Coronavirus

Sans savon et sans eau, des milliards de personnes sans protection de base

  • PubliĂ© le 19 mars 2020 Ă  18:14
  • ActualisĂ© le 19 mars 2020 Ă  18:26
Coronavirus: sans savon et sans eau, des milliards de personnes sans protection de base

Alors que les mesures les plus drastiques se multiplient Ă  travers le monde pour freiner le coronavirus, trois milliards de personnes n'ont mĂȘme pas les armes les plus basiques pour se protĂ©ger, l'eau courante et le savon, s'alarment des experts de l'ONU.

Le nouveau coronavirus qui a émergé en Chine fin 2019 a déjà fait plus de 200.000 cas confirmés dans le monde et tué plus de 9.000 personnes. C'est désormais l'Europe qui est à l'épicentre de la pandémie, fermant ses frontiÚres et confinant des millions d'habitants. Mais l'inquiétude monte pour les pays en développement aux systÚmes de santé fragile.

Les dirigeants de nombreux pays d'Afrique et d'Asie ont imposĂ© des restrictions de voyage et imposĂ© des quarantaines pour tenter d'empĂȘcher la propagation de l'Ă©pidĂ©mie. Mais se laver les mains rĂ©guliĂšrement, l'un des premiers gestes barriĂšre contre la contagion, martelĂ© sur tous les tons par les autoritĂ©s sanitaires, est inaccessible Ă  des millions de gens.

L'Unicef estime ainsi que 40% de la population mondiale, soit 3 milliards de personnes, ne peut pas se laver les mains à la maison. Certaines communautés n'ont pas l'eau courante, n'ont pas les moyens d'acheter du savon, et ne réalisent pas l'importance de ce geste simple pour se protéger, explique Sam Godfrey, responsable eau et assainissement pour l'Unicef dans le sud et l'est de l'Afrique.

"MĂȘme pour les travailleurs en premiĂšre ligne, les professionnels de santĂ©, c'est difficile de comprendre l'importance du lavage des mains", indique-t-il Ă  l'AFP. Alors que les premiers cas sur le continent sont arrivĂ©s par ceux qui ont les moyens de voyager Ă  l'Ă©tranger, l'Ă©pidĂ©mie est vue un peu en Afrique "comme la maladie des riches", mais qui "bien sĂ»r finira par faire souffrir les pauvres encore plus".

Les habitants de bidonvilles surpeuplés ou des gigantesques camps de réfugiés sont particuliÚrement à risque parce que déjà victimes de malnutrition ou d'autres problÚmes de santé, ainsi que de l'absence de systÚme d'assainissement des eaux usées. En Afrique sub-saharienne, 63% des habitants des zones urbaines (258 millions de personnes) ne peuvent pas se laver les mains, selon l'Unicef. C'est 22% de la population (153 millions) pour l'Asie centrale et du Sud.

Mais dans le bidonville de Mathare, prÚs de Nairobi, beaucoup ne prennent pas la menace au sérieux. "Est-ce qu'un seul des malades à l'hÎpital vient du bidonville ? C'est une maladie pour les riches", lance à l'AFP Ishmail Ayegah, réparateur de vélos.

- "On n'en a pas besoin" -

L'Organisation mondiale de la SantĂ© aussi s'inquiĂšte de l'avancĂ©e vers les pays les plus pauvres d'une Ă©pidĂ©mie qui pousse les nations les plus riches aux limites de leur capacitĂ©. "Alors que le virus avance vers les pays Ă  bas revenu, nous sommes trĂšs inquiets de l'impact que cela pourra avoir sur des populations oĂč le taux de prĂ©valence du VIH est important, ou sur des enfants mal-nourris", a alertĂ© cette semaine le patron de l'OMS Tedros Adhanom Ghebreyesus.

L'épidémie a déjà mis en lumiÚre les "différences incroyables" entre les divers systÚmes de santé, note Sharon Lewin, de l'Institut Peter Doherty sur les infections et l'immunité, à Melbourne. "Et nous n'avons pas encore vu ce que le Covid-19 peut faire dans certaines parties de l'Asie (Indonésie, Inde) et en Afrique".

Au moment oĂč les hĂŽpitaux europĂ©ens rĂ©clament des respirateurs, des pays africains cherchent du savon. L'Unicef en distribue Ă  des millions de personnes, mais refaire les stocks est devenu difficile dans les pays qui dĂ©pendent notamment des importations venues de Chine.

Et se laver les mains à l'eau sans savon n'est pas suffisant pour se débarrasser des virus ou bactéries. Mais certains pays africains peuvent utiliser leur expérience dans la lutte contre le choléra ou Ebola.

En République démocratique du Congo, l'épidémie d'Ebola a déjà appris à la population ne plus se serrer la main mais à se saluer en se cognant le coude, note par exemple Sam Godfrey. "Le salut Ebola est devenu le salut corona". Les experts espÚrent aussi que la pandémie poussera les gouvernements à renforcer les systÚmes d'assainissement et les messages d'information sur le lavage des mains qui peut sauver des vies.

Mais alors que le hashag #SanitizersForSlums (gel hydroalcoolique pour les bidonvilles) fait fureur sur twitter au Kenya, c'est loin d'ĂȘtre gagnĂ©. "On n'a pas besoin de dĂ©sinfectant pour les mains, on n'est jamais mort de ne pas en avoir", assure Scholarstica Atieno, dans le bidonville de Mathare. "On n'en a pas besoin"

AFP

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