Stephen Hawking est mort il y a un an. Si les astronomes n'ont pu observer que les trous noirs s'évaporaient lentement, comme il l'avait théorisé, l'étau de la connaissance se resserre autour des énigmatiques monstres cosmiques auxquels l'astrophysicien a consacré une partie de sa vie.
Le physicien et cosmologiste britannique avait thĂ©orisĂ© en 1975 que les trous noirs pouvaient Ă©mettre des radiations. "Une thĂ©orie choc", "une rĂ©volution", "l'idĂ©e d'un visionnaire", disaient Ă sa mort ses collĂšgues. De l'avis de certains, cette thĂ©orie aurait valu le prix Nobel Ă Stephen Hawking si elle avait pu ĂȘtre observĂ©e. Ce qui est toujours impossible aujourd'hui: si on parle de trous noirs depuis le XVIIIe siĂšcle, aucun tĂ©lescope n'a encore permis de "voir" l'un de ces mystĂ©rieux objets du cosmos... Mais il semblerait qu'on s'en approche.
"Les principaux progrĂšs rĂ©cents se situent sur le front de l'observation", explique Ă l'AFP l'astrophysicien britannique Martin Rees, ancien collĂšgue de Stephen Hawking Ă l'universitĂ© de Cambridge. Un trou noir est un objet cĂ©leste qui possĂšde une masse extrĂȘmement importante dans un volume trĂšs petit. Comme si le soleil ne faisait plus que 6 km de diamĂštre ou si la terre Ă©tait comprimĂ©e dans un dĂ© Ă coudre, explique Guy Perrin, astronome Ă l'Observatoire de Paris-PSL. Ils sont tellement massifs que ni la matiĂšre ni la lumiĂšre ne peuvent s'en Ă©chapper. Revers de la mĂ©daille: ils sont invisibles.
En thĂ©orie, il en existe deux sortes. Les trous noirs stellaires, qui se forment Ă la fin du cycle de vie d'une Ă©toile. Ils sont extrĂȘmement petits: tenter d'observer les plus proches de la terre Ă©quivaudrait Ă chercher Ă distinguer une cellule humaine sur la lune. "Nous avons dĂ©tectĂ© des ondes gravitationnelles provenant de trous noirs stellaires, une preuve directe" de leur existence, explique Martin Krause, chercheur Ă l'universitĂ© du Hertfordshire, au Nord de Londres.
- Jamais aussi prĂšs -
Mais pour les autres, les trous noirs supermassifs (ils pĂšseraient entre un million et des milliards de fois le soleil), le doute persiste, la traque s'intensifie. Une des pistes suivies: l'observation de l'environnement proche du monstre. Si les trous noirs sont invisibles, la matiĂšre qui orbite autour d'eux ne l'est pas. L'observer pourrait permettre de "dessiner" leur pourtour.
Or pour la premiÚre fois, "nous avons observé, entre mai et juillet 2018, trois sursauts lumineux, des événements qui a priori orbitent trÚs trÚs prÚs de Sagittarius A*", un trou noir supermassif qui se niche au c?ur de la voie lactée, explique Guy Perrin, l'un des "pÚres" de l'instrument européen Gravity qui a permis ces observations. Jamais on ne s'était approché aussi prÚs d'un trou noir, ajoute l'astronome.
Autres progrÚs depuis le décÚs de Stephen Hawking : une équipe d'astronomes britanniques a détecté de la matiÚre tombant dans un trou noir, tandis que l'European Space Agency (ESA) a annoncé avoir mis la main sur "un trou noir de +masse intermédiaire+ en train de se régaler d'une étoile voisine"...
En décembre, quatre nouvelles ondes gravitationnelles provenant de la fusion de trous noirs stellaires ont également été captées. "Les ondes gravitationnelles sont encore un domaine d'étude trÚs jeune et les résultats qui en découleront s'annoncent fascinants", note Gregory Brown de l'Observatoire royal de Greenwich. La communauté scientifique attend également le résultat de la collaboration scientifique Event Horizon Telescope: huit télescopes répartis dans le monde pointés simultanément vers Sagittarius A* et un de ses congénÚres installé au centre de la galaxie M87.
"Au cours de la derniÚre année, il y a eu de multiples avancées et on s'attend à ce qu'il y en ait encore beaucoup à venir", s'enthousiasme Gregory Brown.
AFP


Les trous noirs, c'est troublant !