Belgique

Renaissance par la peinture pour une fille de roi longtemps reniée

  • PubliĂ© le 18 aoĂ»t 2020 Ă  21:43
  • ActualisĂ© le 19 aoĂ»t 2020 Ă  06:10
L'artiste belge Delphine Boël, fille illégitime de l'ancien roi Albert II, le 15 août 2020 dans la galerie de Guy Pieters, à Knokke, en Belgique

Contraint et forcĂ©, l'ex-roi des Belges Albert II a enfin admis en janvier ĂȘtre son vrai pĂšre, une dĂ©cision qui a "changĂ© la vie" de Delphine BoĂ«l aprĂšs des annĂ©es de souffrances et une longue bataille judiciaire.

L'artiste plasticienne de 52 ans, qui s'exprime peu dans les médias, s'est confiée à l'AFP à l'occasion d'une exposition rétrospective dans une galerie d'art de Knokke, station huppée de la cÎte belge.

Un entretien accordé aussi à quelques semaines du rendez-vous prévu le 10 septembre devant la cour d'appel de Bruxelles, qui doit encore statuer sur les conséquences légales de cette reconnaissance comme quatriÚme enfant de l'ancien souverain (1993-2013) aujourd'hui ùgé de 86 ans.

Ce coup de théùtre du 27 janvier "c'est vrai que cela a vraiment changĂ© ma vie", s'exclame Delphine BoĂ«l en anglais. Cette blonde Ă©lancĂ©e aux yeux clairs se prĂ©sente comme "anglo-belge" et veut ĂȘtre interviewĂ©e dans la langue de Shakespeare. "D'abord je me suis sentie prise au sĂ©rieux, j'ai enfin Ă©tĂ© entendue. Et puis j'ai trouvĂ© extraordinaire que la justice puisse ainsi donner espoir Ă  tous ceux qui recherchent leur identitĂ©", ajoute-t-elle.

Ce jour de fin janvier, Albert II a admis ĂȘtre son "pĂšre biologique", confrontĂ© Ă  l'Ă©vidence d'un test ADN auquel la justice l'avait contraint l'annĂ©e prĂ©cĂ©dente, dans ce feuilleton aux multiples rebondissements.

Depuis 1999, année de la révélation par un journaliste de l'existence de cette fille cachée, née de sa longue liaison avec la baronne Sibylle de Sélys Longchamps, le mari de la reine Paola avait toujours nié cette paternité. Il avait pourtant été en contact avec sa fille lorsqu'elle était enfant.
Ce fut un jour de victoire pour Mme BoĂ«l mĂȘme si "la blessure affective, rien ne la pansera", a soulignĂ© son avocat Me Marc Uyttendaele.

- "Ennemie de la monarchie" -

Comme "remĂšde pour rendre la douleur tolĂ©rable", Delphine BoĂ«l s'est trĂšs tĂŽt passionnĂ©e pour le dessin, raconte-t-elle. A Londres, oĂč elle a suivi sa mĂšre et passĂ© toute sa jeunesse Ă  partir de ses 8 ans, Delphine (elle signe ses ?uvres avec son seul prĂ©nom) a suivi les cours de l'Ecole d'art de Chelsea dont elle est sortie diplĂŽmĂ©e Ă  23 ans, en 1991.

Pour cette exposition intitulĂ©e "Attitude", qui se tient jusqu'au 13 septembre, l'artiste a ressorti les Ă©crits intimes d'une des pĂ©riodes les plus noires de sa vie, il y a cinq ans, quand la justice belge lui infligeait encore des revers et la faisait douter du bien-fondĂ© de son combat pour ĂȘtre reconnue.

Elle les a jetĂ©s sur des cadres grand format. Et ces phrases aux gros caractĂšres Ă©voquant "honte" ou "culpabilitĂ©" sur un fond sombre cĂŽtoient des tableaux abstraits aux couleurs vives avec les mots "espoir", "amour", "sois forte". La preuve que "la tristesse peut ĂȘtre heureuse", se convainc l'artiste.

A demi-mot, Delphine Boël assure que son exposition médiatique a été particuliÚrement difficile à vivre pour elle et sa famille. "Ma renommée était honteuse, j'étais le linge sale d'Albert II", lùche-t-elle. "J'ai constamment été traitée comme une sorte d'ennemie de la monarchie, accusée de vouloir démolir cette institution. J'en ai vraiment souffert parce que ce n'est pas vrai, j'ai toujours été royaliste".

La bataille devant les tribunaux contre Albert II est lancĂ©e en 2013 aprĂšs l'Ă©chec d'une tentative de conciliation. C'est l'annĂ©e oĂč l'ex-souverain abdique et transmet la couronne Ă  son fils Philippe, l'actuel roi des Belges.

Aujourd'hui Delphine BoĂ«l se dit "fiĂšre" d'une bataille menĂ©e tant pour elle-mĂȘme que pour ses deux enfants ĂągĂ©s de 16 et 12 ans, qui devaient aussi "connaĂźtre leur histoire". "A l'Ă©cole, on leur a parfois demandĂ© +tu es sĂ»r que ta mĂšre n'a pas inventĂ© tout ça (...) qu'elle est bien dans sa tĂȘte ?+. Je suis vraiment contente que personne ne puisse plus jamais leur dire cela".

AFP

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