Limiter l'impact sur l'économie

Rassurer face au coronavirus, le défi de taille qui attend la Fed

  • PubliĂ© le 15 mars 2020 Ă  11:49
  • ActualisĂ© le 15 mars 2020 Ă  17:10
Le président de la Fed Jerome Powell lors d'une conférence de presse, le 3 mars 2020 à Washington

La Fed n'aura qu'une seule mission mercredi, Ă  l'issue de sa rĂ©union monĂ©taire: convaincre marchĂ©s, entreprises et consommateurs qu'elle est prĂȘte Ă  tout pour limiter l'impact du coronavirus sur l'Ă©conomie amĂ©ricaine, mĂȘme si ses outils ne sont pas les mieux adaptĂ©s Ă  cette menace inĂ©dite.

La Réserve fédérale américaine devrait notamment dégainer son arme habituelle face à la crise, et annoncer une baisse des taux, comme l'anticipent désormais l'ensemble des analystes. Une carte qu'elle a déjà sortie début mars, alors que l'épidémie de nouveau coronavirus commençait à dangereusement s'étendre aux Etats-Unis, menaçant l'activité du pays. La Fed avait alors abaissé d'un demi-point de pourcentage ses taux, jusqu'à une fourchette comprise entre 1% et 1,25%.

Et ce sans mĂȘme attendre son habituelle rĂ©union monĂ©taire, qui se dĂ©roule toutes les six semaines. Une mesure qu'elle n'avait pas prise depuis 2008, alors que la crise des subprimes faisait rage. Mercredi, son prĂ©sident Jerome Powell pourrait mĂȘme dĂ©cider de descendre jusqu'Ă  zĂ©ro, et ainsi rejoindre beaucoup d'autres Banques centrales.

C'est en tout cas ce que réclame depuis des mois le président Donald Trump, qui reproche à la Fed de ne pas en faire assez, de ralentir la croissance de l'économie. "La Réserve fédérale doit ENFIN abaisser les taux, jusqu'à un niveau comparable aux Banques centrales concurrentes", a-t-il encore tancé vendredi sur son compte Twitter, quelques heures avant de décréter l'urgence nationale.

Si Donald Trump tempĂȘte en permanence contre Jerome Powell, il a toutefois assurĂ© samedi qu'il n'avait pas l'intention de nommer quelqu'un d'autre Ă  la tĂȘte de la Fed. L'abaissement des taux, qui permet de baisser le coĂ»t du crĂ©dit et ainsi de stimuler la consommation, fonctionne pour soutenir l'Ă©conomie lors d'une crise classique. Mais rien ne dit que cela sera efficace pour lutter contre cette crise inĂ©dite. Le dĂ©fi qui attend la RĂ©serve fĂ©dĂ©rale amĂ©ricaine est de taille, alors que la rĂ©cession guette l'Ă©conomie amĂ©ricaine et que Wall Street a connu jeudi sa pire journĂ©e depuis le krach boursier d'octobre 1987.

- Choc temporaire, effet durable -

"L'enjeu est d'apporter des fonds aux entreprises dont le flux de trésorerie a été sévÚrement touché par le virus, principalement dans le transport, l'hÎtellerie, la restauration et d'autres secteurs des services pour lesquels la demande a chuté", explique Keith Wade, chef économiste du gestionnaire d'actifs Schroders. Car si un nombre trop élevé d'entreprises doivent mettre la clé sous la porte, "le danger est qu'un choc temporaire ait un effet durable", souligne-t-il.

Son pronostic pour la semaine prochaine? Une nouvelle baisse des taux, mais aussi racheter de la dette de sociĂ©tĂ©s: "bien que cela nĂ©cessiterait un changement de la loi aux États-Unis, cela pourrait ĂȘtre plus efficace que les baisses de taux".

Face à l'affolement, la Fed a en effet abreuvé les marchés en liquidités toute la semaine, apportant plusieurs milliers de milliards de dollars, et a renoué avec les rachats de dette américaine à travers les bons du Trésor. Les observateurs y ont immédiatement vu le retour d'un outil utilisé pour combattre la crise de 2008: le quantitative easing (QE), ou assouplissement quantitatif, qualifié par des analystes de Barclays de "bazooka de la liquidité". "La Fed est intervenue de maniÚre agressive pour rétablir le calme sur les marchés, mais on attend encore plus de sa part", ont commenté des analystes d'Oxford Economics dans une note.

Cette rĂ©union "pourrait ĂȘtre le moment +peu importe le prix+ de la Fed", avec une baisse des taux au plus bas, et "l'annonce officielle de la renaissance des QE", ajoutent-ils. Depuis la derniĂšre rĂ©union monĂ©taire de la Fed, la face de l'Ă©conomie amĂ©ricaine et mondiale a complĂštement changĂ©. Ce qui n'Ă©tait qu'un risque aux consĂ©quences encore trĂšs incertaines fin janvier est aujourd'hui en train de mettre Ă  genoux l'Ă©conomie mondiale.

Jeudi, la Banque centrale européenne n'avait, en réponse au coronavirus, pas touché à ses taux, mais présenté un arsenal de mesures techniques, et estimé que la réponse devait d'abord venir des gouvernements. Quant à la Banque d'Angleterre, elle a abaissé ses taux à 0,25%, et celle du Canada, d'un demi-point.

AFP

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