Politique

Sanchez prĂȘte serment pour gouverner l'Espagne

  • PubliĂ© le 2 juin 2018 Ă  17:22
  • ActualisĂ© le 2 juin 2018 Ă  17:34
Le nouveau Premier ministre espagnol Pedro Sanchez (g) prĂȘte serment devant le roi d'Espagne Felipe VI et le Premier ministre sortant Mariano Rajoy (d), le 2 juin 2018 Ă  Madrid

Le socialiste espagnol Pedro Sanchez a prĂȘtĂ© serment samedi comme chef d'un gouvernement qu'il doit encore former, aprĂšs avoir renversĂ© le conservateur Mariano Rajoy, et le prĂ©sident indĂ©pendantiste de Catalogne l'a immĂ©diatement appelĂ© Ă  nĂ©gocier l'avenir de la rĂ©gion.

M. Sanchez, un Ă©conomiste de 46 ans sans expĂ©rience du pouvoir, a prĂȘtĂ© serment devant le roi Felipe VI, au palais de la Zarzuela, et en prĂ©sence de son prĂ©dĂ©cesseur Mariano Rajoy, qu'il a Ă©vincĂ© vendredi grĂące Ă  une motion de censure au Parlement.

Sans bible ni crucifix, une premiÚre en Espagne, il a juré "de respecter et faire respecter la constitution comme la loi fondamentale de l'Etat". Un défi à relever sans attendre, puisque le président de la région Catalogne, Quim Torra, l'a invité à des négociations alors que son objectif est l'indépendance de la Catalogne, contraire à la constitution.

"Nous devons nous asseoir Ă  la mĂȘme table, de gouvernement Ă  gouvernement. La situation ne peut pas continuer, mĂȘme pas un jour de plus", a dit M. Torra dont le gouvernement rĂ©gional a pris ses fonctions peu aprĂšs la prestation de serment de M. Sanchez. Cette prise de fonction entraĂźne la levĂ©e automatique de la tutelle imposĂ©e Ă  la Catalogne quand elle a tentĂ© de faire sĂ©cession le 27 octobre dernier.

M. Sanchez s'est dĂ©jĂ  engagĂ© Ă  "jeter des ponts" pour dialoguer avec les indĂ©pendantistes, mĂȘme s'il avait fermement soutenu M. Rajoy dans la crise catalane.

Redressement fulgurant

Le chef du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) doit encore nommer les membres de son gouvernement. Ce n'est que quand la liste sera publiée au journal officiel qu'il pourra prendre pleinement ses fonctions, dans les jours qui viennent.

AprÚs avoir mené son parti à deux défaites électorales cuisantes en 2015 et 2016, contraint à la démission par l'appareil du PSOE puis remis en selle par les militants il y a un an à peine, Pedro Sanchez a réussi à déboulonner M. Rajoy, un vétéran de la politique de 63 ans, au pouvoir depuis 2011.

Il a saisi l'occasion de la condamnation du Parti Populaire (PP) de M. Rajoy pour déposer une motion de censure le 25 mai. C'était une affaire de trop pour le chef du gouvernement, qui était jusqu'à présent sorti indemne de multiples scandales impliquant son parti.

L'opposition s'est liguée contre M. Rajoy, lùché par ses alliés nationalistes basques du PNV dont il venait pourtant d'obtenir l'approbation du budget contre un demi-milliard d'euros d'investissements.

Majorité instable

Lors de sa premiÚre prise de parole, son successeur, 1,90 m et surnommé "le beau mec", a promis d'aborder avec "humilité tous les défis auxquels le pays fait face" en citant en particulier "l'urgence sociale", alors que le chÎmage et la précarité minent toujours l'Espagne malgré une insolente reprise économique.

Mais il devra démontrer qu'il peut gouverner avec ses 84 députés socialistes aprÚs avoir réuni une majorité hétéroclite allant de la gauche radicale Podemos aux indépendantistes catalans et aux nationalistes basques du PNV.

Ses alliés de circonstance ont tous souligné que leur vote contre M. Rajoy n'était pas un chÚque en blanc. Podemos réclame avec insistance d'entrer au gouvernement.

Selon Fernando Vallespin, politologue à l'Université autonome de Madrid, il ne pourra faire voter que des mesures "lui permettant d'obtenir une majorité facile", comme des amendements à la loi du travail ou une meilleure protection de la liberté d'expression. En matiÚre de dépense publique, M. Sanchez s'est déjà lié les mains en promettant au PNV de ne pas toucher au budget de M. Rajoy et à ses largesses financiÚres pour le Pays basque.

L'agence de notation financiÚre DBRS s'attend à ce qu'il dirige "un gouvernement de transition, avec peu de marge de manoeuvre pour infléchir les politiques, et qu'il convoque finalement des élections dans les mois à venir vu la difficulté qu'il aura à faire passer des lois".

 - © 2018 AFP

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