Afghanistan

Rencontre mardi entre talibans et représentants de l'UE et de Washington

  • PubliĂ© le 12 octobre 2021 Ă  03:01
  • ActualisĂ© le 12 octobre 2021 Ă  05:38
Le ministre des Affaires étrangÚres des talibans Amir Khan Muttaqi, le 14 septembre 2021 à Kaboul

Les dirigeants talibans vont rencontrer des responsables de l'Union européenne (UE) et des Etats-Unis mardi à Doha, le nouveau régime afghan cherchant à rompre son isolement diplomatique.

"Demain (mardi), nous rencontrerons les représentants de l'UE. Nous avons des réunions positives avec des représentants d'autres pays", a déclaré Amir Khan Muttaqi, ministre taliban par intérim des Affaires étrangÚres, lors d'une conférence dans la capitale qatarie.

"Nous voulons des relations positives avec le monde entier. Nous croyons en des relations internationales équilibrées. Nous pensons qu'une telle relation équilibrée peut sauver l'Afghanistan de l'instabilité", a ajouté le responsable, selon une traduction en direct de son discours, du pachtoune vers l'anglais.

Cette rencontre aura lieu à Doha et inclura des représentants des Etats-Unis, a précisé la porte-parole de l'UE Nabila Massrali, sans préciser le nombre ni les fonctions des délégués européens. "Il s'agit d'un échange informel, au niveau technique. Il ne constitue pas une reconnaissance du +gouvernement par intérim+", a-t-elle ajouté.

Selon elle, cet Ă©change devrait "permettre aux Etats-Unis et aux EuropĂ©ens d'aborder des problĂšmes" tels que la libertĂ© de dĂ©placement pour les personnes dĂ©sirant quitter l'Afghanistan, l'accĂšs Ă  l'aide humanitaire, les droits des femmes et empĂȘcher l'Afghanistan de devenir un sanctuaire pour les groupes "terroristes".

L'UE cherche avant tout à prévenir un "effondrement" de l'Afghanistan, a déclaré le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell à l'issue d'une réunion ministérielle. "Nous ne pouvons pas nous contenter de regarder et d'attendre. Nous devons agir, et rapidement", a-t-il ajouté.

Le nouveau régime islamiste, arrivé au pouvoir en Afghanistan en août, n'a été reconnu par aucun pays. Mais face à l'imminence d'une grave crise humanitaire dans ce pays entiÚrement dépendant de l'aide internationale aprÚs vingt ans de guerre, les manoeuvres diplomatiques se multiplient.

Samedi à Doha, les talibans ont rencontré des responsables américains pour les premiÚres discussions directes avec Washington depuis leur prise du pouvoir. Leur chef de la diplomatie a appelé les Etats-Unis à établir de "bonnes relations" et à ne pas "affaiblir l'actuel gouvernement en Afghanistan".

AprÚs avoir accueilli pendant des années les pourparlers entre les talibans et les Etats-Unis, le Qatar continue de jouer un rÎle de médiateur incontournable entre le mouvement islamiste et les chancelleries occidentales.

La semaine derniÚre, de hauts responsables talibans ont reçu à Kaboul l'envoyé britannique pour l'Afghanistan, Simon Gass. Et un porte-parole du ministÚre allemand des Affaires étrangÚres a indiqué à l'AFP qu'une délégation de son pays avait rencontré lundi de "hauts représentants talibans à Doha". Les questions de sécurité, de menaces terroristes et des droits humains ont été abordées "dans une atmosphÚre professionnelle", a-t-il ajouté.

- "Neutraliser Daech" -

Amir Khan Muttaqi a ailleurs assuré que les talibans étaient capables d'avoir le "contrÎle" sur le défi posé par le groupe Etat islamique, qui a récemment multiplié les attentats en Afghanistan. "Nous avons beaucoup de résultats positifs (...) toutes leurs tentatives ont été neutralisées à 98% et nous sommes bien préparés pour l'avenir", a avancé le ministre taliban.

Les Etats-Unis et le Royaume-Uni ont demandé lundi à leurs ressortissants d'éviter les hÎtels de Kaboul, s'alarmant d'une menace sécuritaire, sans en préciser la teneur.

Amir Khan Muttaqi s'est par ailleurs engagĂ© Ă  empĂȘcher que des attaques terroristes contre des pays Ă©trangers soient fomentĂ©es depuis le sol afghan.
Les Etats-Unis ont envahi le pays en 2001 et fait chuter le régime des talibans, en réponse aux attentats du 11 septembre planifiés par Al-Qaïda depuis l'Afghanistan, alors contrÎlé par les talibans. Les troupes américaines se sont retirées le 30 août, au terme d'un accord avec les talibans, revenus au pouvoir mi-août.

- "Promesses non tenues" -

Depuis, le mouvement islamiste montre patte blanche dans l'espoir de nouer des relations avec les puissances étrangÚres, notamment occidentales. Ces derniÚres insistent sur la nécessité de respecter les droits humains, en particulier ceux des femmes, les talibans ayant imposé un régime brutal lors de leur précédent rÚgne.

Si les garçons ont été autorisés à revenir sur les bancs des écoles il y a trois semaines, les filles ont été priées, elles, de rester à la maison ainsi que les enseignantes.

Amir Khan Muttaqi a justifié l'exclusion des filles des écoles par les fermetures liées à la pandémie de Covid-19. "La réouverture des écoles a déjà commencé", a-t-il assuré.

Lundi, le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a dénoncé des promesses non tenues par les talibans à l'égard des femmes et des filles. Il les a exhortés à "remplir leurs obligations en vertu du droit international des droits humains et du droit humanitaire."

AFP

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