Syrie

Silence de mort dans la Vieille ville d'Alep

  • PubliĂ© le 14 dĂ©cembre 2016 Ă  05:48
Le drapeau syrien déployé le 12 décembre 2016 dans le quartier détruit de Sheikh Saeed à Alep

La Vieille ville d'Alep, renommée pour ses souks animés et sa citadelle pluri-centenaires, est aujourd'hui méconnaissable aprÚs des années d'une guerre sans merci qui a ravagé la deuxiÚme ville de Syrie.

Durant des siÚcles, et jusqu'au début du conflit en 2011, la métropole septentrionale était la capitale économique du pays. Un important centre culturel attirant les touristes du monde entier pour admirer les sites historiques, vestiges des nombreuses civilisations qui s'y succédÚrent dans une des plus anciennes villes au monde.

Mais aujourd'hui, seuls des chats errants sont visibles dans les ruelles jonchées de gravats de la Vieille ville inscrite au patrimoine mondial de l'Unesco. La célÚbre place al-Hatab, l'une des plus anciennes de la ville, est envahie par les barricades de sable et les carcasses calcinées de bus renversés.

L'avocat et historien alĂ©pin, Alaa al-Sayyed, n'en croit pas ses yeux. "Je ne pouvais mĂȘme pas la reconnaĂźtre, elle est tellement endommagĂ©e. Je me suis dis +ça peut pas ĂȘtre la place al-Hatab+", confie l'historien.

Quatre années durant, la Vieille ville a été l'une des lignes de front. Ses vestiges antiques portent les traces des combats incessants ayant opposé rebelles des quartiers Est aux soldats du régime contrÎlant les secteurs Ouest. Le 7 septembre, les insurgés ont été contraints de s'en retirer, débordés par l'offensive foudroyante lancée par le régime à la mi-novembre.

-'Héritage irremplaçable'-

Les pertes provoquĂ©es par les violences de ces derniĂšres annĂ©es sont inestimables. Le minaret seldjoukide de la mosquĂ©e des Omeyyades, datant du XIĂšme siĂšcle, s'est effondrĂ©. La citadelle, joyau de l'architecture militaire islamique du Moyen-Âge, dont la construction avait dĂ©butĂ© au Xe siĂšcle, a perdu une section de ses imposants remparts. Et le souk, avec ses Ă©choppes parfois centenaires, a Ă©tĂ© partiellement dĂ©truit par les flammes.

Ce marché couvert était le plus grand au monde avec ses 4.000 échoppes et ses 40 caravansérails, qui attiraient depuis des siÚcles des artisans et des marchands venus des quatre coins du monde. Aujourd'hui, ses murs sont couverts d'impacts de balles et des traces des tirs de mortier et de roquettes.

Le souk était "le coeur économique d'Alep, il fait partie d'un héritage irremplaçable", déplore M. Sayyed. S'y attaquer "c'est porter un coup décisif à l'économie d'Alep, puisque des milliers de familles, riches ou pauvres, dépendaient du souk pour leur gagne-pain".
Abou Ahmad, 50 ans, est là pour en témoigner.

Ce commerçant possĂ©dait plusieurs Ă©choppes dans la Vieille ville, oĂč il vendait les Ă©toffes aux couleurs vives qu'il fabriquait. Contraint par les combats d'abandonner son commerce florissant, il tient aujourd'hui un modeste kiosque dans le quartier central de Fourkane, prĂ©parant du cafĂ© et autres boissons chaudes pour les passants.

"J'ai dĂ» vendre les bijoux de ma femme pour acheter ce kiosque", se lamente Abou Ahmad, les larmes aux yeux. Il rĂȘve de revenir Ă  l'ancien souk, espĂ©rant voir une de ses boutiques encore debout. Sinon, il devra vendre sa voiture pour payer les rĂ©parations.
"Je suis un commerçant et je ne veux pas abandonner mon commerce. Je veux le transmettre à mon fils", lance-t-il.

- Ville fantĂŽme -

La guerre a ravagé le secteur touristique prÚs de la citadelle, n'épargnant ni la mosquée Al-Sultaniya ni le Grand-Sérail, un élégant bùtiment administratif en pierre blanche datant du mandat français. Le Carlton Hotel, un palace, a été réduit en poussiÚre en février 2014 lorsque des rebelles ont fait exploser des mines dans des tunnels.

Et dans le quartier voisin d'Aqyul, les immeubles rĂ©sidentiels dĂ©truits par les combats s'alignent Ă  perte de vue. Aux fenĂȘtres, dont les vitres ont Ă©tĂ© soufflĂ©es par les explosions, des lambeaux de rideaux bleus battent au vent.

Un chat errant dĂ©ambule parmi les dĂ©combres, s'arrĂȘtant pour renifler un corps dĂ©composĂ© au milieu de la route. MĂȘme le cimetiĂšre local n'a pas Ă©chappĂ© aux combats. Les pierres des sĂ©pultures brisĂ©es gisent dans l'herbe sĂšche.

Dans le quartier de Bab al-Hadid, oĂč se trouve l'une des portes de l'Alep mĂ©diĂ©val, le silence rĂšgne. PrĂšs de la place Ă©ponyme, datant de 1509, le drapeau de l'opposition, dotĂ© de trois Ă©toiles rouges, est peint sur les devantures des boutiques. Sur un mur du quartier dĂ©sert, un graffiti: "de l'Houran (rĂ©gion du sud) Ă  Alep, la rĂ©volution continue".

AFP

guest
0 Commentaires