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Dépenses de campagne

ProcĂšs Bygmalion : Nicolas Sarkozy face au tribunal pour son interrogatoire

  • PubliĂ© le 15 juin 2021 Ă  15:58
  • ActualisĂ© le 15 juin 2021 Ă  16:51
L'ancien président Nicolas Sarkozy (c) arrive pour une audience dans l'affaire Bygmalion au tribnal à Paris, le 15 juin  2021

Pour la premiÚre fois depuis l'ouverture du procÚs Bygmalion, l'ex-président Nicolas Sarkozy s'est présenté mardi au tribunal correctionnel de Paris, pour son interrogatoire sur les dépenses excessives de sa campagne 2012.

VĂȘtu d'un costume et d'un masque noirs, et d'une chemise blanche, il est entrĂ© dans la salle d'audience, l'air grave. M. Sarkozy a pris place sur une chaise, au cĂŽtĂ© des ses co-prĂ©venus, aprĂšs avoir saluĂ© les deux reprĂ©sentants du parquet d'un signe de tĂȘte.

A l'ouverture de l'audience et à la demande de la présidente, il s'est levé et s'est installé à la barre, face au tribunal. Nicolas Sarkozy n'avait assisté à aucune audience depuis le début du procÚs le 20 mai, et se faisait représenter par son avocat historique, Me Thierry Herzog.

Les autres prĂ©venus - anciens cadres de Bygmalion et de l'UMP, directeur de campagne, experts comptables - qui ont dĂ©filĂ© Ă  la barre, sont tous soupçonnĂ©s d'ĂȘtre impliquĂ©s Ă  des degrĂ©s divers dans le systĂšme de double facturation imaginĂ© pour masquer l'explosion des dĂ©penses autorisĂ©es pendant la campagne du prĂ©sident candidat Ă  sa réélection.

Le prix réel des quelque 40 meetings organisés par l'agence événementielle Bygmalion avait été drastiquement réduit, et le reste - 80% des factures - réglé par l'UMP (devenu LR), au nom de conventions fictives du parti.

Contrairement aux autres, renvoyés notamment pour escroquerie ou usage de faux, Nicolas Sarkozy n'est pas mis en cause pour ce systÚme, et comparaßt pour "financement illégal de campagne" uniquement. Il encourt un an d'emprisonnement et 3.750 euros d'amende.

En mars, il Ă©tait devenu le premier ex-prĂ©sident de la Ve RĂ©publique Ă  ĂȘtre condamnĂ© Ă  de la prison ferme (trois ans dont un ferme), pour corruption et trafic d'influence dans l'affaire dite "des Ă©coutes".

Dans le dossier Bygmalion, "l'enquĂȘte n'a pas Ă©tabli" selon l'accusation que Nicolas Sarkozy aurait pu "ordonner", "participer", voir mĂȘme ĂȘtre informĂ© du systĂšme.

Mais le prĂ©sident-candidat, loin d'ĂȘtre "dĂ©connectĂ© de sa campagne", a fait le choix avec son Ă©quipe de "meetings spectaculaires et dispendieux", et demandĂ© d'accĂ©lĂ©rer le rythme - jusqu'Ă  un meeting par jour. Une campagne "d'une rare densitĂ©", marquĂ©e par une "totale improvisation" des donneurs d'ordre, avait dĂ©crit l'accusation.

Pour les organisateurs, une consigne : "faut que ça pÚte", a résumé au début du procÚs le responsable des meetings chez Bygmalion, Franck Attal. L'accusation estime que M. Sarkozy a laissé filer les dépenses, malgré plusieurs alertes claires sur les risques de dépassement, et ainsi "incontestablement" bénéficié de la fraude, qui lui a permis de disposer de "moyens bien supérieurs" à ce qu'autorisait la loi: au moins 42,8 millions au total, soit prÚs du double du plafond légal à l'époque.

- "Parfaitement en ligne" -

Pour lui éviter de devoir reconnaßtre publiquement que ses dépenses avaient dérivé "de maniÚre spectaculaire", "avec les conséquences politiques et financiÚres" qui s'en seraient suivies, dit l'accusation, il a été décidé de "purger" le compte de campagne.

Une thĂšse Ă  laquelle ne croit pas Nicolas Sarkozy : le prix de ses meetings Ă©tait "parfaitement en ligne" avec ceux de son opposant François Hollande, avait-il dit aux enquĂȘteurs. Alors, "oĂč est passĂ© cet argent ?"

L'ex secrétaire général de l'UMP Jean-François Copé, blanchi dans cette affaire et entendu comme simple témoin la semaine derniÚre, a bien une idée. "Il faut toujours se demander à qui cela profite", avait-il répondu au tribunal alors qu'on lui demandait son "hypothÚse" sur la question du procÚs : qui a ordonné la fraude ?

Les sarkozystes et copĂ©istes se sont toujours rejetĂ© la responsabilitĂ© de ce scandale qui a causĂ© des dĂ©flagrations en sĂ©rie Ă  droite. Quand l'affaire avait Ă©tĂ© rĂ©vĂ©lĂ©e dans la presse en 2014, Jean-François CopĂ© avait d'abord Ă©tĂ© accusĂ© d'ĂȘtre derriĂšre un systĂšme créé pour constituer une "caisse noire" dĂ©diĂ©e Ă  son avenir politique.

JérÎme Lavrilleux, à l'époque directeur de cabinet de M. Copé et directeur-adjoint de la campagne, et seul à l'UMP à avoir reconnu la fraude, assure que ni son patron, ni Nicolas Sarkozy, n'avaient été mis au courant.

Les autres anciens cadres de l'UMP et de la campagne ont de leur cÎté évité de parler de l'ex-chef de l'Etat. "Les décisions se prenaient à l'Elysée", a-t-on tout au plus entendu.

En marge de l'interrogatoire du directeur de campagne Guillaume Lambert la semaine derniÚre, un avocat de la défense s'en était étonné : "quelqu'un va poser une question sur Sarkozy à un moment ?"

AFP

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