant son ancien prieur, la communautĂ© de Riaumont est visĂ©e par d'autres enquĂȘtes pour violences, agressions sexuelles et viol sur mineur.

A l'audience du 11 mars, Alain H., 61 ans, vĂȘtu d'une soutane beige, a niĂ© une grande partie des faits qui lui sont reprochĂ©s, s'Ă©talant de 2012 Ă  2017. Il a contestĂ© Ă  la barre que la majoritĂ© de ces images mettaient en scĂšne des mineurs, jeunes garçons ou adolescents, comme le nombre de fichiers illicites retrouvĂ©s sur ses ordinateurs - environ 2.000 selon les enquĂȘteurs.

Il a mĂȘme affirmĂ© que ses recherches sur des sites pornographiques s'inscrivaient dans le cadre d'une "Ă©tude anthropologique, sociĂ©tale, Ă©ducative", pour mieux comprendre la jeunesse d'aujourd'hui.

La procureure a estimé que le prévenu avait la volonté de "manipuler" ses interlocuteurs en faisant croire qu'il y avait une quelconque "dimension scientifique à tout ça".

Son avocat Me Octave Nitkowski a dit lundi à l'AFP espérer la relaxe de son client car, selon lui, "il y a une confusion dans ce dossier entre pornographie et pédopornographie", et aussi entre "détention et consultation d'images".

- Nouvelles plaintes -

Le parquet de Béthune a aussi récemment requis la tenue d'un procÚs contre Alain H. et cinq autres religieux de Riaumont pour des faits de violences sur plusieurs dizaines d'enfants entre 2007 et 2019.

Deux autres encadrants de Riaumont sont mis en examen dans le cadre d'une enquĂȘte toujours en cours sur des agressions sexuelles.

Une autre enquĂȘte en cours concerne une affaire de viol, dans laquelle l'auteur prĂ©sumĂ© Ă©tait mineur au moment des faits et le second mis en examen n'est autre qu'Alain H., poursuivi pour "non dĂ©nonciation de crime".

La mĂ©diatisation du tentaculaire dossier Riaumont est allĂ©e crescendo ces derniers mois, dans le sillage de l'affaire BĂ©tharram et de la commission d'enquĂȘte parlementaire sur les violences dans les Ă©tablissements scolaires.

Le parquet de Béthune a récemment précisé à l'AFP avoir reçu trois nouvelles plaintes concernant Riaumont ces derniÚres semaines. L'une d'elles incrimine trois religieux de la communauté pour "violences physiques" et "agressions sexuelles" sur mineur, des faits qui seraient non prescrits, remontant à la fin des années 2000.

AprÚs de premiÚres remontées de sévices, Riaumont a perdu en 1982 son agrément pour enfants placés. Mais la communauté a lancé en 1989 une école privée hors contrat, qui n'a fermé qu'en 2019 sur décision administrative, aprÚs la révélation des mises en examen de plusieurs de ses membres.

Un arrĂȘtĂ© prĂ©fectoral pris en janvier interdit aussi Ă  la communautĂ© d'accueillir des sĂ©jours de scouts cette annĂ©e, car ses locaux sont "susceptibles d'hĂ©berger des personnes ayant l'interdiction d'approcher des mineurs".

Dans un communiqué publié vendredi, le Collectif de victimes et d'anciens du village d'enfants de Riaumont a toutefois accusé la communauté de continuer à tenter d'attirer des mineurs "par tous les moyens", et a demandé à l'Etat de renforcer son contrÎle.

Les deux corapporteurs de la commission d'enquĂȘte parlementaire, les dĂ©putĂ©s Violette Spillebout (Ensemble pour la RĂ©publique) et Paul Vannier (LFI), ont effectuĂ© une visite sous tension Ă  Riaumont dĂ©but avril.

Mme Spillebout avait alors comparé Riaumont à un "bagne", avec "une histoire de souffrance, de travaux forcés".

"Il y avait une discipline" à Riaumont, selon le pÚre Christophe Gapais, le nouveau prieur de la communauté, niant cependant une "violence institutionnalisée", érigée en systÚme.

AFP

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