Les Iraniens ont commencé à voter vendredi à une présidentielle sous forme de duel entre le modéré sortant Hassan Rohani, qui veut poursuivre sa politique d'ouverture au monde, et le conservateur Ebrahim Raissi qui prÎne la préférence nationale.
A TĂ©hĂ©ran comme en province, l'affluence semblait forte dĂšs l'ouverture des bureaux devant lesquels se formaient de longues files d?attente, selon l'AFP et les images de la tĂ©lĂ©vision nationale Irib. L'un des premiers Ă voter a Ă©tĂ© le guide suprĂȘme Ali Khamenei, qui a appelĂ© ses compatriotes Ă aller aux urnes "massivement, le plus tĂŽt possible".
"Le destin du pays est entre les mains des Iraniens qui choisissent le chef de l'exécutif", a-t-il déclaré à la télévision d'Etat avant de voter à son domicile de Téhéran, comme c'est la coutume. Votant également dans un bureau dans la capitale sous un grand ciel bleu, Zahra, étudiante en science alimentaire de 32 ans, a estimé en glissant son bulletin dans l'urne que "le dialogue de Rohani avec le monde et la modération dans la société sont trÚs importants".
Deux petits candidats, un réformateur et un conservateur, ont maintenu leur candidature, le premier ayant appelé officiellement à voter pour M. Rohani, soutenu par les réformateurs et les modérés.
Mais cette prĂ©sidentielle est en rĂ©alitĂ© un face-Ă -face entre M. Rohani, 68 ans, et Ebrahim Raissi, un religieux conservateur de 56 ans proche du guide suprĂȘme Ali Khamenei qui veut privilĂ©gier l'Ă©conomie nationale. Elle se tient deux jours aprĂšs la dĂ©cision amĂ©ricaine de renouveler l'allĂšgement des sanctions contre l'Iran, conformĂ©ment Ă l'accord nuclĂ©aire de 2015 entre TĂ©hĂ©ran et six grandes puissances, dont les Etats-Unis. Washington a dans le mĂȘme temps annoncĂ© d'autres sanctions contre le programme balistique de TĂ©hĂ©ran.
Le président Rohani, élu en 2013, a consacré la majeure partie de son premier mandat de quatre ans à la négociation de cet accord ayant permis d'entamer l'ouverture économique et politique de son pays.
- Méfiance Téhéran/Washington -
Mais la méfiance entre Téhéran et Washington, qui ont rompu leurs relations diplomatiques peu aprÚs la révolution islamique en 1979, demeure: le maintien de l'accord nucléaire s'est accompagné de nouvelles sanctions américaines liées au programme de missiles balistiques de l'Iran.
Cette mĂ©fiance s'est mĂȘme accentuĂ©e aprĂšs l'arrivĂ©e au pouvoir du prĂ©sident amĂ©ricain Donald Trump, qui a multipliĂ© les dĂ©clarations anti-iraniennes et accru les sanctions non liĂ©es au nuclĂ©aire depuis janvier.
Hasard du calendrier ou pas, M. Trump assistera ce week-end à un sommet avec des dirigeants musulmans du monde entier en Arabie saoudite, grand rival régional de l'Iran.
Malgré l'hostilité américaine, l'ambition de Rohani est de poursuivre l'ouverture au monde pour attirer davantage d'investissements, tandis que Raissi veut défendre les classes les plus défavorisées en privilégiant "l'économie de résistance" axée sur la production nationale. Outre la conclusion de l'accord nucléaire, le président sortant peut se prévaloir d'avoir fait chuter l'inflation qui, de 40% en 2013, est passée aujourd'hui à 9,5%.
Sans remettre en cause cet accord voulu par le guide suprĂȘme, Ebrahim Raissi a dĂ©noncĂ© le manque de rĂ©sultats de ce compromis, qui a attirĂ© peu d'investissements par rapport Ă ce qui avait Ă©tĂ© escomptĂ© et n'a pas profitĂ© aux plus dĂ©favorisĂ©s dont il se fait l'avocat.
"Au lieu d'utiliser la capacité de notre jeunesse, ils (Rohani et son gouvernement) placent notre économie dans les mains des étrangers", a accusé Raissi lors de son dernier meeting mercredi à Machhad (nord-est).
Il a mis en avant les mauvais chiffres du chÎmage (12,5% de la population, 27% des jeunes) et accusé le gouvernement de n'avoir agi que pour "l'oligarchie", les "4% les plus riches". La grande inconnue du scrutin est le taux de participation, et nombre de dirigeants ont appelé à un vote massif. Il devrait dépasser les 72%, selon le ministÚre de l'Intérieur. "Les responsables américains, européens, et ceux du régime sioniste (Israël) surveillent nos élections pour voir quel sera le niveau de participation", a affirmé mercredi Ali Khamenei.
Le scrutin est couplé à des élections municipales: l'enjeu dans les grandes villes de Téhéran, Machhad (nord-est) et Ispahan (centre) est un changement de la majorité conservatrice qui les dirige.
AFP




