"Beaucoup de questions sont ouvertes": en dĂ©bat jeudi dans le Jura, Ădouard Philippe a martelĂ© qu'une marge de nĂ©gociation subsistait dans la rĂ©forme des retraites, notamment sur la pĂ©riode de transition vers le futur systĂšme.
Alors que la contestation semble s'organiser face à la réforme, avec l'ébauche d'une unité syndicale (CGT, FO, FSU, Solidaires) pour battre le pavé le 5 décembre aux cÎtés de mouvements étudiant (UNEF) et lycéens (Fidl, MNL, UNL), l'exécutif tente de déminer le terrain.
Devant une centaine de personnes jeudi soir - principalement des parents d'Ă©lĂšves de Lons-le-Saunier et de la commune voisine de Montmorot - le Premier ministre l'a rĂ©pĂ©tĂ©: l'Ă©laboration du nouveau systĂšme universel par points, qui fusionnera les 42 rĂ©gimes existants, "ça doit ĂȘtre transparent et ça doit ĂȘtre discutĂ©".
Une borne a d'ores et dĂ©jĂ posĂ©e: le projet de loi devra ĂȘtre votĂ© au Parlement d'ici l'Ă©tĂ© prochain. Le souhait d'un acte 2 du quinquennat plus participatif et dĂ©libĂ©ratif a aussi incitĂ© Emmanuel Macron Ă mettre sur pied en amont une concertation citoyenne jusqu'Ă la fin de l'annĂ©e. Et ce mĂȘme si les partenaires sociaux ont dĂ©jĂ Ă©tĂ© largement consultĂ©s pour bĂątir le rapport du haut-commissaire Jean-Paul Delevoye, remis mi-juillet et qui sert de base Ă la future loi.
L'exĂ©cutif est donc embarquĂ© dans un exercice pĂ©rilleux: comment dĂ©battre d'un sujet hautement technique et donc "un peu aride" - dixit Ădouard Philippe jeudi - touchant tous les Français et suscitant Ă ce titre "toujours une rĂ©action", en apportant la garantie qu'existent des marges de manoeuvre ?
"Il y énormément de choses qui ne sont pas décidées. Il y a beaucoup de questions qui sont ouvertes", a encore assuré le Premier ministre sur l'antenne de France 3 Bourgogne-Franche-Comté, quelques minutes avant d'échanger avec la salle. L'attention s'est focalisée ces derniÚres heures sur la date d'entrée en application de la réforme.
- "Pas pour demain matin" -
Dans un document de travail remis aux partenaires sociaux et que l'AFP s'est procurĂ©, M. Delevoye rappelle ainsi sa proposition d'une "entrĂ©e en vigueur en 2025", qui reviendrait Ă "appliquer la rĂ©forme, au plus tĂŽt, Ă la gĂ©nĂ©ration nĂ©e en 1963". Mais "d'autres options sont soumises Ă la concertation", ajoute-t-il, Ă©voquant une mise en ?uvre "Ă partir de gĂ©nĂ©rations postĂ©rieures", voire seulement pour les "nouveaux entrants sur le marchĂ© du travail". Des pistes dĂ©jĂ mentionnĂ©es, presque mot pour mot, dans le rapport remis mi-juillet par M. Delevoye Ă M. Philippe, mais qui ont soudainement repris du relief et donnĂ© l'impression d'un "bougĂ©" Ă la tĂȘte de l'Etat.
Le président des Républicains Christian Jacob a ainsi estimé que l'exécutif "met la poussiÚre sous le tapis" et "annonce la réforme pour le quinquennat d'aprÚs". "On se fixe l'entrée dans le systÚme en 2025", a rappelé M. Philippe jeudi soir. "Ce n'est pas pour demain matin. On n'a pas du tout envie d'y aller à toute vitesse. On a envie de bien faire", a-t-il ajouté.
Pour le Premier ministre, "il ne s'agit pas de reculer, d'avancer ou de bousculer", mais plutÎt "de discuter et de prendre une décision éclairée, négociée et concertée. Déjà en septembre devant le Conseil économique, social et environnemental (Cese), M. Philippe avait assuré n'avoir "aucun tabou" et émis l'hypothÚse d'une application décalée "pour certains régimes", évoquant des périodes de transition de 15 ans.
Face au public, à défaut de pouvoir argumenter sur une copie déjà écrite, M. Philippe a donc tenté de répondre aux doutes et inquiétudes sur les grands principes de la réforme: pourquoi élaborer un systÚme par points ? Comment la pénibilité, le nombre d'enfants, seront pris en compte ? Quid des carriÚres longues ? Que deviendront les réserves des régimes actuellement excédentaires ?
A l'image d'Emmanuel Macron, qui avait inauguré le format le 3 octobre à Rodez devant 600 personnes, le Premier ministre devrait répéter l'exercice "une ou deux fois" d'ici à Noël, dixit son entourage.
AFP

