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Sur fond de chĂŽmage, le coworking essaime avec l'envie de "travailler autrement"

  • PubliĂ© le 24 septembre 2015 Ă  12:48
Des "coworkers" Ă  l'espace Casaco de Malakoff, le 23 septembre 2015

"Bienvenue dans la maison des possibles": à l'entrée de l'espace de coworking Casaco, à Malakoff (Hauts-de-Seine) le message donne le ton.

Depuis le début de la décennie, ces "espaces de travail collaboratifs" essaiment: on en dénombre désormais plus de 300 à travers l'Hexagone.
"Coworking", "fab labs", "hackerspaces", "télécentres": les spécialistes parlent de "tiers lieux" pour identifier ces nouveaux espaces qui réunissent travailleurs indépendants, autoentrepreneurs, artisans ou encore salariés en télétravail. Certains sont "nomades" et transitent quelques heures par semaine. Les "résidents" ont un bureau attitré.
"C'est avant tout un lieu d'échange social et d'émulation, ouvert sur la ville. On est dans une logique +je donne, je reçois+", résume Aurélien Denaes, "agitateur de la tribu" des 75 adhérents de Casaco. Dans cet espace design de 460 m2, ouvert il y a moins d'un an, les "coworkers" disent partager bien plus que des tables de travail et une connexion wi-fi.
Entre le coin café, le potager pour les pauses cigarettes et le sous-sol pour les tournois de ping-pong et les soirées cinéma, flotte un parfum communautaire. Les animateurs des lieux organisent apéros, ateliers cuisine mais aussi sessions de formation et achat de matériel en commun.
Outre des travailleurs indépendants, on y rencontre "des trentenaires déçus de leur premiÚre expérience professionnelle, des demandeurs d'emploi qui essayent de monter un projet, des ex-salariés en deuxiÚme partie de carriÚre lourdés des entreprises", décrit le fondateur de Casaco.
Designers, professionnels de l'immobilier, graphistes, communicants, sophrologue: des diplÎmés qui "ont envie de travailler autrement et ensemble", insiste Aurélien Denaes.
- 'Créer son propre emploi' -
AprÚs une rupture conventionnelle, Anne-Sophie Pasquet, 28 ans, coworkeuse "nomade", a décidé de créer son entreprise de "marketing de réseau", "avec le filet de sécurité du chÎmage".
"Ici, chacun travaille sur son projet mais l'accent est mis sur le partage. Finalement, beaucoup de gens travaillent ensemble car on est toujours potentiellement le client de quelqu'un", dit-elle.
La jeune femme, qui souffrait de la solitude du travail à domicile, se reconnaßt dans le message inscrit sur le tableau noir de l'entrée: "Ce que vous n'aurez plus à faire: rester en pyjama jusqu'à 15h, faire trois siestes en moins de 5 heures, tourner en rond, vous décourager".
De Paris à Grenoble, en passant par Lille, Alençon ou Belfort, la plupart des villes françaises ont désormais leur "tiers lieu". "C'est un mouvement puissant", né dans le sillage d'un phénomÚne apparu en 2005 à San Francisco, estime Clément Alteresco, cofondateur du site "Bureaux à partager".
Depuis la naissance du premier espace de coworking français, en 2008 - La Cantine, devenue Numa -, le phénomÚne connaßt un grand succÚs. "Entre 2012 et 2015 on est passé de 100 à plus de 300 espaces, dont la moitié en Ile-de-France, soit environ 20.000 postes de travail", selon Clément Alteresco.
Il faut compter 200 euros mensuels pour une place à temps plein dans un espace en région et jusqu'à 400 à Paris, selon lui.
Le phĂ©nomĂšne s'explique par "l'impact des nouvelles technologies bien sĂ»r, les mutations du monde du travail (...) mais aussi les difficultĂ©s actuelles, qui font que beaucoup de gens essayent de crĂ©er leur propre emploi", analyse Marie-HĂ©lĂšne FĂ©ron, de la Fonderie, l'agence publique numĂ©rique d'Ile-de-France, qui soutient les crĂ©ateurs de tiers lieux. 1,5 million d'euros y seront consacrĂ©s en 2015, oĂč au moins 40 nouveaux espaces devraient voir le jour.
Dans un récent rapport sur l'impact du numérique sur le travail, le DRH d'Orange, Bruno Mettling, engage les pouvoir publics à "développer les tiers lieux", rappelant le passage du cap du million d'auto-entrepreneurs cet été et le fait que les free-lance représentaient, en 2014, 7% des travailleurs des services (+8,6% sur un an).
Le coworking sĂ©duit aussi les grandes entreprises. Renault a créé son "fab lab" (espace oĂč sont mis Ă  disposition des outils, ndlr) pour stimuler la crĂ©ativitĂ© de ses ingĂ©nieurs. Et Bouygues et Nexity viennent d'ouvrir des espaces de coworking.

Par Veronique DUPONT - © 2015 AFP
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