Diplomatie

Trump et Rohani Ă  la tribune de l'ONU dans un climat tendu

  • PubliĂ© le 25 septembre 2018 Ă  08:49
  • ActualisĂ© le 25 septembre 2018 Ă  09:14
Le président américain Donald Trump, le 24 septembre 2018 à New York, à la veille de prendre la parole au siÚge de l'ONU

Le président américain Donald Trump prend la parole mardi au siÚge de l'ONU avec l'intention affichée de dénoncer l'Iran, désigné comme responsable de tous les maux du Moyen-Orient mais qui devrait dans la foulée s'en défendre avec virulence.

Vieux routier de cette grand-messe diplomatique annuelle, son homologue iranien Hassan Rohani s'exprimera peu aprĂšs Ă  la mĂȘme tribune. Le prĂ©sident français Emmanuel Macron, qui a prĂ©vu de rencontrer les deux hommes lors de son sĂ©jour new-yorkais, livrera lui aussi sa vision du monde, axĂ©e sur la crise du multilatĂ©ralisme.

En 2017, pour sa premiÚre apparition lors de l'Assemblée générale de l'ONU, le tempétueux locataire de la Maison Blanche avait, dans un discours enflammé, désigné deux cibles: Pyongyang et Téhéran.
Depuis, il a engagĂ© un dialogue avec le jeune dirigeant nord-corĂ©en Kim Jong Un qui, va-t-il rĂ©pĂ©tant, fait preuve d'une vĂ©ritable "ouverture d'esprit" et est prĂȘt Ă  prendre des dĂ©cisions courageuses.
S'il devrait appeler à ne pas relùcher la pression sur Pyongyang, qui tarde à faire des concessions significatives sur la question centrale de la dénucléarisation, le ton enflammé de 2017 aura probablement disparu.
La République islamique, en revanche, peut s'attendre à "des mots durs bien mérités", a prévenu le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo, en évoquant la semaine à venir.

Selon le secrétaire d'Etat, M. Trump lancera un appel à tous les pays à rejoindre les Etats-Unis dans leur combat contre le "torrent d'activités destructrices" de l'Iran.
Si la Maison Blanche laisse planer le doute sur un Ă©ventuel tĂȘte-Ă -tĂȘte entre les deux hommes, le dirigeant iranien a assurĂ© sur la chaĂźne NBC que "rien n'Ă©tait prĂ©vu en ce sens", jugeant que les Etats-Unis n'Ă©taient "ni honnĂȘtes ni sincĂšres".
Habile communiquant, il a par ailleurs prévu une conférence de presse mercredi, juste aprÚs une réunion inédite du Conseil de sécurité centrée sur l'Iran et présidée par Donald Trump.

"Conditions insultantes"

AprÚs des échanges d'une rare violence au cours de l'été, lorsque le président américain avait menacé l'Iran de représailles apocalyptiques, l'impasse est totale.
Washington a posé ses conditions - draconiennes - pour un nouvel accord. Téhéran a dénoncé une "longue liste de conditions préalables insultantes".
Les Etats-Unis ont provoquĂ© l'ire de leurs partenaires europĂ©ens en se retirant de l'accord international censĂ© empĂȘcher l'Iran de se doter de la bombe atomique, que Donald Trump juge trop laxiste.
Washington a rĂ©tabli toutes les sanctions levĂ©es aprĂšs sa signature en 2015, avec un sĂ©vĂšre contrecoup pour de nombreuses entreprises europĂ©ennes, sommĂ©es de quitter l'Iran sous peine d'ĂȘtre frappĂ©es par des mesures punitives amĂ©ricaines.

Lundi soir, les alliés européens de Donald Trump ont répliqué en annonçant la création d'une entité spécifique pour pouvoir commercer avec l'Iran, notamment pour l'achat de pétrole, en dépit des sanctions américaines.
Pour Rob Malley, ancien conseiller de Barack Obama et président de l'International Crisis Group, l'approche de la Maison Blanche peut se résumer ainsi: "Mettons le maximum de pression et regardons ce qui se passe".
Or, met-il en garde, "il est peu probable que l'Iran revienne négocier un accord avec un pays qui vient juste de violer le précédent". Et l'accroissement des tensions entre les deux pays couplé avec l'absence de canaux diplomatiques augmentent le risque d'un "affrontement accidentel et périlleux".
Au-delà de sa dénonciation attendue du "régime meurtrier" de Téhéran, selon ses termes, Donald Trump devrait faire une nouvelle fois l'éloge de la "souveraineté" pour mieux décliner son slogan "L'Amérique d'abord".
"En tant que dirigeants de vos pays, mettez toujours vos pays en premier", avait-il lancé l'an dernier, plaidant pour des pays "indépendants" et "forts" comme socle de l'ordre mondial.
Le prĂ©sident amĂ©ricain devrait aussi dĂ©fendre le bien-fondĂ© des guerres commerciales qu'il a engagĂ©es sur plusieurs fronts, Chine en tĂȘte.

Selon un responsable de la Maison Blanche, il appellera "à la réforme du systÚme commercial international", ainsi que celle d'autres institutions internationales pour les rendre "plus efficaces".
Car depuis l'hémicycle rassemblant les 193 Etats membres de l'ONU, Donald Trump aura aussi à coeur de parler à sa base électorale à six semaines d'élections parlementaires qui s'annoncent difficiles pour les républicains.

© 2018 AFP

guest
0 Commentaires