Incarcéré depuis sa mise en examen le 2 février pour des viols qu'il conteste, l'islamologue suisse Tariq Ramadan devrait quitter vendredi la prison de Fresnes (Essonne), une fois versée la caution préalable de 300.000 euros fixée par son contrÎle judiciaire.
"Il n'est pas démontré que la détention provisoire de celui-ci serait encore l'unique moyen d'éviter une pression sur les témoins et les parties civiles ou de garantir son maintien à la disposition de la justice", écrivent les magistrats de la cour d'appel de Paris dans leur décision dont l'AFP a eu connaissance. En vertu de cette décision rendue jeudi, Tariq Ramadan doit aussi remettre son passeport suisse et a interdiction de quitter le territoire ou d'entrer en contact avec les plaignantes et certains témoins.
AprÚs prÚs de dix mois de détention, il devra résider en région parisienne et pointer une fois par semaine au commissariat. Son avocat a également déposé fin octobre une nouvelle demande de retrait de ses mises en examen pour le viol présumé de deux femmes, Henda Ayari et celle que les médias surnomment "Christelle". Leurs plaintes successives avaient lancé l'affaire à l'automne 2017.
Toutes deux affirment avoir subi un rapport sexuel d'une extrĂȘme violence, en 2012 Ă Paris pour la premiĂšre et en 2009 Ă Lyon pour l'autre. "Je n'ai pas Ă fuir, je suis totalement innocent de ce dont on m'accuse. (...) Je vais rester en France et dĂ©fendre mon honneur et mon innocence", avait-il dĂ©clarĂ© jeudi pour tenter de convaincre les juges qui examinaient son appel contre le rejet, la semaine derniĂšre, de sa quatriĂšme demande de remise en libertĂ©.
L'intellectuel, qui prenait pour la premiÚre fois la parole en public dans ce dossier, avait renouvelé cette demande à la suite de son revirement du 22 octobre: aprÚs un an de dénégations et contraint par la révélation de SMS sans ambiguïtés, Tariq Ramadan avait alors reconnu avoir eu une relation sexuelle avec chacune de ses accusatrices, mais "consentie" selon lui.
Vendredi, les deux plaignantes, trĂšs actives sur les rĂ©seaux sociaux oĂč elles sont victimes de harcĂšlement, ont dit craindre que cette libĂ©ration galvanise les soutiens de l'intellectuel.
"Ce sont ces gens dĂ©vouĂ©s, corps et Ăąme, aveuglĂ©s, qui sont dangereux ! Le fait de laisser sortir monsieur Ramadan, veut dire, dans leur tĂȘte : +nous avons une impunitĂ© totale+", a dĂ©clarĂ© "Christelle" sur Europe 1.
AprÚs l'annonce de la prochaine libération, "j'ai été harcelée, j'ai reçu des appels anonymes, des insultes, ça a duré toute la nuit", a rapporté sur RTL Henda Ayari. "On me dit que je vais le payer... Donc je suis plus choquée par ce regain de violence à mon encontre que par sa libération en fait".
- "Protéger ma famille" -
A l'audience jeudi, Tariq Ramadan avait plaidĂ© avec force son innocence pendant une vingtaine de minutes. "Je n'ai jamais violĂ©, je ne suis pas un violeur. C'est vrai que j'ai commis une erreur, j'ai pensĂ© Ă protĂ©ger ma famille. C'Ă©tait une erreur et une bĂȘtise de ma part que ce mensonge", s'est-il justifiĂ©. "Mais qui a menti le plus? Qui a instrumentalisĂ© le mouvement #MeToo ?", s'est dĂ©fendu M. Ramadan, reprochant Ă ses accusatrices de "se rĂ©pandre dans les mĂ©dias" alors que lui dit faire "confiance Ă la justice".
"La cour ne va pas se prononcer sur les charges qui pÚsent contre vous, mais sur la question de votre maintien ou non en détention", l'avait rappelé à l'ordre le président. à tour de rÎle, les avocats de la défense et des deux plaignantes s'étaient auparavant renvoyé les accusations de menaces sur les protagonistes du dossier et leur entourage.
Une troisiĂšme femme, Mounia Rabbouj, a portĂ© plainte Ă son tour en mars, mais les juges d'instruction ne se sont pas prononcĂ©s Ă ce jour sur ces faits. En Suisse, la plainte d'une femme, dĂ©posĂ©e en avril, a entraĂźnĂ© en septembre l'ouverture d'une instruction Ă GenĂšve. Tariq Ramadan doit ĂȘtre prochainement entendu en vue d'une inculpation dans ce dossier
AFP
