PauvretĂ©, prix des mĂ©dicaments ou art d'ĂȘtre grand-pĂšre: Vladimir Poutine a longuement rĂ©pondu jeudi Ă la tĂ©lĂ©vision aux dolĂ©ances de Russes en dĂ©tresse aprĂšs deux ans de crise, tout en maintenant le suspense sur ses intentions pour la prĂ©sidentielle de mars prochain.
Pendant prÚs de quatre heures, cet exercice trÚs rodé a donné comme chaque année l'occasion au chef du Kremlin, au pouvoir depuis 17 ans, de s'exprimer sur les tracas quotidiens des Russes, les relations avec les Etats-Unis ou sa vie privée avec la naissance de ses petits-enfants et des problÚmes de dos qu'avait eu son pÚre.
A neuf mois de la prĂ©sidentielle, M. Poutine a en revanche soigneusement Ă©ludĂ© les questions sur une Ă©ventuelle candidature pour un quatriĂšme mandat et n'a qu'implicitement Ă©tĂ© interrogĂ© sur les manifestations organisĂ©es deux fois en trois mois par son premier opposant AlexeĂŻ Navalny, marquĂ©es encore lundi par plus de 1.700 arrestations. "Je suis prĂȘt Ă dialoguer avec tout ceux qui dĂ©sirent amĂ©liorer la vie des gens, Ă rĂ©gler les problĂšmes, et non pas Ă utiliser les difficultĂ©s existantes pour leur propre communication politique", a martelĂ© M. Poutine.
Des questions inhabituellement directes, voire malveillantes, ont été posées par l'intermédiaire de SMS affichés dans un cadre dans un coin de l'écran: "Trois mandats présidentiels, c'est assez !", "Quand cesserez-vous de violer la Constitution ?", "Quand rendrez-vous le pouvoir aux communistes ?"
Le président n'a pas eu à y répondre et la grande majorité des doléances ont porté cette année sur les difficultés économiques rencontrées par les habitants à travers le vaste pays, notamment en province: salaires minuscules, amateurisme des responsables locaux et inefficacité de l'administration, désastres écologiques et infrastructures inexistantes. "Aidez-nous, Vladimir Vladimirovitch! Nous voulons vivre et non plus survivre", a notamment interpellé une jeune femme de la région de Mourmansk (nord) malade du cancer, devant un hÎpital dont la construction n'a jamais été terminée.
Plusieurs années de crise économique, aggravée par la chute des prix du pétrole et les sanctions occidentales liées à la crise ukrainienne, ont fait plonger le pouvoir d'achat et les revenus de la population. "La récession est terminée", a insisté M. Poutine, reconnaissant néanmoins que le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté avait augmenté de maniÚre "préoccupante" dans le pays et promettant de travailler à l'amélioration du niveau de vie.
Le nombre de Russes vivant sous le seuil de pauvreté a approché l'an dernier 20 millions, plus de trois millions et demi de plus qu'en 2014. Un bond en arriÚre de dix ans en termes d'amélioration du niveau de vie aprÚs d'importants progrÚs au début des années 2000.
- "Asile" pour Comey -
Ces doléances interviennent au lendemain de l'adoption de nouvelles sanctions contre la Russie par le Sénat américain, décision vivement critiquée par M. Poutine et qui relÚve selon lui d'une politique d'"endiguement" de Washington à l'égard de Moscou. "A chaque fois que nos partenaires dans le monde ont senti que la Russie était un concurrent important, ils ont adopté des restrictions sous différents prétextes", a-t-il affirmé.
M. Poutine a néanmoins appelé les Etats-Unis à coopérer avec la Russie sur les principaux problÚmes internationaux. "Nous ne considérons pas l'Amérique comme notre ennemi", a-t-il affirmé.
InterrogĂ© sur l'ancien chef du FBI James Comey, limogĂ© par Donald Trump en plein coeur d'une tempĂȘte politique sur une ingĂ©rence prĂ©sumĂ©e du Kremlin dans la campagne prĂ©sidentielle amĂ©ricaine, M. Poutine a rĂ©pondu par la plaisanterie en comparant M. Comey Ă Edward Snowden, rĂ©fugiĂ© en Russie aprĂšs ses rĂ©vĂ©lations sur la surveillance de la NSA.
"Si des poursuites judiciaires sont lancĂ©es contre lui, nous sommes prĂȘts Ă lui donner l'asile politique en Russie. Il faut qu'il le sache", a lancĂ© le prĂ©sident russe, qualifiant sa dĂ©position devant le SĂ©nat amĂ©ricain d'"Ă©trange". Le prĂ©sident a Ă©galement Ă©voquĂ© pour la premiĂšre fois ses petits-enfants et dit souhaiter qu'ils vivent "normalement", rĂ©vĂ©lant pour la premiĂšre fois leur existence Ă la tĂ©lĂ©vision russe.
AFP
