Google a marqué un point mercredi face au fisc français: le rapporteur public du tribunal administratif de Paris estime qu'il ne doit subir aucun redressement fiscal en France sur un total de 1,115 milliard d'euros réclamé par l'administration fiscale.
Le jugement dans cette affaire sera rendu d'ici à la mi-juillet mais l'avis consultatif du rapporteur vient conforter le géant technologique américain face au fisc français.
Ailleurs en Europe, Google a acceptĂ© en mai de verser 306 millions d'euros Ă l'Italie pour mettre fin Ă ses contentieux fiscaux et quelque 168 millions au TrĂ©sor britannique l'an dernier dans le mĂȘme but.
Dans chacun des cinq dossiers étudiés à Paris mercredi, qui portent sur des retenues à la source, le versement d'impÎt sur le revenu, de taxe professionnelle et de TVA, portant sur la période 2005-2010, le rapporteur soutient Google. Il appuie le géant américain qui dit exercer ses activités de vente de publicité sur le marché français via sa filiale irlandaise Google Ireland Limited (GIL) et estime ne pas devoir déclarer ses bénéfices en France, une pratique d'optimisation fiscale maintes fois dénoncée.
- Pas d''établissement stable' -
"Google France n'a pas bĂ©nĂ©ficiĂ© de la prĂ©sence d'un Ă©tablissement stable en France, tant au regard de la retenue Ă la source que de l'impĂŽt sur les sociĂ©tĂ©s ou de la TVA", a dit le rapporteur public lors de l'audience. Cette notion d'"Ă©tablissement stable", qui doit ĂȘtre Ă©tablie pour qu'une sociĂ©tĂ© soit taxable en France, est au coeur du contentieux: Google explique que les annonceurs signent les contrats avec sa filiale irlandaise, mĂȘme si les clients peuvent ĂȘtre en rapport avec les salariĂ©s de Google France.
Mais l'administration fiscale conteste cette lecture.
Elle relĂšve que les employĂ©s français ont un rĂŽle clef pour nĂ©gocier et mettre en place les campagne de publicitĂ© sur le moteur de recherche, le site de vidĂ©os Youtube ou la vente de mots-clefs, mĂȘme si les contrats sont formellement signĂ©s par la filiale irlandaise GIL. "L'administration fiscale a considĂ©rĂ© que GIL a exercĂ© une activitĂ© occulte par l'intermĂ©diaire de Google France", a soulignĂ© Philippe Cahanin, reprĂ©sentant de l'administration fiscale au tribunal.
Le rapporteur a écarté dans ses conclusions cette interprétation, optant pour une lecture littérale de la convention fiscale entre la France et l'Irlande et la jurisprudence.
MĂȘme s'il a reconnu que "la prĂ©sente affaire rĂ©vĂšle les carences de la base juridique actuelle". SollicitĂ©es par l'AFP, aucune des parties n'a souhaitĂ© commenter les conclusions du rapporteur.
Google, qui emploie actuellement 700 personnes en France, est dans le collimateur de Bercy depuis plusieurs années. Une source proche du dossier avait indiqué début 2016 que le fisc réclamait au total 1,6 milliard d'euros d'arriérés d'impÎts au géant américain.
En juin 2011, plusieurs perquisitions et saisies ont Ă©tĂ© rĂ©alisĂ©es dans les locaux parisiens de Google France, dans le cadre d'une enquĂȘte sur les "prix de transfert" entre la branche française de la sociĂ©tĂ© amĂ©ricaine et la filiale irlandaise du groupe. Google a en effet Ă©tabli son siĂšge europĂ©en en Irlande, pays ayant une des fiscalitĂ©s sur les bĂ©nĂ©fices des sociĂ©tĂ©s parmi les plus basses de l'UE.
Les pays de l'OCDE s'efforcent de remédier aux lacunes juridiques qui permettent à des sociétés comme Google, mais aussi Facebook ou Amazon, de minimiser leurs impÎts en Europe.
Plus d'une soixantaine de pays ont ainsi signé la semaine derniÚre à l'OCDE une convention multilatérale destinée à lutter contre l'érosion des bases fiscales et les transferts de bénéfices.
AFP
