Le transfert de ces piĂšces devrait ĂȘtre effectuĂ©

Restitutions: 3 phases proposées, 90.000 objets africains dans les collections publiques

  • PubliĂ© le 23 novembre 2018 Ă  13:06
  • ActualisĂ© le 23 novembre 2018 Ă  14:12
Les auteurs du rapport, Bénédicte Savoy et Felwine Sarr à Paris le 21 mars 2018

Au moins 90.000 objets d'art d'Afrique sub-sahariennes se trouvent dans les collections publiques françaises et trois phases sont proposĂ©es pour les restitutions par le rapport Savoy-Sarr remis vendredi au prĂ©sident Emmanuel Macron. Plus des deux-tiers des objets d'art --70.000-- se trouvent au MusĂ©e du Quai Branly-Jacques Chirac, dont 46.000 "acquises" durant la pĂ©riode 1885-1960, donc susceptibles selon le rapport Savoy-Sarr d'ĂȘtre restituĂ©s. Plus de vingt mille autres se trouvent dispersĂ©s dans de nombreux musĂ©es, notamment dans les villes portuaires.

Ce chiffre n'inclut pas plusieurs milliers d'objets hébergés par les musées des missions, qui rassemblent des objets collectés par les congrégations catholiques en Afrique.
Le rapport cite de grands musées européens qui ont aussi de larges collections africaines: le Musée Royal de l'Afrique Centrale de Belgique (180.000), le British Museum (69.000 objets), le Weltmuseum de Vienne (37.000), le futur Humboldt Forum de Berlin (75.000), le Weltmuseum de Vienne (37.000).
Selon le rapport, les collections dans les musées nationaux africains excÚdent rarement 3.000 oeuvres, souvent de peu de valeur artistique.

Au Quai Branly, les piĂšces venant du Tchad sont les plus nombreuses (9.296), car son territoire est au point de jonction entre l'Afrique du nord et l'Afrique sub-saharienne.
Viennent ensuite Madagascar (7.590), Mali (6.910), CÎte d'Ivoire (3.951), Bénin (3.157), Congo (2.593), Gabon (2.448), Sénégal (2.281), Guinée (1.997).
Des piÚces proviennent de territoires qui n'ont pas été colonisés par la France: Ethiopie (3.081), Ghana (1.656), Nigeria (1.148), RDCongo (1.428). Celles d'Afrique australe (9.282) et d'Afrique de l'Est (5.343) sont bien moins nombreuses.

Le rapport Savoy-Sarr, que le président Macron peut accepter, rejeter, compléter, amender à sa guise, propose trois phases pour les restitutions:
La premiĂšre devrait aller de la remise du rapport vendredi au printemps 2019. L'inventaire des piĂšces majeures bien connues dĂ©tenues dans des musĂ©es français devrait ĂȘtre envoyĂ© aux Etats correspondant aux territoires coloniaux d'oĂč elle proviennent. Ces oeuvres, venant du BĂ©nin, SĂ©nĂ©gal, NigĂ©ria, Ethiopie, Mali, Cameroun, rĂ©clamĂ©es depuis longtemps, sont listĂ©es spĂ©cifiquement.

C'est "une maniĂšre de dĂ©montrer la vraie volontĂ© de restitution de l'Etat français", insiste le rapport, selon lequel des mesures lĂ©gislatives devraient ĂȘtre prise dĂšs la premiĂšre phase pour rendre les restitutions irrĂ©vocables.
Le transfert de ces piĂšces devrait ĂȘtre effectuĂ©, si les pays d'origine considĂšrent dĂ©jĂ  qu'ils sont en mesure de les recevoir, et une mĂ©thodologie de restitutions Ă©laborĂ©e en commun.

La seconde phase, du printemps 2019 Ă  novembre 2022, devrait permettre un inventaire complet, faciliter l'accĂšs et le partage des documents digitaux, mettre en place des commissions et des ateliers dans le cadre d'un "dialogue intensif".

Aucune date de fin n'est prĂ©vue pour cette troisiĂšme phase qui commencerait en novembre 2022. Ce serait celle du transfert de la majeure partie des oeuvres, selon les deux auteurs, qui estiment en outre que "les pays africains doivent ĂȘtre assurĂ©s que leurs demandes de restitutions seront reçues au delĂ  des cinq ans" (le laps de temps Ă©voquĂ© par Emmanuel Macron dans son discours de Ouagadougou en 2017).

- © 2018 AFP

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