Droit international

Rohingyas: l'ONU demande que l'armée soit exclue de la vie politique en Birmanie

  • PubliĂ© le 18 septembre 2018 Ă  11:38
  • ActualisĂ© le 18 septembre 2018 Ă  12:17
Des réfugiés rohingyas fuyant la Birmanie arrivent à la frontiÚre du Bangladesh, le 10 octobre 2017

Des enquĂȘteurs de l'ONU ont demandĂ© mardi que l'armĂ©e birmane, encore toute puissante malgrĂ© l'avĂšnement d'un gouvernement civil, soit exclue de la vie politique, exhortant au limogeage de ses chefs impliquĂ©s dans le "gĂ©nocide" Ă  l'encontre des musulmans rohingyas.Le gouvernement civil doit "poursuivre le processus visant au retrait des militaires de la vie politique" et engager une rĂ©vision de la Constitution en ce sens, Ă©crivent les enquĂȘteurs des Nations unies d ans leur rapport final de 444 pages publiĂ© mardi.

Malgré l'arrivée au pouvoir en 2016 du gouvernement civil de la Prix Nobel de la Paix Aung San Suu Kyi, l'armée conserve une place centrale dans le régime politique birman. Elle contrÎle trois ministÚres régaliens, la Défense, l'Intérieur ainsi que les FrontiÚres et supervise l'attribution d'un quart des siÚges au Parlement, ce qui lui permet de bloquer tout amendement constitutionnel qui limiterait ses pouvoirs.


Les enquĂȘteurs rĂ©clament aussi le limogeage des chefs militaires, demandant, comme ils l'avaient dĂ©jĂ  fait dans un rapport d'Ă©tape fin aoĂ»t, que le chef de l'armĂ©e, Min Aung Hlaing, et cinq autres hauts gradĂ©s soient poursuivis pour "gĂ©nocide", "crimes contre l'humanitĂ©" et "crimes de guerre".
Les enquĂȘteurs recommandent que le Conseil de sĂ©curitĂ© fasse appel Ă  la Cour pĂ©nale internationale ou que soit Ă©tabli un tribunal international ad hoc. Ils appellent aussi Ă  des sanctions ciblĂ©es contre les auteurs de crimes et Ă  un embargo sur les armes.

La Mission d'établissement des faits de l'ONU sur la Birmanie, qui n'a pas été autorisée à se rendre dans le pays, a interrogé plus de 850 victimes et témoins et s'est aussi appuyée sur des images satellite.  "Assassinats", "disparitions", "torture", "violences sexuelles", "travail forcé", le rapport détaille une longue liste d'exactions commises à l'encontre des Rohingyas qui constituent "les crimes les plus graves au regard du droit international".

Il exhorte à "la fin de toutes les opérations militaires (...) illégales, inutiles ou disproportionnées, en particulier lorsqu'elles visent des civils" et demande aux autorités birmanes de "ne pas faire obstacle au retour sûr et durable" des membres de la minorité ethnique musulmane.

Plus de 700.000 Rohingyas ont fui en 2017 les violences de l'armĂ©e et de milices bouddhistes, trouvant refuge au Bangladesh voisin oĂč ils vivent depuis dans d'immenses campements de fortune.
Un accord de rapatriement a été signé entre la Birmanie et le Bangladesh fin 2017, mais dix mois plus tard le processus est au point mort, les deux pays se rejetant mutuellement la faute. Les réfugiés rohingyas refusent, quant à eux, de revenir jusqu'à ce que leur sécurité et leurs droits soient garantis.

- Plus de 10.000 morts -

La mission onusienne demande aussi au gouvernement birman, en coordination avec la Croix-Rouge et le Bangladesh, d'identifier le nombre de personnes tuées ou portées disparues.
Les informations recueillies par ses enquĂȘteurs suggĂšrent que l'estimation de 10.000 morts, avancĂ©e par MĂ©decins sans frontiĂšres (MSF), est "prudente".

Elle demande aussi la libĂ©ration des deux reporters de Reuters, Wa Lone et Kyaw Soe Oo, condamnĂ©s Ă  sept ans de prison pour "atteinte au secret d'Etat" alors qu'ils enquĂȘtaient sur des exactions commises par l'armĂ©e et pointe du doigt l'Ă©ventuelle responsabilitĂ© de Facebook et d'autres rĂ©seaux sociaux, qui ont pu servir de relais Ă  la propagande dispensĂ©e par les militaires birmans durant la crise.

Les enquĂȘteurs de l'ONU avaient dĂ©plorĂ© fin aoĂ»t que la prix Nobel de la Paix, Aung San Suu Kyi n'ait "pas utilisĂ© sa position de facto de chef du gouvernement, ni son autoritĂ© morale, pour contrer ou empĂȘcher" les violences.
Aung San Suu Kyi, trĂšs critiquĂ©e pour son silence dans cette affaire, au point d'ĂȘtre qualifiĂ©e de "porte-parole des militaires" par un haut responsable de l'ONU, s'est montrĂ©e mi-septembre impermĂ©able aux accusations, se contentant d'indiquer que l'armĂ©e aurait pu "mieux gĂ©rer" la crise.

- © 2018 AFP

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