Des allégations à quelques jours de la primaire

Takieddine affirme avoir remis 5 millions d'euros Ă  Sarkozy

  • PubliĂ© le 15 novembre 2016 Ă  19:10
L'homme d'affaires Ziad Takieddine, le 12 avril 2013 Ă  Paris

Il avait déjà accusé Nicolas Sarkozy d'avoir perçu des fonds libyens lors de la campagne de 2007: à cinq jours de la primaire à droite, l'homme d'affaires Ziad Takieddine affirme avoir personnellement remis à l'ex-président et son camp cinq millions d'euros provenant du régime Kadhafi.

Entre novembre 2006 et début 2007, "j'ai transporté (...) un total de cinq millions d'euros" dans des valises lors de trois voyages entre Tripoli et Paris, a assuré le sulfureux intermédiaire franco-libanais, mis en examen dans l'affaire Karachi, dans un entretien filmé samedi et diffusé mardi par Mediapart.

Il a confirmé ses déclarations à l'AFP, évoquant "cinq millions d'euros pour Claude Guéant et Nicolas Sarkozy qui ont été demandés à Abdallah Senoussi, l'ex-chef des services secrets libyens, "dans le cadre de la coopération entre services de renseignement".
InterrogĂ© dans une prison libyenne, en septembre 2012, dans le cadre des poursuites de la Cour pĂ©nale internationale, Abdallah Senoussi avait affirmĂ© avoir "personnellement supervisĂ©" le transfert de cinq millions pour la campagne en "2006-2007", selon des Ă©lĂ©ments de l'enquĂȘte des juges d'instruction français sur un possible financement libyen, dont l'AFP a eu connaissance.
Les valises, contenant chacune entre 1,5 et deux millions d'euros en billets de 200 et 500 euros, ont été pour les deux premiÚres déposées directement dans le bureau de Claude Guéant, alors directeur de cabinet du ministre de l'Intérieur de l'époque, Nicolas Sarkozy, assure Takieddine à Mediapart.
Pour le troisiĂšme voyage, il affirme avoir effectuĂ© la remise, toujours place Beauvau, mais "directement en haut" dans un appartement privĂ© oĂč se trouvait Nicolas Sarkozy, avec qui il dit avoir Ă©voquĂ© le dossier des infirmiĂšres bulgares alors emprisonnĂ©es en Libye.
Ce n'est pas la premiĂšre fois que Ziad Takieddine lance des accusations sur un Ă©ventuel financement libyen, mais il n'avait jamais dĂ©clarĂ©, notamment lors de ses auditions devant les enquĂȘteurs, avoir lui-mĂȘme transportĂ© de l'argent.
Interrogé par l'AFP pour savoir s'il irait à nouveau témoigner devant les juges, il a botté en touche, disant n'avoir "plus rien à faire avec cette justice qui ne travaille pas".


- Timing "étrange" -


"Il est tout de mĂȘme Ă©trange qu'il avance ses allĂ©gations Ă  quelques jours de la primaire de la droite. S'il avait des preuves, pourquoi ne pas les avoir fournies avant?" a relevĂ© l'avocat de Claude GuĂ©ant, Philippe Bouchez-El Ghozi, en promettant une plainte en diffamation.
Claude GuĂ©ant "n'a jamais entendu parler du moindre centime libyen qui aurait pu servir Ă  financer la campagne de 2007 et, malgrĂ© les nombreuses investigations diligentĂ©es, il n'a jamais Ă©tĂ© mis en cause Ă  ce titre", a soulignĂ© l'avocat, dont le client est mis en examen pour blanchiment de fraude fiscale dans cette enquĂȘte.
Mediapart avait publié, entre les deux tours de la présidentielle de 2012, une note accréditant un versement d'environ 50 millions d'euros, signée de l'ex-chef du renseignement libyen Moussa Koussa. Un faux grossier, accuse Nicolas Sarkozy, dont la plainte s'est, à ce stade, soldée par un non-lieu.
Entendu quelques jours plus tard, le 9 mai 2012, dans le volet financier de l'affaire Karachi sur un Ă©ventuel financement occulte de la campagne d?Édouard Balladur en 1995, Ziad Takieddine avait estimĂ© que "les informations rĂ©vĂ©lĂ©es par la presse" sur la prĂ©sidentielle de 2007 Ă©taient "tout Ă  fait crĂ©dibles", d'aprĂšs des Ă©lĂ©ments dont l'AFP a eu connaissance. Mais il avait ajoutĂ© ne pas avoir Ă©tĂ© mis au courant Ă  l'Ă©poque, malgrĂ© son rĂŽle d'intermĂ©diaire entre Paris et Tripoli, s'agissant d'"affaires rĂ©servĂ©es".
Interrogé de nouveau le 22 juin 2012, Ziad Takieddine avait déclaré qu'il pensait "effectivement qu'il y a eu paiement de la Libye vers la France", ajoutant toutefois ne pas détenir de preuve.
AprÚs trois ans d'investigations, les juges d'instruction du pÎle financier de Paris disposent notamment de plusieurs témoignages d'ex-hauts responsables du régime libyen qui accréditent la thÚse d'un financement occulte, mais aucune preuve irréfutable ne vient confirmer ces accusations.
Sollicité, l'avocat de Nicolas Sarkozy, Thierry Herzog, n'a pas réagi dans l'immédiat.

- © 2016 AFP

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