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Sur les murs de Colombie, le street art parle de guerre et paix

  • PubliĂ© le 4 octobre 2016 Ă  18:54
"La paix est Ă  nous"proclame une fresque sur un mur de Bogota, le 22 juin 2016

Fusils tirant des coeurs au lieu de balles, le mot "paix" éclatant sur des façades délaissées.

.. En Colombie, le street art est partout et souvent inspirĂ© par plus d'un demi-siĂšcle d'une guerre fratricide, mais rĂȘve aussi d'un pays enfin pacifiĂ©.
"Je prĂ©fĂšre une paix tordue qu'une guerre parfaite", lance DjLu. Muni de ses pochoirs et de peinture noire, il rĂ©pand de-ci, de-lĂ  dans Bogota de petits pictogrammes en sĂ©rie : soldats aux mitraillettes crachant des fleurs; guĂȘpes aux antennes en forme de carabine; Ă©pis de maĂŻs ressemblant Ă  des grenades explosives, etc.
Pour lui, il n'y a pas de meilleure vitrine que la rue pour exprimer son ras-le-bol de la confrontation armĂ©e. "En tant qu'ĂȘtre humain, je pense que tout conflit est absurde, tant celui qu'il y a dans mon pays qu'ailleurs dans le monde", dĂ©clare Ă  l'AFP ce professeur d'arts plastiques qui enseigne, sous un autre nom, Ă  l'UniversitĂ© catholique de Colombie.
Se voulant "serviteur de la paix", il entend "transmettre un message qui ouvre les esprits" et a commencĂ© Ă  centrer ses oeuvres sur des thĂšmes politiques dĂšs 2006, en pleine pĂ©riode Ă  la fois de dĂ©sarmement des milices paramilitaires d'extrĂȘme droite et d'enlĂšvements en masse par les guĂ©rillas d'extrĂȘme gauche.
Le street art connaĂźt un boom depuis dĂ©jĂ  plusieurs annĂ©es en Colombie. Il a mĂȘme Ă©tĂ© promu dans certains lieux dĂ©diĂ©s de la capitale par Gustavo Petro, ancien maire de gauche (2012-2015) et ex-guĂ©rillero du M-19, dissout en 1990. Des circuits thĂ©matiques permettent aussi aux touristes de dĂ©couvrir les gigantesques fresques qui colorent certaines de ses avenues.
- 'Acte politique' -
L'esprit de DjLu reflÚte l'espoir de la majorité des Colombiens de voir enfin leur pays sortir de cette guerre complexe, qui a fait plus de 260.000 morts, 45.000 disparus et 6,9 millions de déplacés.
Tous les artistes urbains ne sont pas pour autant centrés sur le thÚme de la paix. "Le but est (...) de revendiquer la rue comme un lieu d'action libre", pense Stinkfish, auteur d'immenses portraits qui illustrent la diversité sociale et ethnique de la population colombienne. Il ironise un peu, estimant que "la paix est à la mode (...) sur la scÚne touristique qu'est en train de devenir la Colombie".
"Le seul fait de peindre dans la rue est un acte politique", argue Toxicomano, connu pour ses visages aux lignes torturées, dont plusieurs de l'écrivain Gabriel Garcia Marquez. Persuadé que la société a besoin que "l'on aborde les thÚmes importants", il bombe aussi des slogans engagés, tels "No somos falsos, somos positivos" en référence aux "falsos positivos" (faux positifs), victimes civiles déclarées par des militaires comme guérilleros tués au combat, afin de bénéficier de primes ou de permissions.
Début septembre, peu aprÚs l'annonce de l'accord de paix avec les Farc, rejeté cependant dimanche par référendum, Toxicomano avait peint plusieurs mÚtres d'une barricade de chantier, sur l'un des principaux axes du nord de Bogota. "Oui à la paix", avait-il inscrit en jaune sur fond bleu, prÚs des visages de deux enfants rieurs prenant des photos.
- Un mot, une fresque -
Certains artistes viennent mĂȘme de l'Ă©tranger pour bomber sur les murs de briques de Bogota. Ainsi dans le quartier pauvre de Mariscal Sucre, deux jeunes Français ont peint un gigantesque "Paz" (Paix) qui surplombe dĂ©sormais la capitale depuis la Circunvalar, avenue qui sinue dans la montagne.
"Nous avons terminé juste quelques jours avant que la paix soit conclue !", se réjouissait alors Spag, membre du collectif de street art Outsiders Krew à l'origine de cette fresque multicolore, achevée en août alors que le gouvernement et la guérilla terminaient prÚs de quatre ans de pourparlers.
Elle a été réalisée en 40 jours, à l'aide de 800 litres de peinture, précise ce jeune homme à barbe rousse, en montrant l'oeuvre qui s'étale sur les murs de 16 maisons, depuis une passerelle proche, point de vue idéal pour en capter l'amplitude.
Dans le cadre de leur projet "Share The Word" (Partager le mot), Spag et Seb Toussaint, son compagnon d'aventures né comme lui dans le nord-ouest de la France, sillonnent le monde pour colorer les bidonvilles de mots choisis par ceux qui y vivent.
De Manille au Caire, de Katmandou Ă  Nairobi et de la "jungle" des migrants de Calais Ă  Jakarta "nous avons peint 114 fresques contenant chacune un mot : famille, rĂȘve, foi...", prĂ©cise Seb. Mariscal Sucre figurait dĂ©jĂ  sur leur blog outsiderskrew.com puisqu'en 2014 les deux artistes de 28 ans y Ă©taient venus dessiner "bonheur", "humilitĂ©", "amour"...

Par Florence PANOUSSIAN - © 2016 AFP
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