Afghanistan

Seuls et pas assez forts: comment le Panchir est tombé face aux talibans

  • PubliĂ© le 17 septembre 2021 Ă  15:00
  • ActualisĂ© le 17 septembre 2021 Ă  15:20
Des combattants talibans postés à l'entrée de la province du Panchir dont ils ont pris le contrÎle, le 15 septembre 2021

"Ils Ă©taient trop nombreux": dans la province afghane du Panchir, les habitants racontent ces jours d'impuissance oĂč ils ont dĂ» capituler pour la premiĂšre fois de leur histoire face Ă  leurs ennemis hĂ©rĂ©ditaires talibans.

A quel moment est-ce que tout a basculĂ©? AdossĂ© Ă  une porte de boutique close, aux abords du village de Khenj, Abdul Wajeed ne se rappelle plus le jour exact, tout dĂ©but septembre. Mais il se souvient bien de ce moment oĂč il a vu des dizaines de talibans arriver du nord avec des vĂ©hicules blindĂ©s. Il a compris qu'ils avaient fait sauter un verrou d'accĂšs Ă  la vallĂ©e, que d'autres suivraient et qu'"on ne pouvait plus rien faire".

Il y eut bien ensuite dans son village des combats "à l'arme lourde, pendant trois jours" avec les résistants locaux du Front national de résistance (FNR) postés sur les hauteurs avec leurs mitrailleuses, roquettes et canons antiaériens. Mais au final, les talibans ont été les plus forts, et les résistants toujours motivés ont dû fuir dans la montagne.

"On Ă©tait surpris, on ne savait pas quoi faire. Ils Ă©taient trĂšs bien Ă©quipĂ©s, protĂ©gĂ©s, et nous, on n'avait pas assez d'armes. Chacun a fui lĂ  oĂč il pouvait", explique Ă  l'AFP un combattant restĂ© clandestinement dans la vallĂ©e.

Un peu plus bas en aval, à Malaspa, belle oasis verdoyante qui borde la riviÚre Panchir, Khol Mohammad, 67 ans, a lui eu l'impression ces jours-là de voir descendre "mille véhicules pleins de talibans", tant ils étaient nombreux. Au fil de la vallée, plus d'une dizaine de carcasses tordues et renversées de véhicules talibans détruits à l'arme lourde témoignent de la lutte intense mais vaine des résistants.

- Matériel vieillot -

Le 6 septembre, dans la capitale provinciale Bazarak, c'est le choc: les talibans victorieux hissent leur drapeau sur la colline du mausolĂ©e oĂč repose le hĂ©ros panchiri Ahmad Shah Massoud, qui les combattit sans relĂąche lors de leur premier rĂšgne, entre 1996 et 2001.

A l'époque, Massoud avait un avantage: une seule route, celle du Sud, encaissée et facile à défendre des hauteurs, permettait à des véhicules de pénétrer dans le Panchir. Mais vingt ans plus tard, la province est un peu moins enclavée. Fin août, les talibans se positionnent dans plusieurs vallées adjacentes, et le 30, ils lancent leur offensive par au moins quatre routes ou chemins différents, selon des sources locales.

Pris Ă  revers et surpris, les rĂ©sistants touchent vite leur limites. En hommes, d'abord: sur 10.000 rĂ©sistants revendiquĂ©s au dĂ©part, il en resterait aujourd'hui un millier, face Ă  30.000 talibans venus des quatre coins du pays, selon des sources locales. En armes, ensuite. Mercredi, prĂšs de Bazarak, des talibans exposaient un Ă©norme tas de fusils, balles, roquettes et autres canons abandonnĂ©s par les rĂ©sistants dans leur fuite. "Ça date principalement de l'Ă©poque de l'occupation soviĂ©tique" il y a au moins trente ans, a prĂ©cisĂ© Ă  l'AFP le commandant du groupe taliban, le mollah Sanaullah Sangin Fatih.

En face, les talibans avaient du matériel plus récent, parfois de pointe. "Un commandant taliban avait un drone, qui lui a permis de repérer et bombarder facilement nos positions", explique le combattant panchiri. Des témoignages concordants ont fait état de bombardements aériens décisifs, sans qu'on sache s'ils ont été effectués par des talibans ou leurs alliés, les Panchiris accusant à l'envi le Pakistan, parrain historique des islamistes.

- "Oui bien sûr" -

Il a enfin manqué aux Panchiris un leader charismatique et influent de la trempe d'Ahmad Shah Massoud, qui galvanisait ses hommes, obtenait des armes neuves et des soutiens financiers à l'étranger, et qui avait des relais bien au-delà du Panchir, expliquent plusieurs habitants.

Ces derniers respectent son fils Ahmad, qui Ă  32 ans a pris la tĂȘte du FNR, mais pointent son manque d'expĂ©rience "et de soutien Ă  l'Ă©tranger". Ils sont moins tendres avec un autre leader de la rĂ©sistance, l'ex-vice prĂ©sident Amrullah Saleh. Mercredi, la banque centrale afghane a annoncĂ© avoir retrouvĂ© 12,3 millions de dollars chez d'anciens membres du gouvernement, en citant son nom en premier.

"La plupart des gens ici dĂ©testent Saleh. Quand il est venu en aoĂ»t appeler les gens Ă  rĂ©sister avec lui, les anciens lui ont reprochĂ© de n'avoir jamais rien fait, rien donnĂ© pour le Panchir. Ça n'a pas aidĂ© Ă  fĂ©dĂ©rer la lutte", explique un journaliste local. On ne sait pas aujourd'hui oĂč se trouvent les deux tĂȘtes de la rĂ©sistance panchirie. Dans la vallĂ©e, aprĂšs quelques exactions au dĂ©part, les choses se passent ces jours-ci "plutĂŽt bien" avec l'occupant, selon la dizaine d'habitants interrogĂ©s par l'AFP.

En signe de respect, les talibans viennent de réparer la tombe d'Ahmad Shah Massoud, que quelques-uns de leurs combattants trop revanchards avaient dégradée à leur arrivée. Ils disent vouloir apporter "la paix et la sécurité" aux Panchiris, tout en continuant à traquer les résistants, qui ont blessé mardi deux talibans, selon une source des islamistes.

Assis au bord de la riviĂšre, Khair Mohammad, barbe blanche du village de Peshjrur, relativise la situation. Elle lui rappelle l'occupation des SoviĂ©tiques qui, lassĂ©s de la guĂ©rilla d'usure menĂ©e par Massoud et autres, finirent par quitter le pays au bout de dix ans. "C'Ă©tait exactement la mĂȘme chose. Ils sont venus, ils nous ont dit au dĂ©but qu'on pouvait ĂȘtre amis, on a dit oui bien sĂ»r", sourit-il. "Et vous savez ce qui est arrivĂ© aprĂšs".

 AFP

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1 Commentaires
Jeanbon
Jeanbon
4 ans

Comme quoi, rien ne vaut la Loi du plus fort...Et chez nous en démocratie, c'est la Loi de la dictature des minorités.Un juste milieu ne serait-il pas envisageable '