Son compagnon de cordée est mort

Rescapée de l'Himalaya, l'alpiniste Elisabeth Revol de retour en France

  • PubliĂ© le 30 janvier 2018 Ă  23:27
  • ActualisĂ© le 31 janvier 2018 Ă  05:45
L'alpiniste française Elisabeth Revol, secourue  sur le Nanga Parbat, au Pakistan, discute avec des officiels de la région du Gilgit Baltistan, le 29 janvier 2018 (photographie fournie par le service de communication de la région)

L'alpiniste Élisabeth Revol a regagnĂ© la France mardi soir aprĂšs avoir Ă©tĂ© secourue in extremis en redescendant, au Pakistan, du Nanga Parbat, 9e plus haut sommet du monde, oĂč est mort son compagnon de cordĂ©e polonais Tomasz Mackiewicz.


Partie du Pakistan le matin mĂȘme, la jeune femme de 37 ans a atterri en fin de journĂ©e en Suisse, d'oĂč elle devait ĂȘtre acheminĂ©e cĂŽtĂ© français, Ă  Sallanches (Haute-Savoie), Ă  l'hĂŽpital des Pays du Mont-Blanc, pĂŽle d'excellence en pathologie de la montagne et du froid.
La rescapée de "montagne tueuse" (8.126 m) souffre de gelures aux mains et au pied gauche, qui doivent faire l'objet d'un protocole particulier pour tenter d'éviter l'amputation, aprÚs de premiers soins prodigués à Islamabad, en lien avec un spécialiste français.
"Elle va rester une huitaine de jours", a déclaré à la presse le Dr Frédéric Champly.

Quotidiennement, elle recevra des injections intraveineuses de vasodilatateurs puissants et suivra une séance d'oxygénation en caisson hyperbare dans un hÎpital partenaire à GenÚve afin de récupérer les tissus. Nettoyages et pansements permettront d'enlever les chairs nécrosées et de protéger les membres abßmés.

Une scintigraphie Ă  son arrivĂ©e et aprĂšs 7 jours de traitement permettra de faire une premiĂšre estimation de l'atteinte osseuse des gelures, qui pourrait nĂ©cessiter une amputation. "Ça ne se dĂ©cidera vraiment pas tout de suite, on a jusqu'Ă  45 jours devant nous", a expliquĂ© le chef de pĂŽle urgences-mĂ©decine de montagne.

Un accompagnement psychologique lui sera aussi proposĂ© car "elle a subi un stress qui dĂ©passe les gelures", mĂȘme si les alpinistes chevronnĂ©s ont gĂ©nĂ©ralement des "profils psychologiques solides", a soulignĂ© le Dr Champly.

- "En hiver, c'est fou!" -

"Solide ? Ah oui, on peut le dire !", a confiĂ© Ă  l'AFP Ludovic Giambiasi, un ami de longue date de l'alpiniste. Il assurait depuis Gap le suivi mĂ©tĂ©o de cette expĂ©dition qui avait dĂ©butĂ© le 15 dĂ©cembre. Élisabeth Revol, une des rares femmes "himalayistes", y tentait pour la seconde fois en hiver l'ascension extrĂȘmement difficile du Nanga Parbat, dont le nom signifie "la montagne nue". Son compagnon de cordĂ©e, "Tomek" Mackiewicz, 43 ans, y revenait lui pour sa 7e tentative hivernale.

"Ils ont voulu la faire en hiver. DĂ©jĂ  en Ă©tĂ© c'est compliquĂ©, mais en hiver, c'est fou ! Et en style alpin, c'est-Ă -dire sans oxygĂšne et sans sherpa...", a soulignĂ© Catherine Destivelle, figure mondiale de l'alpinisme. Cette premiĂšre pour une femme - le Nanga Parbat a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© gravi en hiver par une cordĂ©e d'hommes - a Ă©tĂ© terni par le drame de la descente. Tomasz Mackiewicz semble avoir Ă©tĂ© atteint d'une ophtalmie des neiges, de gelures sĂ©rieuses qui saignaient et d'ƓdĂšmes pulmonaire et cĂ©rĂ©bral, et ne pouvait plus marcher.

L'appel de dĂ©tresse lancĂ© le 25 janvier au soir par Élisabeth Revol a dĂ©clenchĂ© une opĂ©ration de secours inĂ©dite, avec un financement participatif qui a recueilli en un temps record l'argent nĂ©cessaire pour payer l'hĂ©licoptĂšre de l'armĂ©e pakistanaise.

- Elle ne retentera pas -

Quatre alpinistes polonais acclimatĂ©s au camp de base d'un autre gĂ©ant situĂ© non loin, le K2 (8.611 m), en vue d'une autre premiĂšre hivernale, ont pu tenter le secours. L'opĂ©ration a Ă©tĂ© lancĂ©e samedi et Élisabeth Revol a Ă©tĂ© Ă©vacuĂ©e dimanche. Les sauveteurs n'ont en revanche pas Ă©tĂ© en mesure d'atteindre Tomasz Mackiewicz, restĂ© bloquĂ© plus haut sur la montagne, et ont dĂ» prendre la "dĂ©cision terrible et douloureuse" de le laisser lĂ . La liste de quelque 70 morts de cette montagne s'est encore allongĂ©e.

Tomasz Mackiewicz laisse derriÚre lui des enfants auxquels reviendront le solde des 160.000 euros collectés à 80% via des dons polonais, selon Masha Gordon, une amie alpiniste qui a lancé l'opération en ligne.

En quittant le Pakistan, Élisabeth Revol, qui enseigne le sport parallĂšlement Ă  l'alpinisme, a assurĂ© qu'elle "reviendrait grimper des montagnes mais pas le Nanga Parbat". Pour son mari Jean-Christophe, un brocanteur-antiquaire qui "craint Ă  chaque fois qu'elle ne rentre pas", l'heure est pour l'instant au "soulagement".

AFP

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