Toute la Suisse est appelée vendredi à rendre hommage aux jeunes victimes de l'incendie d'un bar qui a endeuillé la station de ski suisse de Crans-Montana la nuit du nouvel an, faisant 40 morts et 116 blessés.
Les autorités de la Confédération et les Eglises de Suisse ont invité la population à observer une minute de silence à 14H00 (13H00 GMT). Les cloches des églises retentiront ensuite dans l'ensemble du pays alpin.
Dans le mĂȘme temps, une cĂ©rĂ©monie commĂ©morative doit se tenir Ă Martigny, ville situĂ©e dans la vallĂ©e du RhĂŽne, non loin de Crans-Montana.
Les capacitĂ©s d'accueil et les conditions mĂ©tĂ©o devraient y ĂȘtre plus favorables que dans la station du Valais (sud-ouest), balayĂ©e par la neige depuis jeudi soir, mais des Ă©crans gĂ©ants permettront aussi Ă la population de Crans-Montana de suivre les cĂ©rĂ©monies.
"La pause que toute la Suisse est invitée à marquer vendredi à 14 heures symbolise le deuil qui unit le pays aux familles et amis directement concernés", a annoncé le gouvernement dans un communiqué.
La France et l'Italie, particuliÚrement affectées par le drame avec respectivement neuf et six morts et de nombreux blessés, seront représentées par les présidents Emmanuel Macron et Sergio Mattarella. Le Premier ministre Belge Bart de Wever est également attendu.
Au total, 19 nationalités ont été frappées par le drame qui a fait 40 morts - dont une moitié de mineurs - et 116 blessés. Selon un dernier décompte, un total de 83 blessés demeurent à ce jour hospitalisés en Suisse, mais aussi dans des services pour grands brûlés en France, en Italie, en Allemagne et en Belgique.
AprÚs le drame, le président de la Confédération helvétique Guy Parmelin avait affirmé qu'il s'agissait de "l'une des pires tragédies" que la Suisse ait connues.
- Pas d'inspection depuis 6 ans -
Selon les premiers Ă©lĂ©ments de l'enquĂȘte, le drame aurait Ă©tĂ© provoquĂ© par des bougies Ă©tincelantes, dites "fontaines", entrĂ©es en contact avec le plafond du sous-sol du bar Le Constellation, sis en bas d'un immeuble de la station cossue du Valais.
L'"embrasement généralisé" et soudain du local aurait ensuite piégé les clients, principalement des adolescents et de jeunes adultes.
En cette soirée de la Saint-Sylvestre, l'établissement était bondé et des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux ont montré des bousculades de personnes tentant désespérément de sortir au niveau du rez-de chaussée.
Mardi, la commune de Crans-Montana a provoquĂ© une premiĂšre secousse dans l'enquĂȘte en reconnaissant une faute grave: aucune inspection sĂ©curitĂ© et incendie du bar n'a Ă©tĂ© effectuĂ©e depuis 2019. Ce qui a suscitĂ© la consternation des familles de victimes et la fureur de leurs avocats.
L'enquĂȘte devra aussi faire la lumiĂšre sur les responsabilitĂ©s des propriĂ©taires Jacques et Jessica Moretti, un couple de Français qui se retrouve au centre de l'attention. Ils doivent ĂȘtre auditionnĂ©s vendredi matin Ă Sion, la capitale rĂ©gionale, selon une source proche du dossier.
- "Conscience du risque" -
Le local et ses voies de sortie étaient-ils aux normes? Pourquoi autant de mineurs étaient présents au moment du drame? Pourquoi le feu s'est-il propagé aussi rapidement? Y avait-il un extincteur accessible au sous-sol? Les interrogations sont nombreuses.
La nature de la mousse anti-bruit posée au plafond du sous-sol est notamment au coeur des débats qui agitent médias et réseaux sociaux en Suisse, comme en France et en Italie.
Des vidéos diffusées lundi soir par la télévision suisse RTS montrent que ce n'est pas la premiÚre fois que ce type de bougies était utilisé dans le bar et que leur danger était connu.
"Faites gaffe à la mousse!", avait lancé il y a six ans un employé du bar lors de la soirée du nouvel an 2019-2020, selon une de ces vidéos.
"Cette vidéo est sidérante", a régi auprÚs de l'AFP l'avocat Romain Jordan, qui conseille plusieurs familles. Selon lui pas de doute: "Il y avait une conscience de ce risque et possiblement ce risque a été accepté."
Jacques Moretti - connu de la justice française et condamnĂ© pour une affaire de proxĂ©nĂ©tisme en 2008 - fait avec son Ă©pouse l'objet d'une enquĂȘte pour "homicide par nĂ©gligence, lĂ©sions corporelles par nĂ©gligence et incendie par nĂ©gligence".
Les propriétaires n'ont été ni placés en détention provisoire, ni assignés à résidence, ce qui a suscité l'étonnement, comme l'absence apparente de perquisitions.
Dans un communiquĂ©, le couple a assurĂ© de son "entiĂšre collaboration" Ă l'enquĂȘte, indiquant qu'il "ne se dĂ©rober(ait) pas".
AFP



