Annulation du sommet Trump-Kim

Pyongyang toujours prĂȘt au dialogue avec Washington

  • PubliĂ© le 25 mai 2018 Ă  10:53
  • ActualisĂ© le 25 mai 2018 Ă  11:07
Les images du président américain Donald Trump (g) et du leader nord-coréen Kim Jong Un sur un écran géant dans une rue de Tokyo, le 25 mai 2018 au Japon

La Corée du Nord s'est dite vendredi toujours disposée à dialoguer avec Washington malgré l'annulation soudaine par Donald Trump du sommet prévu entre les deux pays dans une volte-face qui replonge la péninsule coréenne dans l'incertitude.

Le président américain a annulé jeudi le sommet prévu le 12 juin à Singapour avec Kim Jong Un, évoquant l'"hostilité" de Pyongyang qu'il a mis en garde contre toute action "stupide ou irresponsable".


C'est par un courrier d'une vingtaine de lignes adressĂ© Ă  M. Kim que le 45e prĂ©sident des Etats-Unis a fait part de sa dĂ©cision de renoncer au face-Ă -face dont il avait lui-mĂȘme acceptĂ© le principe dĂ©but mars Ă  la stupĂ©faction gĂ©nĂ©rale. Des responsables amĂ©ricains ont expliquĂ© ce revirement par une "sĂ©rie de promesses non tenues" et un "profond manque de bonne foi".


La rĂ©action initiale de Pyongyang Ă  cette annulation rendue publique le jour mĂȘme oĂč il dĂ©clarait avoir "complĂštement" dĂ©mantelĂ© son seul site connu d'essais nuclĂ©aires est plutĂŽt mesurĂ©e.
Si le premier vice-ministre nord-corĂ©en des Affaires Ă©trangĂšre Kim Kye Gwan a parlĂ© de dĂ©cision "extrĂȘmement regrettable", il a laissĂ© la porte ouverte en dĂ©clarant que Pyongyang Ă©tait prĂȘt "s'asseoir face Ă  face, Ă  tout moment et de quelque maniĂšre que ce soit, pour rĂ©soudre le problĂšme".
L'euphorie initiale suscitée par la perspective du sommet avait cédé la place au doute ces derniers temps, avec pour toile de fond des menaces échangées par les deux parties.


Le Nord a encore qualifié jeudi de "stupides" et d'"ignorants" des propos du vice-président américain Mike Pence. "Malheureusement, au regard de l'énorme colÚre et de l'hostilité affichée dans votre derniÚre déclaration en date, j'estime qu'il n'est pas opportun, à ce stade, de maintenir cette rencontre", déclare M. Trump dans sa lettre, tout en ne fermant pas la porte à une rencontre ultérieure.


 "Lapin"


Cette décision met en porte-à-faux son allié sud-coréen, artisan de la remarquable détente des derniers mois entre Pyongyang et Washington. Le président sud-coréen Moon Jae-in a évoqué une tournure des événements "choquante et profondément regrettable". "Il semble que (le Nord) reste sincÚre quant à la mise en oeuvre de l'accord et à ses efforts pour la dénucléarisation et l'instauration de la paix", a souligné le ministre sud-coréen de l'Unification, Cho Myoung-gyon.


Le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de l'ONU Antonio Guterres a appelĂ© les parties Ă  poursuivre le dialogue, de mĂȘme que l'hĂŽte singapourien, tandis que le prĂ©sident russe Vladimir Poutine espĂ©rait que les entretiens puissent avoir lieu au bout du compte. Le Japon a dit qu'il maintiendrait une "Ă©troite coopĂ©ration" avec les Etats-Unis et la CorĂ©e du Sud.


M. Trump a beaucoup investi d'un point de vue politique dans ce sommet. Mais à mesure que sa date approchait, le fossé entre les deux parties est devenu de plus en plus apparent. Washington exige une "dénucléarisation complÚte, vérifiable et irréversible" de la part du Nord. Pyongyang a déclaré qu'il ne renoncerait jamais à son arsenal nucléaire tant qu'il ne se sentirait pas en sécurité face à ce qu'il voit comme l'agression américaine.


Un haut responsable américain a déploré que les Nord-Coréens ne se soient pas présentés lors d'une réunion préparatoire la semaine derniÚre à Singapour avec des responsables de la Maison Blanche.
"Ils ont attendu et encore attendu. Les Nord-Coréens ne sont jamais venus. Ils ne nous ont rien dit, ils nous ont simplement posé un lapin".


"ModĂšle libyen"


La Maison Blanche a jugé que les critiques opposées par Pyongyang à ses exercices militaires conjoints avec Séoul et son annulation récente d'entretiens avec les Sud-Coréens étaient des violations de ses engagements d'avant-sommet. Washington a également vu d'un mauvais oeil le fait que Pyongyang se soit abstenu d'inviter des experts internationaux vérifier le démantÚlement de son site d'essais de Punggye-ri, caché sous une montagne prÚs de la Chine et théùtre de ses six essais nucléaires. Mais, a lancé Kim Kye Gwan, les déclarations courroucées de Pyongyang ne sont que "les représailles aux propos impitoyables de la partie américaine qui cherche la dénucléarisation unilatérale".


M. Pence, comme le conseiller à la sécurité nationale de M. Trump, le faucon John Bolton, ont tous deux évoqué le "modÚle libyen" pour la Corée du Nord. AprÚs avoir renoncé à son programme nucléaire, le leader libyen Mouammar Khadafi avait été tué des années aprÚs lors d'un soulÚvement soutenu par des bombardements de l'OTAN. "Dans le concours pour déterminer qui est le leader le plus erratique, le président Trump bat Kim Jong Un à plate couture", a commenté Joe Wit, fondateur du site respecté dédié à la Corée du Nord 38 North.


"Son instabilité plonge tout le monde dans la perplexité, y compris nos alliés sud-coréens".Mais d'autres jugent que le retrait de Donald Trump est de nature à extirper de nouvelles concessions à Pyongyang. "La Corée du Nord va devoir présenter des projets plus précis pour la dénucléarisation si elle veut discuter à l'avenir", a dit à l'AFP Go Myong-hyun, analyste à l'Institut Asan des études politiques.

 - © 2018 AFP

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