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Syrie: Washington et Moscou au bord de la rupture, catastrophe humanitaire Ă  Alep

  • PubliĂ© le 30 septembre 2016 Ă  08:17
Syrie: Washington et Moscou au bord de la rupture, catastrophe humanitaire Ă  Alep

Les Etats-Unis et la Russie sont au bord de la rupture sur le conflit syrien: Washington menace d'arrĂȘter sa coopĂ©ration diplomatique et Moscou rĂ©plique n'avoir aucune intention d'interrompre la guerre malgrĂ© la catastrophe humanitaire Ă  Alep.


Le prĂ©sident amĂ©ricain Barack Obama et la chanceliĂšre allemande Angela Merkel ont condamnĂ© jeudi avec force "les raids aĂ©riens barbares des Russes et du rĂ©gime syrien sur l'est d'Alep, une zone oĂč habitent des centaines de milliers de civils, dont la moitiĂ© sont des enfants".
Lors d'une conversation téléphonique rapportée par la Maison Blanche, les deux dirigeants alliés sont convenus que Moscou et Damas "portaient une responsabilité particuliÚre pour mettre fin aux combats en Syrie et permettre l'acheminement de l'aide humanitaire de l'ONU aux zones assiégées et difficiles d'accÚs dans le pays".
Dans la matinée à Washington, le secrétaire d'Etat John Kerry avait une nouvelle fois menacé la Russie de geler leur dialogue diplomatique si le carnage d'Alep ne prenait pas fin. "Je crois que nous sommes au bord de la suspension de la discussion parce que c'est irrationnel dans le contexte de ce genre de bombardements", a-t-il averti.
Mercredi, M. Kerry avait profĂ©rĂ© au tĂ©lĂ©phone la mĂȘme menace Ă  son homologue russe SergueĂŻ Lavrov.
"Nous sommes Ă  l'un de ces moments oĂč il va nous falloir considĂ©rer durant un certain temps des alternatives, Ă  moins que les belligĂ©rants n'indiquent plus clairement qu'ils sont disposĂ©s Ă  rĂ©flĂ©chir Ă  une approche plus efficace", a mis en garde le ministre amĂ©ricain, mais sans dĂ©voiler ces "alternatives".
- 'Cadeau aux terroristes' -
Réplique immédiate à Moscou: la porte-parole de la diplomatie russe Maria Zakharova a jugé que le meilleur "cadeau aux terroristes sera le refus de Washington de coopérer avec la Russie pour un rÚglement du conflit en Syrie".
MalgrĂ© les appels internationaux Ă  arrĂȘter le dĂ©luge de feu Ă  Alep, la Russie a poursuivi ses raids en appui Ă  son alliĂ© syrien, comme c'est le cas depuis la "fin", le 19 septembre, du cessez-le-feu nĂ©gociĂ© dix jours plus tĂŽt par MM. Kerry et Lavrov.
Ainsi, l'aviation russe va continuer "son opération en soutien à la lutte antiterroriste des forces armées syriennes", a martelé le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov.
Le Kremlin s'est dit prĂȘt Ă  continuer de coopĂ©rer avec Washington pour "mettre en oeuvre les accords" de cessez-le-feu et "accroĂźtre l'efficacitĂ© de la lutte contre le terrorisme en Syrie".
"Mais Moscou espÚre aussi que les obligations que Washington a accepté d'assumer seront respectées. Jusqu'à présent, elles ne l'ont pas été", a menacé la présidence russe. La Russie exige en effet que les Etats-Unis fassent pression sur les rebelles modérés pour qu'ils se séparent des groupes jihadistes comme le Front Fateh al-Cham (ex Front al-Nosra).
- 'Les bombes tombent partout' -
Alep fait face à "la plus grave catastrophe humanitaire jamais vue en Syrie" en cinq ans et demi de conflit, s'est insurgé le chef des opérations humanitaires de l'ONU, Stephen O'Brien. Devant le Conseil de sécurité, il a dénoncé le fait que le systÚme de santé dans la partie orientale assiégée de la ville "était sur le point de s'écrouler totalement" et que les enfants "étaient les plus vulnérables".
Les enfants d'Alep n'ont nulle part oĂč se rĂ©fugier, pas mĂȘme dans les Ă©coles souterraines censĂ©es les protĂ©ger des bombardements en raison de l'utilisation de "bombes antibunker", a dĂ©noncĂ© l'ONG Save the Children.
"Les écoles dans la partie Est d'Alep, qui devaient rouvrir leurs portes demain (samedi) (...) vont rester fermées en raison d'un assaut féroce, privant d'instruction prÚs de 100.000 écoliers", a-t-elle déploré.
Les deux plus grands hÎpitaux de la ville avaient suspendu leurs activités mercredi aprÚs avoir été endommagés, l'un par un raid, l'autre par un tir d'artillerie, selon la Syrian American Medical Society, une ONG basée aux Etats-Unis. D'aprÚs Médecins sans frontiÚres, au moins deux patients ont été tués et deux membres du personnel soignant les blessés dans ces attaques, dénoncées comme des "crimes de guerre" par le secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon.
Et quelque 600 blessés ne sont pas soignés à Alep en raison du manque de personnel ou de matériel, a déploré l'envoyé spécial adjoint de l'ONU sur la Syrie Ramzy Ezzeldin Ramzy.
Selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), au moins 11 civils ont été tués jeudi à Idleb (nord-ouest) et à Jarjanaz (ouest) dans des raids, sans que l'on sache s'il s'agissait d'avions russes ou syriens.
L'envoyé spécial de l'ONU pour la Syrie, Staffan de Mistura, a reconnu que les négociations entre le régime et l'opposition qu'il tente de relancer étaient "trÚs difficiles" à organiser lorsque "les bombes tombent partout".
La guerre en Syrie a fait plus de 300.000 morts et provoqué la pire crise humanitaire depuis la Seconde Guerre mondiale.

Par David COURBET - © 2016 AFP
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