Brésil

À Rio, des cadres grossissent les rangs des SDF victimes de la crise

  • PubliĂ© le 6 aoĂ»t 2017 Ă  09:41
Un SDF dort dans la rue Ă  Rio, le 21 juillet 2017

Vilmar Mendonça a été directeur des ressources humaines dans plusieurs entreprises au Brésil, avant de rejoindre sur les trottoirs de Rio de Janeiro des bataillons de sans domicile fixe fauchés par la crise.


Cet homme de 58 ans, qui a perdu son emploi en 2015, dort dĂ©sormais sur un banc en face de l'aĂ©roport Santos Dumont. L'ancien cadre supĂ©rieur au crĂąne dĂ©garni se nourrit grĂące Ă  des ONG et a laissĂ© ses quelques affaires dans l'agence bancaire oĂč il garde un compte. "C'est une situation terrible, mais je n'ai pas eu le choix", raconte Ă  l'AFP cet homme divorcĂ© et sans enfant d'ItajaĂ­ (sud), tout en parcourant des offres d'emploi sur son ordinateur grĂące au wifi de l'aĂ©roport.

Avec ses lunettes Ă  fine monture, sa chemise correcte et de belles chaussures, Vilmar n'a pas le profil type du SDF de la "Ville Merveilleuse", qui a reçu les jeux Olympiques il y a un an. A la fin de 2016, la mairie de cette mĂ©gapole de 6,5 millions d'habitants comptabilisait 14.300 personnes vivant dans la rue, trois fois plus qu'en 2013, dans cette agglomĂ©ration oĂč prĂšs d'un 1,5 million d'habitants survivent dans le dĂ©nuement des favelas.

Certains ont fait des études supérieures, comme Vilmar, diplÎmé en droit administratif, qui a travaillé dans la filiale d'une multinationale. Sa situation est le reflet de la cruauté de la récession qui a fait 13,5 millions de chÎmeurs au Brésil. "Quand tu es dans une telle situation, personne ne veut s'approcher de toi", déplore-t-il.

- Costume-cravate -

Pendant la journĂ©e, Vilmar tente de garder la forme en faisant un peu de sport. Il se rend parfois Ă  des entretiens d'embauche oĂč il est souvent en concurrence avec des centaines de candidats plus jeunes que lui. Sur la photo de son profil Facebook, l'ancien cadre apparaĂźt assis Ă  un bureau en costume-cravate.

À la tombĂ©e de la nuit, il plie soigneusement sa chemise, revĂȘt des habits plus simples, une casquette pour passer inaperçu et se couche sur un banc, dans le champ de vision des camĂ©ras de sĂ©curitĂ© de l'aĂ©roport. "J'essaie de rester seul pour ne pas perdre la boussole. Si je me retrouve avec d'autres, je risque d'ĂȘtre en contact avec des choses dont je ne veux pas, comme l'alcool, la drogue ou la saletĂ©", explique-t-il. MĂȘme si les habitants de Rio prĂ©fĂšrent souvent dĂ©tourner le regard, le nombre de sans-abris augmente Ă  vue d'oeil.

Dans les quartiers touristiques comme Ipanema ou Copacabana, on en trouve pratiquement à chaque coin de rue, dormant sur des cartons, enroulés dans des couvertures. La plupart d'entre eux sont noirs, d'origine pauvre et beaucoup sont toxicomanes.

- Victimes de la corruption -

La crise financiĂšre qui a mis l'État de Rio au bord de la faillite a aussi touchĂ© de plein fouet les fonctionnaires Ă  la retraite, dont les pensions sont rĂ©guliĂšrement payĂ©es en retard. Gilson Alves, 69 ans, a travaillĂ© 35 annĂ©es durant comme manipulateur en radiologie dans un hĂŽpital public de Rio. À cause des retards de paiement de sa retraite, il a dĂ» quitter l'appartement qu'il louait. AmputĂ© d'une jambe Ă  l'Ăąge de 5 ans aprĂšs avoir Ă©tĂ© Ă©crasĂ© par un tramway, il n'a jamais eu la vie facile.

Sans domicile fixe depuis deux mois, Gilson s'est fait dĂ©rober le sac qui contenait le peu d'objets qui lui restaient. Il a fini par trouver refuge dans un des 64 centres d'accueil municipaux, qui peuvent abriter jusque 2.200 personnes au total. "Je me sens triste, humiliĂ© et blessĂ©. J'ai travaillĂ© tant d'annĂ©es au service de l'État et je me retrouve Ă  la rue Ă  cause de ce gouvernement", s'insurge-t-il.

L'ex-gouverneur de Rio Sergio Cabral, connu pour son train de vie luxueux et ses virĂ©es nocturnes Ă  Paris, a Ă©tĂ© envoyĂ© pour 14 ans en prison pour corruption. En rĂ©cupĂ©rant une partie des fonds publics dĂ©tournĂ©s, l'État est parvenu Ă  payer en mars les pensions en retard d'environ 150.000 fonctionnaires retraitĂ©s. "L'augmentation du nombre de sans-abris est due non seulement Ă  la crise Ă©conomique, mais aussi Ă  l'absence de politiques publiques", dĂ©nonce Carla Beatriz Nunes, responsable d'un organe public indĂ©pendant de dĂ©fense de droits de l'homme.

Cette lacune est comblĂ©e tant bien que mal par le travail d'ONG qui servent des repas et organisent mĂȘme des cours de yoga pour les sans-abris.

AFP

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