Suspens aux Maldives

Que va faire Yameen, l'homme de fer battu ?

  • PubliĂ© le 24 septembre 2018 Ă  09:54
  • ActualisĂ© le 24 septembre 2018 Ă  10:20
Le président des Maldives Abdulla Yameen, le 23 septembre 2018 à Malé

Les Maldives redoutaient lundi la réaction du président Abdulla Yameen, l'homme de fer du pays battu à la surprise générale à l'élection présidentielle par le candidat de l'opposition Ibrahim Mohamed Solih.

Le chef de l'État sortant semblait pourtant avoir le champ libre pour dĂ©crocher un second mandat. En cinq ans de pouvoir, il a menĂ© une rĂ©pression fĂ©roce de toute dissidence, muselĂ© sociĂ©tĂ© civile et mĂ©dias, et n'a pas hĂ©sitĂ© Ă  l'occasion Ă  s'imposer par coups de force. MalgrĂ© tout cela, le candidat de la coalition de l'opposition, Ibrahim Mohamed Solih, peu connu des Ă©lecteurs, a obtenu dimanche 58,3% des voix face Ă  lui, selon des rĂ©sultats de la commission Ă©lectorale maldivienne.

Les partisans du Parti dĂ©mocratique maldivien (PDM) ont fĂȘtĂ© la nouvelle Ă  travers l'archipel de l'ocĂ©an Indien en agitant les drapeaux jaunes de la formation politique et en dansant dans les rues. Lundi matin pourtant, le prĂ©sident Yameen n'avait toujours pas concĂ©dĂ© sa dĂ©faite. Un silence radio qui inquiĂ©tait dans les rangs de l'opposition, oĂč l'on redoutait qu'il prĂ©pare une man?uvre pour se maintenir au pouvoir. "Les informations qui nous parviennent indiquent qu'il pourrait saisir la Cour suprĂȘme pour faire annuler les rĂ©sultats, dĂ©clarer l'Ă©tat d'urgence et rester au pouvoir", a dĂ©clarĂ© Ă  l'AFP un responsable du MDP.

Puissance rĂ©gionale traditionnelle, qui a vu d'un mauvais ?il le rapprochement des Maldives avec la Chine sous le mandat d'Abdulla Yameen l'Inde a "fĂ©licitĂ© avec c?ur" le candidat de l'opposition. Les États-Unis ont appelĂ© au "calme et au respect de la volontĂ© du peuple". "J'appelle Yameen Ă  respecter la volontĂ© du peuple et permettre un transfert pacifique du pouvoir", a dĂ©clarĂ© M. Solih Ă  la tĂ©lĂ©vision maldivienne.

- État d'urgence -

Si les Maldives Ă©voquent lunes de miel et plages paradisiaques dans l'imaginaire du grand publique, la situation politique de cette micro-nation d'une vingtaine d'atolls est autrement moins souriante. Avant le vote, opposition et observateurs internationaux avaient exprimĂ© leur inquiĂ©tude de voir le chef de l'État maldivien "voler" le scrutin. La plupart des journalistes Ă©trangers se sont vu refuser l'accĂšs au pays pour couvrir l'Ă©lection.
C'Ă©tait dĂ©jĂ  dans des circonstances controversĂ©es qu'Abdulla Yameen avait accĂ©dĂ© Ă  la prĂ©sidence en 2013 face Ă  Mohamed Nasheed, premier prĂ©sident dĂ©mocratiquement Ă©lu de l'histoire des Maldives. La Cour suprĂȘme avait annulĂ© le premier tour, oĂč M. Nasheed Ă©tait arrivĂ© en tĂȘte, puis repoussĂ© deux fois le vote, laissant le temps Ă  M. Yameen de forger des alliances.

Au dĂ©but de l'annĂ©e, mĂ©content d'une dĂ©cision de justice qui cassait les condamnations litigieuses d'opposants, M. Yameen Ă©tait passĂ© en force en imposant 45 jours d'Ă©tat d'urgence. AprĂšs une sĂ©rie d'arrestations, parmi lesquelles deux juges de la Cour suprĂȘme et l'ancien autocrate de l'archipel (1978-2008) Maumoon Abdul Gayoom, M. Yameen avait obtenu de l'instance judiciaire qu'elle revienne sur sa dĂ©cision. À son arrivĂ©e au pouvoir, les observateurs des Maldives pensaient que ce bureaucrate sans charisme de 59 ans ne serait qu'un pantin aux mains de son demi-frĂšre Maumoon Abdul Gayoom. Mais en cinq ans, il s'est imposĂ© comme le maĂźtre sans partage du pays.

Il a envoyĂ© derriĂšre les barreaux une flopĂ©e d'anciens proches tombĂ©s en disgrĂące et de dissidents. Les autres figures de l'opposition ont dĂ» se rĂ©soudre Ă  l'exil, comme l'ex-prĂ©sident Mohamed Nasheed qui vit entre le Royaume-Uni et le Sri Lanka. FustigĂ© pour sa rĂ©pression par l'Union europĂ©enne, les États-Unis et l'Inde, M. Yameen s'est rapprochĂ© ces derniĂšres annĂ©es de la Chine. Celle-ci lui a accordĂ© des centaines de millions de dollars de prĂȘts pour la construction d'infrastructures, des sommes qui reprĂ©sentent pour PĂ©kin un levier d'influence.

Des enquĂȘtes de mĂ©dias Ă©trangers ont aussi rĂ©vĂ©lĂ© un vaste systĂšme de dĂ©tournement de fonds publics orchestrĂ© par des proches du prĂ©sident, pour des sommes portant sur des dizaines de millions de dollars.

- © 2018 AFP

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