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Sommet anti-corruption: Londres s'engage contre l'argent sale dans l'immobilier

  • PubliĂ© le 12 mai 2016 Ă  04:55
Le Premier ministre britannique David Cameron, le 9 mai 2016 Ă  Londres

Le Premier ministre britannique David Cameron a annoncé jeudi des mesures inédites pour lutter contre l'afflux d'argent sale dans l'immobilier au Royaume-Uni, au moment d'accueillir un sommet anticorruption à Londres.


Plusieurs chefs d'Etat, dont les prĂ©sidents de l'Afghanistan et du Nigeria, le secrĂ©taire d?État amĂ©ricain John Kerry, la directrice gĂ©nĂ©rale du Fonds monĂ©taire international (FMI) Christine Lagarde et le prĂ©sident de la Banque mondiale Jim Yong Kim entre autres devront signer une dĂ©claration promettant de nouvelles actions.
Mais les ONG et militants anticorruption attendent surtout des mesures concrÚtes, un mois aprÚs les révélations des "Panama Papers" qui ont mis au jour l'utilisation à grande échelle de sociétés offshore permettant de placer des actifs dans des territoires opaques et à trÚs faible fiscalité.
Dans un communiqué publié quelques heures avant l'ouverture du sommet, David Cameron a pris les devants en affirmant que "les entreprises étrangÚres qui possÚdent ou veulent acheter un bien au Royaume-Uni devront désormais révéler le nom du véritable propriétaire".
La mesure, trÚs attendue, vise d'abord les quelque 100.000 logements en Angleterre et au Pays de Galles, dont 44.000 rien qu'à Londres selon les chiffres officiels, qui sont détenus actuellement par des sociétés offshore sans qu'on ne connaisse l'identité réelle de leur bénéficiaire.
- "Refuge pour l'argent volé" -
Sans ĂȘtre illĂ©gale, la pratique a transformĂ© l'immobilier londonien en "refuge pour l'argent volĂ© du monde entier", selon l'association Transparency International. Entre 2004 et 2014, des biens immobiliers d'une valeur totale de 180 millions de livres ont Ă©tĂ© visĂ©s par des enquĂȘtes de la police pour corruption. Transparency International estime qu'il ne s'agit lĂ  que "de la partie Ă©mergĂ©e de l'iceberg".
"Le nouveau registre pour les entreprises étrangÚres signifiera que les individus et les pays corrompus ne seront plus en mesure de faire transiter, de blanchir et de cacher de l'argent sale à travers le marché immobilier londonien", a affirmé Downing Street.
Robert Palmer, de l'ONG Global Witness, a applaudi "un pas en avant". "Mais la plus grande piÚce du puzzle manque toujours: que les paradis fiscaux montrent patte blanche", a-t-il déclaré à l'AFP.
Le gouvernement britannique a ajouté que "la France, les Pays-Bas, le Nigeria et l'Afghanistan allaient suivre le leadership du Royaume-Uni en s'engageant à lancer leurs propres registres publics sur les bénéficiaires effectifs des sociétés offshore".
Un décret instituant un tel registre a été publié mercredi en France. Il doit regrouper "16.000 entités aujourd'hui en France dont le public ne connaßt pas les propriétaires ou les bénéficiaires", a indiqué le ministre français des Finances Michel Sapin.
Dans une interview au Guardian mercredi soir, M. Sapin a fait part de son sentiment que la Grande-Bretagne voulait "sincĂšrement mettre fin Ă  certaines pratiques".
- Complaisance -
La crĂ©dibilitĂ© de David Cameron en tant qu'hĂŽte du sommet a Ă©tĂ© mise a mal par le fait qu'il a lui-mĂȘme Ă©tĂ© Ă©claboussĂ© par le scandale des "Panama Papers".
Lors d'une séquence particuliÚrement pénible pour son image, il a dû admettre qu'il avait détenu des parts dans la société offshore de son pÚre Ian, décédé en 2010.
Le Royaume-Uni a également été pointé du doigt pour sa complaisance envers ses territoires d'outre-mer les moins vertueux: sur les 214.000 entreprises représentées par le cabinet panaméen Mossack Fonseca, plus de la moitié sont domiciliées dans les ßles Vierges britanniques. Celles-ci ne seront pas représentées à Londres, pas plus que le Panama.
Pour finir, David Cameron s'est fendu d'une gaffe diplomatique mardi en qualifiant le Nigeria et l'Afghanistan de pays "extraordinairement corrompus". Il a rectifié le tir le lendemain en soulignant que leurs présidents "avaient fait des efforts remarquables".
Selon Jose Ugaz, le prĂ©sident de Transparency International, la lutte doit ĂȘtre menĂ©e de concert entre pays riches et pays dĂ©favorisĂ©s. "Il faut ĂȘtre deux pour danser le tango", a-t-il dit Ă  l'AFP.
Le sommet doit également aborder la corruption dans le sport et notamment le football, ébranlé par plusieurs scandales ces derniers mois, mais en l'absence de la FIFA et de l'UEFA.

Par Glenn CHAPMAN - © 2016 AFP
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