Former ses employés contre le racisme

Starbucks tente de montrer l'exemple

  • PubliĂ© le 28 mai 2018 Ă  11:26
  • ActualisĂ© le 28 mai 2018 Ă  12:35
Un café Starbucks à New York le 17 avril 2018

Peut-on apprendre Ă  ses employĂ©s Ă  ne pas ĂȘtre raciste? La chaĂźne de cafĂ©s Starbucks se lance mardi dans cet exercice dĂ©licat, avec une session de formation sans prĂ©cĂ©dent qui entraĂźnera la fermeture exceptionnelle de tous les cafĂ©s directement gĂ©rĂ©s par la chaĂźne aux États-Unis, soit quelque 8.000 Ă©tablissements.

Cette initiative inédite, qui devrait mobiliser quatre heures durant quelque 175.000 employés, avait été annoncée le 17 avril par les dirigeants de Starbucks, aprÚs l'indignation suscitée par l'arrestation de deux jeunes noirs dans un de ses cafés de Philadelphie.

Une arrestation au seul motif que les deux hommes demandaient Ă  attendre l'arrivĂ©e d'une connaissance pour consommer, capturĂ©e sur un smartphone et largement diffusĂ©e sur les rĂ©seaux sociaux. Des manifestations avaient suivi, avec la menace d'un boycott pour cette chaĂźne synonyme de bon cafĂ© aux États-Unis.

L'incident a illustré de façon frappante les discriminations que subissent toujours les Noirs, dans un contexte de tensions raciales exacerbées depuis l'élection de Donald Trump.

"C'est partout"

"Il y a des choses comme ça tout le temps", expliquait la semaine derniĂšre James Bell, surveillant dans un lycĂ©e de Brooklyn et client rĂ©gulier d'un Starbucks du quartier. "Dans les magasins, en tant qu'homme noir, vous ĂȘtes suivis par les employĂ©s, qui ne cessent de vous demander si vous avez besoin d'aide (...) Ils voient un homme noir, et ils pensent immĂ©diatement criminalitĂ©".

"Que le biais soit implicite ou explicite, c'est partout", ajoutait cet homme de 47 ans, rappelant d'autres exemples récents de discrimination diffusés sur les réseaux sociaux. Comme le cas début mai d'une étudiante noire de l'université de Yale, signalée à la police juste parce qu'elle s'était endormie dans la bibliothÚque.

Difficile de nier ce constat, étayé par des témoins armés de smartphones, qui documentent des incidents moins spectaculaires que les cas de violences policiÚres contre des Noirs, mais beaucoup plus fréquents.

Dans ce contexte, James Bell n'est pas convaincu que l'initiative de Starbucks change grand-chose au problĂšme. Mais il se fĂ©licite que la chaĂźne "fasse au moins l'effort" d'essayer. Comme lui, plusieurs responsables noirs ont saluĂ© l'initiative de Starbucks, mĂȘme s'ils soulignent aussi que le rĂ©sultat est loin d'ĂȘtre garanti.

Montrer l'exemple

"C'est historique, je ne connais pas d'autre société aussi omniprésente que Starbucks qui ait montré sa volonté de prendre le racisme par les cornes", a déclaré lors d'un point presse téléphonique Sherrilyn Ifill, présidente du Legal Defense and Education Fund, émanation de la puissante organisation de défense de la cause des Noirs NAACP.

"Ce faisant, ils ouvrent la voie aux entreprises qui vendent au grand public pour qu'elles s'attaquent honnĂȘtement et franchement aux inĂ©galitĂ©s raciales", a ajoutĂ© Mme Ifill, sollicitĂ©e par la direction de Starbucks pour aider Ă  prĂ©parer cette formation. Une aide conditionnelle nĂ©anmoins. "Nous avons dit clairement que nous n'allions pas valider aveuglĂ©ment leur programme si nous ne pensions pas qu'il puisse tenir ses promesses", a dĂ©clarĂ© Heather McGhee, prĂ©sidente de l'association Demos qui lutte contre les discriminations, Ă©galement consultĂ©e par Starbucks.

"Nous ferons un rapport au début de l'été avec une liste plus complÚte de choses à faire pour vraiment montrer l'exemple sur cette question".
Starbucks semble avoir entendu leurs rĂ©serves. "Le 29 mai n'est pas une solution, mais c'est un premier pas", a soulignĂ© la irection sur son site internet. "La premiĂšre session se concentrera sur la comprĂ©hension de ce qu'est le biais racial et l'histoire des lieux publics aux États-Unis. Les prochaines formations porteront sur toutes les sortes de discriminations et d'expĂ©riences".

En quoi concrÚtement va consister la formation mardi? Starbucks a refusé que les médias assistent à l'exercice, mais a diffusé un petit film de présentation. On y apprend que les employés devraient visionner un film original du documentariste Stanley Nelson sur l'histoire des Noirs américains, et discuteront ensuite en petits groupes de leurs expériences de discriminations raciales. Le tout encouragé par de petits discours des charismatiques dirigeants de l'entreprise née en 1971, Howard Schultz et Kevin Johnson.

Aussi incertain que soit le résultat, Sharon Rush, spécialiste des relations inter-raciales à l'Université de Floride, espÚre que Starbucks poussera d'autres entreprises à multiplier les formations sur les discriminations raciales, comme elles ont multiplié les formations sur le harcÚlement sexuel.

"Si d'autres entreprises disent +Nous aussi, il faut qu'on fasse ça+", dit-elle, "ce sera vraiment un résultat positif".

 - © 2018 AFP

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