Actualités du monde

Tapie/Crédit Lyonnais: retour devant la justice sur la revente d'Adidas

  • PubliĂ© le 29 septembre 2015 Ă  08:24
Bernard Tapie et son avocat Hervé Témine le 12 mars 2015 à Paris

Bernard Tapie demande mardi à la cour d'appel de Paris réparation pour la revente d'Adidas par le Crédit Lyonnais, qu'il accuse de l'avoir floué au début des années 1990.


"Et je vais continuer!". En mars, Bernard Tapie avait prĂ©venu les juges financiers parisiens que quoi qu'il advienne du dossier pĂ©nal sur l'arbitrage dans lequel il est mis en examen, il ne renoncerait jamais Ă  obtenir rĂ©paration pour ce qu'il estime ĂȘtre son bon droit: ĂȘtre indemnisĂ©, plus de vingt ans aprĂšs avoir Ă©tĂ©, Ă  ses yeux, trahi par la banque publique.
En février, la cour d'appel de Paris avait annulé l'arbitrage qui, en octroyant en juillet 2008 quelque 400 millions d'euros à Bernard Tapie, avait d'abord semblé mettre un terme à cet interminable feuilleton, malgré l'indignation que cette sentence avait suscitée.
Mais la justice pĂ©nale s'en est mĂȘlĂ©e et Bernard Tapie, un des avocats de l'homme d'affaires, un des juges arbitre et trois autres personnes sont mis en examen, notamment pour escroquerie en bande organisĂ©e.
Loin de mettre un terme Ă  la saga, l'annulation de la sentence ramĂšne la justice Ă  sa genĂšse: les rĂ©criminations de Bernard Tapie contre le CrĂ©dit Lyonnais et ses filiales, qu'il accuse de s'ĂȘtre enrichis frauduleusement et Ă  ses dĂ©pens dans l'opĂ©ration de revente d'Adidas Ă  Robert Louis-Dreyfus, puis de mise en Bourse de l'Ă©quipementier sportif.
Des accusations qui seront contestées à l'audience par le CDR, l'organisme qui gÚre l'héritage du Lyonnais.
Bernard Tapie, 72 ans, devrait revoir ses exigences à la hausse. "Désormais, il n'y a plus de limites", prévenait-il en février, dans son quotidien La Provence.
Il pourrait réclamer entre 600 millions d'euros et plus d'un milliard, selon une source proche du dossier. La cour devrait rendre sa décision avant la fin de l'année.

- Un Tapie au sommet -

Au tout début des années 1990, Bernard Tapie avait acquis Adidas via sa société allemande Bernard Tapie GmBH, pour 1,6 milliard de francs, appuyé sur un pool bancaire mené par une filiale du Lyonnais, la Société de banque occidentale (SdBO).
Fin 1992, Bernard Tapie décide de cesser ses activités économiques pour se consacrer à sa carriÚre politique.
Couvé par François Mitterrand, président de l'Olympique de Marseille qui rÚgne sans partage sur le football français, l'homme d'affaires médiatique est au sommet quand il conclut un accord avec la SdBO qui prévoit l'apurement de ses dettes, notamment par la vente de ses parts dans Adidas, soit 80% du capital. Il donne un mandat de vente de ses actions au Crédit lyonnais pour 2,085 milliards de francs, soit prÚs de 320 millions d'euros.
Deux mois plus tard, le 12 fĂ©vrier 1993, c'est chose faite, les actions Ă©tant achetĂ©es Ă  ce prix par huit acquĂ©reurs, dont une filiale du Lyonnais, Clinvest, des structures off-shore et une structure luxembourgeoise appartenant Ă  l'homme d'affaires Robert Louis-Dreyfus. Or, le mĂȘme jour, ce groupe d'acquĂ©reurs consent une promesse de vente des titres Ă  une sociĂ©tĂ© de "RLD" pour prĂšs de 3,5 milliards de francs, option levĂ©e fin 1994.
Pour le camp Tapie, il y a eu tromperie de la part de la SdBO et de Clinvest, avec un montage conçu à l'avance dans l'objectif de capter la plus-value sur la vente d'Adidas, notamment par le biais des structures off-shore. Il y aurait eu déloyauté du Lyonnais, banque historique de Tapie, qui n'aurait pas respecté son obligation de conseil.
DeuxiĂšme grief de l'ex-ministre: la mise en Bourse de la sociĂ©tĂ© en 1995, sur laquelle la banque touchera une rĂ©munĂ©ration. L'homme d'affaires assure que s'il avait Ă©tĂ© Ă©clairĂ© par le Lyonnais et ses entitĂ©s sur un projet de mise en Bourse d'Adidas, il y aurait procĂ©dĂ© lui-mĂȘme.

Par Jean-François GUYOT - © 2015 AFP
guest
0 Commentaires