Un parti "xénophobe" et un dirigeant "nul"

Royaume-Uni: l'ex "speaker" vedette Bercow quitte les conservateurs en fustigeant Johnson

  • PubliĂ© le 20 juin 2021 Ă  14:53
  • ActualisĂ© le 20 juin 2021 Ă  15:55
L'ancien président de la Chambre des communes britannique John Bercow le 31 octobre 2019

Un parti "xénophobe" et un dirigeant "nul": en tournant le dos au Parti conservateur, l'ancien président de la Chambre des communes britannique, le tonitruant John Bercow, a lancé une violente attaque contre le Premier ministre Boris Johnson affirmant que le pays en a "marre de ses mensonges".

Sous Johnson, le Parti conservateur est devenu "rĂ©actionnaire, populiste, nationaliste et parfois mĂȘme xĂ©nophobe" a jugĂ© John Bercow, 58 ans, dans une interview au journal The Observer. Le chef du gouvernement est "douĂ© pour les campagnes mais nul comme dirigeant" et "de plus en plus de gens en ont marre des mensonges, marre des slogans vides de sens", a poursuivi John Bercow, disant souhaiter son dĂ©part.

La récente défaite du Parti conservateur face aux libéraux-démocrates lors d'une législative partielle trÚs symbolique dans le centre de l'Angleterre prouve selon l'ancien "speaker" qu' "un trÚs grand nombre de gens sont déçus, dans certains cas dégoûtés, de ce que ce gouvernement a fait". John Bercow avait rejoint les Tories à l'ùge de 17 ans, et a été député du Parti conservateur pendant 12 ans avant qu'il soit élu en 2009 président de la chambre basse du Parlement, quittant alors toute affiliation à un parti comme le veut la coutume.

AprĂšs avoir quittĂ© ce poste en octobre 2019, il a annoncĂ© dimanche rejoindre les rangs du parti d'opposition travailliste qui, espĂšre-t-il, renversera le gouvernement. "La conclusion Ă  laquelle je suis arrivĂ© est que ce gouvernement doit ĂȘtre remplacĂ©. La rĂ©alitĂ© est que le Parti travailliste est le seul moyen qui peut atteindre cet objectif. Il n'y a pas d'autre option crĂ©dible", explique M. Bercow.

- "Rien de personnel" -

Lorsqu'il Ă©tait "speaker", les "Order!" retentissants lancĂ©s par John Bercow aux dĂ©putĂ©s chahuteurs avaient fait le tour du monde et rĂ©joui des internautes qui dĂ©couvraient les dĂ©bats parlementaires britanniques. Mais son propre camp conservateur l'avait accusĂ© d'avoir voulu empĂȘcher le Brexit en prenant des dĂ©cisions favorables aux partisans du maintien du Royaume-Uni dans l'Union europĂ©enne.

Réagissant à l'annonce fracassante de son ralliement au Labour, le ministre de la Justice, Robert Buckland, a lancé dimanche sur SkyNews que M. Bercow "avait quitté le Parti conservateur il y a bien longtemps".

Les opposants de Bercow voient dans son changement de cap une volonté de revanche. Car contrairement à la coutume, aprÚs son départ, l'ex "speaker" n'a pas été nommé par son camp conservateur à la Chambre des Lords, cette chambre haute non élue du Parlement britannique dont les membres se distinguent par leur robe d'apparat rouge surmontée d'hermine.

Pour ses dĂ©tracteurs, comme le dĂ©putĂ© conservateur Andrew Bridgen, M. Bercow suit une stratĂ©gie "cynique" pour ĂȘtre nommĂ© Lord par le Parti travailliste. "Il n'y a pas eu de troc ou d'accord" pour obtenir un siĂšge Ă  la chambre des Lords, a balayĂ© sur SkyNews M. Bercow, assurant que sa dĂ©cision n' a "rien de personnel contre Boris Johnson" mais qu'elle est motivĂ©e par un dĂ©sir d"Ă©galitĂ©, de justice sociale et d'internationalisme".

CÎté Labour, l'ancien ministre John McDonnell lui a souhaité "la bienvenue" dans la formation, soulignant qu'il avait "gagné notre respect, en particulier pour son combat pour protéger les droits du Parlement".

AprÚs son départ du perchoir, M. Bercow a été accusé d'avoir tyrannisé ses équipes jusqu'au harcÚlement, des accusations qu'il dément. "C'est faux", s'est défendu dimanche M. Bercow, sans rentrer dans les détails en invoquant des raisons de confidentialité.

Nigel Farage, personnalité du camp pro-Brexit, s'est moqué de son changement de cap politique sur Twitter: "Bercow avait soutenu la campagne de sabotage du camp +Remain+ au Parlement et rejoint maintenant le Labour. Il aime les bateaux qui coulent".

AFP

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