France

Retraites: l'équation se complique pour le gouvernement

  • PubliĂ© le 13 juillet 2017 Ă  20:38
Emmanuel Macron a promis pendant la campagne un régime universel destiné à rendre le systÚme plus juste et plus lisible

L'équation se complique pour le gouvernement: face à la dégradation des perspectives des régimes de retraite, il est incité jeudi par le comité de suivi à prendre des mesures à court terme, sans attendre la réforme ambitieuse promise par Emmanuel Macron pendant sa campagne.


Il y a un an, l'ancien gouvernement se félicitait du "trÚs net rétablissement" des comptes des régimes de retraite, jugeant inutile tout recul de l'ùge de départ. Jeudi, en revanche, ni le Premier ministre Edouard Philippe, ni la ministre des Solidarités AgnÚs Buzyn ne sont venus commenter auprÚs des journalistes le quatriÚme avis que venait de leur remettre le comité de suivi des retraites. Celui-ci les a invités à prendre les "mesures nécessaires" pour "ramener le systÚme sur une trajectoire d'équilibre", formulant ainsi sa premiÚre recommandation depuis sa création en 2014.

Prenant acte, Matignon a seulement précisé dans un communiqué que le gouvernement "informera(it) le Parlement" des suites à donner dans "le cadre du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2018", attendu pour l'automne. Il a rappelé que le gouvernement engagerait "la rénovation du systÚme de retraite pour le rendre plus juste et plus transparent", via un régime universel, "tout en préservant les équilibres financiers".
Pendant sa campagne, Emmanuel Macron avait assuré que le problÚme des retraites n'était plus "financier", promettant de ne pas toucher à l'ùge légal de départ ou au niveau des pensions.

Mais c'était sans compter sur la révision à la baisse des hypothÚses de croissance ou sur l'actualisation des données démographiques de l'Insee, avec l'abaissement du solde migratoire annuel (qui entraßne une moindre part de cotisants et une dégradation du solde des régimes à moyen terme), et l'allongement de l'espérance de vie des hommes (synonyme de dégradation à long terme).

Le comité de suivi s'alarme aussi des "effets, fréquemment sous-estimés, de la politique salariale de la fonction publique (comme le gel du point d'indice, ndlr) sur la retraite des fonctionnaires et les ressources de l'ensemble du systÚme".

- Sous-indexation des pensions? -

Ainsi, selon les derniĂšres projections du Conseil d'orientation des retraites, sur lesquelles s'appuie le comitĂ©, en 2021, le dĂ©ficit du systĂšme serait de -0,4% de PIB, en dĂ©gradation par rapport Ă  ses prĂ©visions prĂ©cĂ©dentes (-0,2% de PIB en 2020). Le retour Ă  l'Ă©quilibre, jusqu'alors envisageable au milieu des annĂ©es 2020, n'interviendra pas au mieux avant le dĂ©but des annĂ©es 2040, en supposant une croissance des revenus d'activitĂ© d'1,8% et un taux de chĂŽmage Ă  7%. Les dĂ©ficits seraient mĂȘme "durables en dessous d'un taux de croissance de la productivitĂ© de 1,5%", rappelle le comitĂ© de suivi.

Il propose dÚs lors plusieurs pistes d'économies, dans le cadre de la réforme annoncée, prévue sur une période de dix ans, mais aussi à court terme, "dÚs les premiÚres années de législature". Par exemple, la sous-indexation des pensions par rapport à l'inflation "permettrait des économies assez rapides". Pas sûr, cependant, que cette réforme soit bien acceptée par les retraités qui, aprÚs plusieurs années de gel de leurs pensions, devront subir une augmentation de la CSG, comme le concÚde le comité.

"Il n'y a pas d'urgence", a tempéré Yannick Moreau, la présidente du comité, soulignant que la situation n'était "pas dramatique". CÎté fonction publique, le maintien de certains "avantages particuliers" n'est "pas nécessairement justifié", suggÚre le comité, se montrant toutefois peu convaincu des bienfaits économiques d'une suppression des catégories actives (fonctionnaires présents sur le terrain tels que les policiers, qui peuvent partir plus tÎt).

A moyen ou long terme, l'allongement de l'espérance de vie pourrait par ailleurs "justifier" un recul de l'ùge de départ à la retraite, estime le comité. Pas d'urgence cependant, "d'autant" qu'une telle mesure peut "avoir des effets transitoires sensibles sur le taux de chÎmage".
Reste à voir ce que décidera le gouvernement. Début juillet, le collectif des Economistes atterrés avait dénoncé les "visions catastrophistes" du COR, l'accusant de plaider "de facto pour plus d'austérité".

AFP

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