Relations internationales

Tillerson rencontre Erdogan pour tenter d'apaiser des relations explosives

  • PubliĂ© le 15 fĂ©vrier 2018 Ă  21:44
  • ActualisĂ© le 16 fĂ©vrier 2018 Ă  06:13
Tillerson rencontre Erdogan pour tenter d'apaiser des relations explosives

Le chef de la diplomatie américaine Rex Tillerson a rencontré jeudi soir à Ankara le président turc Recep Tayyip Erdogan pour tenter d'apaiser des relations rendues explosives par l'offensive turque en Syrie contre une milice kurde alliée de Washington.


Le secrĂ©taire d'Etat devait ensuite s'entretenir vendredi avec son homologue MevlĂŒt Cavusoglu, avant une confĂ©rence de presse des deux ministres.

DerniĂšre d'une tournĂ©e qui l'a d'abord menĂ© au Moyen-Orient, l'Ă©tape turque s'annonce aussi comme la plus tendue. "Nos relations sont Ă  un moment trĂšs critique. Soit nous amĂ©liorons nos relations, soit elles vont s'effondrer complĂštement", a mis en garde cette semaine MevlĂŒt Cavusoglu.

"La discussion s'annonce difficile", reconnaissait-on Ă  Washington, oĂč l'on souligne que la "rhĂ©torique turque" est "trĂšs enflammĂ©e", s'agissant des nombreux contentieux qui empoisonnent les relations entre les deux pays, pourtant alliĂ©s au sein de l'Otan. Symbole de cette mauvaise passe: la capitale turque a dĂ©cidĂ© de rebaptiser une avenue longeant l'ambassade des Etats-Unis "Rameau d'olivier", du nom de l'opĂ©ration militaire turque lancĂ©e le 20 janvier dans le nord de la Syrie.

Or, c'est cette offensive contre l'enclave d'Afrine et les Unités de protection du peuple (YPG) qui envenime plus que jamais la situation. Ankara considÚre cette milice kurde comme "terroriste", mais il s'agit aussi d'un allié-clé des Etats-Unis dans la lutte contre le groupe jihadiste Etat islamique (EI).

AprĂšs les appels Ă  la "retenue", Rex Tillerson a protestĂ© mardi contre une opĂ©ration qui "dĂ©tourne" les forces antijihadistes de leur combat prioritaire, estimant que des Ă©lĂ©ments kurdes ont dĂ©jĂ  quittĂ© l'est syrien pour prĂȘter main forte aux YPG Ă  Afrine.

- Minbej aprĂšs Afrine? -

MĂȘme message du ministre amĂ©ricain de la DĂ©fense Jim Mattis Ă  son homologue turc Nurettin Canikli, lors d'une rencontre Ă  Bruxelles : il faut se reconcentrer "sur la campagne pour vaincre l'EI". "La situation est assez compliquĂ©e comme ça, n'aggravons pas les choses", soupire un membre de la dĂ©lĂ©gation de Rex Tillerson.

"Nous leur avons demandé la fin de tout type de soutien aux YPG, et le retrait de cette structure des FDS", a pour sa part déclaré M. Canikli, en se référant à une coalition arabo-kurde dominée par les YPG. "M. Mattis a indiqué qu'ils allaient fournir un soutien plus actif, plus concret et net", notamment en partageant des renseignement dans la lutte menée contre le PKK en Irak.

La situation pourrait bien s'aggraver si la Turquie met à exécution sa menace d'avancer vers Minbej, à une centaine de km à l'est d'Afrine, également contrÎlée par les YPG mais avec des militaires américains à leur cÎté. "Nous allons à Minbej, et s'ils sont là, tant pis pour eux", lùche un haut responsable turc à l'AFP. "Nous n'avons pas besoin de leurs recommandations, mais de mesures concrÚtes sur le terrain."
Sur ce sujet, les échanges risquaient de virer au dialogue de sourds.

Les AmĂ©ricains entendaient discuter des "mesures qui peuvent ĂȘtre prises" face aux "inquiĂ©tudes sĂ©curitaires lĂ©gitimes" des Turcs. Mais Ankara exige que Washington rompe totalement avec les YPG et reprenne les armes fournies Ă  cette milice. "Nous n'avons jamais donnĂ© d'armes lourdes aux YPG, donc il n'y en a aucune Ă  reprendre", a rĂ©torquĂ© jeudi M. Tillerson Ă  Beyrouth, juste avant d'arriver Ă  Ankara. Il avait auparavant prĂ©venu que les Etats-Unis allaient "continuer Ă  former des forces de sĂ©curitĂ© locales", tout en veillant Ă  ce qu'elles "ne reprĂ©sentent pas une menace" pour les "pays voisins".

"Le simple déplacement du secrétaire d'Etat", aprÚs d'autres contacts à haut niveau, "démontre que nous considérons qu'il s'agit malgré tout d'une relation qui nous permet de se parler ouvertement", nuance le membre de la délégation américaine. Et Jim Mattis a estimé à Bruxelles qu'un "terrain d'entente" était possible.

La crise syrienne vient s'ajouter Ă  une longue liste de diffĂ©rends, notamment depuis le putsch ratĂ© de 2016 en Turquie. Washington n'a pas donnĂ© suite aux demandes d'extradition du prĂ©dicateur Fethullah GĂŒlen, dĂ©signĂ© par Ankara comme le cerveau de la tentative de coup d'Etat et installĂ© aux Etats-Unis.

Et l'arrestation d'au moins deux employés turcs des missions diplomatiques américaines en Turquie a récemment déclenché une crise des visas, dont le gel réciproque n'a pris fin qu'en décembre.

Les Etats-Unis dĂ©noncent aussi l'incarcĂ©ration de plusieurs AmĂ©ricains, dont Serkan Gölge, un scientifique de la Nasa condamnĂ© la semaine derniĂšre Ă  sept ans et demi de prison pour appartenance aux rĂ©seaux GĂŒlen. "L'antiamĂ©ricanisme marche bien en Turquie, c'est l'un des seuls sujets qui rĂ©unit les religieux conservateurs et les nationalistes laĂŻques", constate Max Hoffman, du Center for American Progress. Pour lui, le prĂ©sident Erdogan "a choisi d'attiser la colĂšre de l'opinion pour marquer des points politiques".
AFP

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