Persona non grata

Renault et Nissan affichent leur union, dans le dos de Ghosn

  • PubliĂ© le 12 mars 2019 Ă  11:12
  • ActualisĂ© le 12 mars 2019 Ă  11:46
Le logo de Renault, Nissan et Mitsubishi, pris en photo avant une conférence de presse au siÚge de Nissan à Yokohama dans la banlieue de Tokyo, le 12 mars 2019

Les dirigeants des constructeurs Renault, Nissan et Mitsubishi Motors présentent mardi un front uni, sous le regard du bùtisseur de l'alliance automobile franco-japonaise, Carlos Ghosn, désormais persona non grata.

M. Ghosn a bien tentĂ© de s'inviter au siĂšge de Nissan Ă  Yokohama (banlieue de Tokyo), oĂč devait se tenir un conseil d'administration, avant une grande confĂ©rence de presse en prĂ©sence de l'ensemble des patrons des trois groupes. Mais la justice lui a interdit l'accĂšs au conseil, dont il reste membre jusqu'Ă  sa rĂ©vocation par l'assemblĂ©e gĂ©nĂ©rale des actionnaires prĂ©vue le 8 avril. Il a en revanche Ă©tĂ© limogĂ© de la prĂ©sidence quelques jours

aprĂšs son arrestation pour malversations financiĂšres prĂ©sumĂ©es, le 19 novembre Ă  Tokyo. Dans une brĂšve dĂ©claration transmise aux mĂ©dias, l'ex-PDG de Nissan, se disant "prĂȘt Ă  remplir ses obligations professionnelles", s'est montrĂ© "déçu que le tribunal ait rejetĂ© sa requĂȘte". "Il est regrettable qu'il ait Ă©tĂ© empĂȘchĂ© de mettre ses idĂ©es et sa vision au service de la compagnie qu'il a servie pendant 20 ans, du fait d'accusations non fondĂ©es Ă  son encontre", a soulignĂ© un porte-parole de M. Ghosn.

- Nouvelle gouvernance -

AprÚs plus de 100 jours de détention, M. Ghosn a retrouvé la semaine derniÚre la liberté en échange du paiement d'une caution d'un milliard de yens (environ 8 millions d'euros), et il ne compte pas rester inactif. Mais Nissan, qui n'a pas de mots assez durs contre son ancien sauveur désormais dépeint par certains comme un "dictateur" sans scrupules, s'est fermement opposé à sa présence, expliquait lundi soir un des avocats de M. Ghosn.
L'homme d'affaires franco-libanais-brésilien n'assistera donc pas à la réunion, justement censée tourner la page de sa "toute-puissance".

Finies les "opaques" sociĂ©tĂ©s nĂ©erlandaises, Renault-Nissan BV et Nissan-Mitsubishi BV, censĂ©es symboliser l'alliance, mais servant en rĂ©alitĂ© les intĂ©rĂȘts personnels de Carlos Ghosn, accusent ses dĂ©tracteurs. Selon une source proche des discussions, un comitĂ© rĂ©unissant les trois groupes devrait ĂȘtre mis en place dans le but d'Ă©viter que ne se reproduise la mĂȘme situation de concentration des pouvoirs.

Symbole de ce nouveau partage, prendront place à la tribune mardi à Yokohama le président de Renault, Jean-Dominique Senard, accompagné du directeur général Thierry Bolloré, du patron exécutif de Nissan, Hiroto Saikawa, et du PDG de Mitsubishi Motors, Osamu Masuko. Une image d'union aprÚs des mois de tensions liées à l'interpellation de leur charismatique dirigeant.

Dans un communiqué, Renault a confirmé des "pourparlers avec ses partenaires (...) concernant la création d'un nouvel organe de l'Alliance afin d'améliorer et de renforcer leur collaboration".

- En France aussi -

"L'accord envisagé n'aura aucun impact sur l'existence du Rama (Restated Alliance Master Agreement, qui définit les relations entre les partenaires) et sur la structure d'actionnariat croisé, qui resteront tous deux en place", a toutefois précisé le groupe au losange, en forme d'avertissement à Nissan qui aspire à plus d'autonomie.

Renault dĂ©tient 43% de Nissan, qui lui-mĂȘme dĂ©tient 15% du constructeur français et 34% de Mitsubishi Motors. Pendant ce temps, Carlos Ghosn affĂ»te sa dĂ©fense. S'il est restĂ© silencieux jusqu'Ă  prĂ©sent, il s'est rendu mardi au cabinet de ses avocats pour prĂ©parer son argumentaire et discuter de l'organisation d'une Ă©ventuelle confĂ©rence de presse.

Inculpé au Japon pour abus de confiance et minoration de revenus dans les rapports de Nissan remis aux autorités boursiÚres, il a déjà dénoncé, dans deux interviews accordées en prison, un "complot" ourdi par le constructeur nippon pour faire échouer son projet de rapprochement avec Renault.
Mais il ne s'est encore jamais exprimĂ© sur les soupçons qui ont Ă©mergĂ© en France. AprĂšs un signalement de Renault dĂ©but fĂ©vrier, le parquet de Nanterre vient d'ouvrir une enquĂȘte sur le financement de son mariage, cĂ©lĂ©brĂ© en octobre 2016 dans le faste du chĂąteau de Versailles.

AFP

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