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Rixe mortelle d'Echirolles: la cour se prononce sur le huis clos

  • PubliĂ© le 3 novembre 2015 Ă  11:21
Le frÚre de Kevin Moussabi et le pÚre de Sofiane Tadbirt, lynchés à mort en 2012,  à leur arrivée le 2 novembre 2015 au tribunal de Grenoble

Douze accusĂ©s de 19 Ă  24 ans, deux jeunes lynchĂ©s en 2012 dans un dĂ©chaĂźnement de violences, six semaines d'audience: le procĂšs douloureux et pĂ©rilleux de la rixe mortelle d'Échirolles s'est ouvert lundi devant les assises de l'IsĂšre.


La cour dira mardi à 09H00 si l'audience se tiendra à huis clos, deux des accusés étant mineurs au moment des faits. La question a été longuement débattue lundi, hors public.
"C'est une forme d'injustice le huis clos (...) Dans le football c'est une punition, une sanction", s'est exclamé à la sortie le frÚre de Kevin, une des victimes. "Nos enfants ont été assassinés en public, on voulait un débat public", a renchéri, en colÚre, le pÚre de Sofiane, l'autre victime.
"Les parties civiles ont voulu s'exprimer, la cour leur a refusé la parole, ce qui les a profondément blessées et choquées", a expliqué leur avocat, Me Francis Szpiner.
Pour Me Ronald Gallo, avocat d'un des accusĂ©s, "la justice doit ĂȘtre rendue au nom du peuple français et non pas en secret". MĂȘme avis pour Me Bernard Ripert, soucieux d'"Ă©viter que la justice fasse un mauvais coup en catimini".
Au contraire, l'avocat général et les autres conseils de la défense réclament le huis clos pour "assurer la sérénité des débats".
- 'Pas une horde de sauvages' -
Cheveux ras et vĂȘtements sombres, les accusĂ©s, dont trois comparaissent libres, ont pris place, sous grosse escorte policiĂšre, derriĂšre un box vitrĂ© conçu spĂ©cialement pour le procĂšs, avant de dĂ©cliner leur identitĂ©. Le calme rĂ©gnait aux abords du palais de justice de Grenoble, sĂ©curisĂ© par une compagnie de CRS.
"Ils ne sont pas une horde de sauvages qui viennent assassiner des jeunes", a affirmĂ© Me JoĂ«lle Vernay, avocat de deux accusĂ©s, dont un mineur au moment des faits. Pour elle, ce procĂšs ne peut pas ĂȘtre satisfaisant: "Il y a des coupables qui sont dehors et des innocents dedans (...) La responsabilitĂ© pĂ©nale est individuelle, elle n'est pas collective."
L'examen des faits ne débutera qu'à partir du 18 novembre, aprÚs l'examen des personnalités des accusés. Le procÚs est prévu jusqu'au 11 décembre.
Tout a commencĂ© le 28 septembre 2012 par une bagarre devant un lycĂ©e d'Échirolles entre Wilfried, le frĂšre de Kevin, et un autre garçon avec lequel il avait un contentieux au sujet d'une jeune fille. S'ensuivent des affrontements entre diffĂ©rents groupes des quartiers des Granges Ă  Échirolles et de la Villeneuve Ă  Grenoble.
En dĂ©but de soirĂ©e, dans une ambiance alcoolisĂ©e, une vingtaine de jeunes de la Villeneuve dĂ©cident de lancer une expĂ©dition punitive pour venger "la fiertĂ© du quartier". Craignant des reprĂ©sailles, Kevin, rejoint par son ami Sofiane, attend dans le parc Maurice Thorez d'Échirolles, demandant aux plus jeunes de rentrer chez eux.
- 'Deux victimes, douze accusés: c'est impossible' -
Marteau, manche de pioche, bouteille de vodka, pistolet à grenailles: le déchaßnement de violences durera une vingtaine de minutes.
Kevin, étudiant en master de 21 ans, est frappé de huit coups de couteau, dont un mortel au poumon. Sofiane, éducateur de 22 ans, est poignardé 31 fois, dont neuf fois dans le dos, et frappé au crùne avec un marteau. Il décédera le lendemain de multiples hémorragies internes.
Face à l'émotion suscitée par ce drame, François Hollande et Manuel Valls s'étaient rendus sur place trois jours plus tard.
L'enquĂȘte a permis d'identifier la plupart des agresseurs mais sans dĂ©terminer avec certitude qui a portĂ© les coups mortels. Les armes du crime n'ont jamais Ă©tĂ© retrouvĂ©es et la plupart des accusĂ©s, sauf deux, ont refusĂ© d'enfreindre la rĂšgle du quartier selon laquelle "on ne balance pas".
La justice a retenu le principe de la "co-action": les douze sont donc accusĂ©s d'avoir tuĂ© Kevin et Sofiane. Et encourent 30 ans de rĂ©clusion. Un procĂ©dĂ© que dĂ©noncent leurs avocats, Ă  l'instar de Me Ripert qui entend faire de ce procĂšs "l'Outreau de la justice grenobloise": "Il y a deux victimes, il y a peut-ĂȘtre quatre couteaux qui ont servi Ă  les tuer et il y a douze accusĂ©s de meurtre, c'est impossible."

- © 2015 AFP
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