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Samy Amimour, de la banlieue parisienne au Bataclan, en passant par la Syrie

  • PubliĂ© le 16 novembre 2015 Ă  20:49
Photo prise par iphone de la police arrĂȘtant  une personne Ă  Drancy, le 16 novembre 2015

Originaire de banlieue parisienne, Samy Amimour, 28 ans, Ă©tait parti il y a deux ans s'installer en Syrie d'oĂč son pĂšre avait vainement tentĂ© de l'exfiltrer: il est finalement rentrĂ© en France pour commettre le carnage du Bataclan.


La vie d'Amimour, dont l'AFP avait rencontrĂ© mi-octobre les parents pour une enquĂȘte sur le profil des jeunes partis en Syrie, a basculĂ© le 15 octobre 2012. A 07H00, des agents des services de renseignement cagoulĂ©s et armĂ©s "dĂ©foncent la porte" de l'appartement de cette famille modeste de Drancy (Seine-Saint-Denis).
Soupçonné de vouloir partir au Yémen avec deux copains eux aussi drancéens, il est mis en examen à l'issue de quatre jours de garde à vue pour "association de malfaiteurs terroriste" et placé sous contrÎle judiciaire, selon le parquet de Paris, qui a révélé lundi l'identité du kamikaze.
Sa mÚre et son pÚre, Mouna et Azzédine, en sont persuadés: c'est cette interpellation "traumatisante", sous les yeux de ses parents "menottés dos à dos" et de sa jeune s?ur, qui a "motivé son départ".
"Quand ils l'ont ramené à la maison, il m'a dit +papa, j'ai rien fait+. Il allait sur des sites islamistes. C'est pas interdit", affirme son pÚre.
DeuxiĂšme d'une fratrie de trois, Samy a toujours vĂ©cu chez ses parents. Son bac en poche, il postule pour ĂȘtre surveillant de cantine mais sa timiditĂ© le dessert. Il dĂ©croche finalement un emploi de chauffeur de bus Ă  la RATP, dont il dĂ©missionne au bout de 15 mois, en 2012.
C'est Ă  cette Ă©poque qu'il commence Ă  se radicaliser, ce dont ses parents, des Français d'origine algĂ©rienne qui "fĂȘtent NoĂ«l autant que l'AĂŻd", ont du mal Ă  croire.
Pourtant, "il voulait imposer à sa mÚre, parfaitement laïque, le port du voile, puis imposer à la maison les rÚgles de l?intégrisme le plus absurde, le plus éloigné de la religion musulmane", affirme le député-maire de Drancy Jean-Christophe Lagarde (UDI).
"Comme son pÚre parle trÚs bien l'arabe, il l'accompagnait à la mosquée, lui traduisait des textes, histoire de partager quelque chose avec lui", raconte sous couvert d'anonymat une amie de la famille.
- 'Proie parfaite' -
De Samy, elle garde le souvenir d'un jeune "trĂšs gentil". "Tout le monde l'aimait. Un mec en or, la proie parfaite" pour les recruteurs au jihad.
C'Ă©tait un "jeune homme bien Ă©levĂ©, poli, sportif, habillĂ© Ă  la mode. La famille Amimour, ce n'est pas la famille Merah, ce sont des gens parfaitement normaux", renchĂ©rit M. Lagarde, qui accuse l'État de les avoir "laissĂ©s bien seuls".
Le 11 septembre 2013, Samy Amimour part en Syrie, en violation de son contrĂŽle judiciaire. Un mandat d'arrĂȘt international est dĂ©livrĂ© contre lui.
"La veille, alors que je m'apprĂȘtais Ă  partir, il m'a fait la bise. D'habitude, c'Ă©tait +salut, bonne route+", raconte son pĂšre qui avait une affaire en Belgique et ne revenait que le week-end. Quelques jours plus tard, Samy tĂ©lĂ©phone Ă  ses parents: "Ne me cherchez pas, je suis en Syrie".
Fin juin 2014, AzzĂ©dine dĂ©cide de s'y rendre via la Turquie. Un pĂ©riple qui l'oblige Ă  changer sept fois de voiture. Il dĂ©barque "dans la rĂ©gion d'Alep" le jour de la proclamation du "califat" du groupe jihadiste État islamique, le 29 juin.
Il parvient non sans mal Ă  voir son fils en tĂȘte-Ă -tĂȘte, qu'il tente de convaincre de rentrer. Mais trop tard pour revenir en arriĂšre: Samy est convaincu qu'aussitĂŽt sur le sol français, il sera "jetĂ© en prison", selon son pĂšre.
A Drancy, Mouna, qui travaille dans une Ă©cole maternelle, frappe Ă  toutes les portes, y compris Ă  celle du maire et de l'imam Hassen Chalghoumi, sans rĂ©sultat. Le pĂšre va voir en Jordanie un "Ă©mir haut placĂ© de Daech", l'État islamique: "Ton fils, je peux te le sortir en 48 heures. A une condition: qu'il me le demande", lui dit-il.
Las, le couple apprend que Samy, avec lequel ils sont en contact par Skype, s'est marié avec une Française et qu'ils attendent un enfant. "Je suis heureux", assure-t-il à ses parents, qui perdent espoir de jamais le revoir.
Mi-octobre, Azzédine se préparait à un ultime voyage pour récupérer son fils. Samy est finalement rentré sans les prévenir pour commettre, avec six autres kamikazes, les attentats les plus meurtriers de l'histoire de France.

Par Nicolas PRATVIEL - © 2015 AFP
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