Donald Trump a lancĂ© l'AmĂ©rique dans son plus important conflit depuis des dĂ©cennies sur une "impression". Ce ne sont pas ses opposants politiques qui le disent, mais la Maison Blanche elle-mĂȘme. Tout au long de la premiĂšre semaine de guerre en Iran, le prĂ©sident amĂ©ricain a privilĂ©giĂ© l'impulsion Ă l'argumentation, l'Ă©motion au raisonnement.
Les comptes officiels du gouvernement publient sur les réseaux des clips présentant l'opération militaire comme un jeu vidéo, avec des commentaires lapidaires que l'on imagine aisément scandés par une voix off sur la bande-annonce d'un film à gros budget.
"J'espĂšre que vous ĂȘtes impressionnĂ©s", a demandĂ© Donald Trump jeudi Ă un journaliste de la chaĂźne ABC. "Est-ce que vous aimez la performance?", a demandĂ© l'ancien animateur de tĂ©lĂ©rĂ©alitĂ© - le mot "performance", en anglais, peut aussi signifier "spectacle".
"Cela pourrait ĂȘtre la premiĂšre guerre jamais dĂ©clenchĂ©e sur des +vibes+", sur une vague impression hautement subjective, s'est moquĂ© l'animateur de tĂ©lĂ©vision et humoriste Jimmy Fallon.
La porte-parole de la Maison Blanche, Karoline Leavitt, a été bombardée mercredi de questions sur la raison de cette intervention militaire, dont Donald Trump a supervisé le déclenchement depuis sa résidence de Mar-a-Lago en Floride.
- Présidence impériale -
Elle a répondu que le président, qui pendant sa campagne avait promis de ne pas engager l'Amérique dans de nouvelles guerres, avait agi parce qu'il avait "l'impression ("the feeling", en anglais) que l'Iran allait frapper des positions américaines".
Que le milliardaire de 79 ans ait eu "les mains libres" pour frapper l'Iran "n'a rien de nouveau, puisque la +présidence impériale+ est une constante" aux Etats-Unis depuis des décennies, souligne Richard Haass, qui a occupé des postes importants pendant les deux administrations Bush.
"Ce qui est différent, c'est qu'il a conçu et exécuté ce projet sans suivre une procédure de sécurité nationale digne de ce nom", poursuit l'ancien conseiller dans une newsletter publiée vendredi.
Le Conseil de sécurité nationale, un organe qui aide le président à formuler sa stratégie diplomatique et militaire, a été fortement réduit depuis le retour au pouvoir de Donald Trump.
Marco Rubio cumule les fonctions de chef de la diplomatie et de conseiller Ă la sĂ©curitĂ© nationale - ce qui Ă©tait jusqu'ici un rĂŽle distinct et extrĂȘmement stratĂ©gique Ă la Maison Blanche.
- "Arrogance" et "amateurisme" -
Sean Aday, professeur de relations publiques à l'université George Washington, déclare n'avoir "jamais vu de communication plus mauvaise d'un gouvernement américain en temps de guerre", en parlant d'une "combinaison d'incohérence, d'immoralité, d'arrogance, d'amateurisme".
"L'administration de George W. Bush a peut ĂȘtre inventĂ© des choses pour justifier sa guerre malheureuse et tragique en Irak, mais ils ont passĂ© presque un an et demi Ă essayer de persuader l'opinion publique qu'elle Ă©tait nĂ©cessaire", rappelle l'expert Ă l'AFP.
Rien de tel de la part de Donald Trump, qui a été vague autant sur la raison de l'entrée en guerre que sur les objectifs poursuivis.
Le vocabulaire lui-mĂȘme est incertain. Le prĂ©sident parle de "guerre", mais le patron de la Chambre des reprĂ©sentants, le conservateur Mike Johnson, a affirmĂ© vendredi: "Nous ne sommes pas en guerre. Nous n'avons pas l'intention d'ĂȘtre en guerre."
PlutÎt que d'organiser une conférence de presse, Donald Trump multiplie les courts entretiens téléphoniques avec des journalistes, produisant une mosaïque de commentaires parfois contradictoires.
- "Midterms" -
LĂ oĂč des ministres martĂšlent que Washington n'est pas en quĂȘte d'un "changement de rĂ©gime", le prĂ©sident amĂ©ricain rĂ©pĂšte qu'il s'impliquera dans le choix du prochain guide suprĂȘme iranien et dĂ©sormais que les Etats-Unis participeront Ă la reconstruction du pays.
Il balaie aussi jusqu'ici d'un revers de main les inquiétudes sur les conséquences économiques du conflit, qui a déjà fait grimper fortement le coût de l'essence, un indicateur d'une grande importance politique aux Etats-Unis.
A quelques mois des législatives de novembre, qui pourraient coûter au parti républicain et donc à Donald Trump le contrÎle du CongrÚs, les sondages montrent que la guerre est plutÎt impopulaire.
Une enquĂȘte d'opinion publiĂ©e mercredi par la chaĂźne NBC rĂ©vĂšle que 52% des Ă©lecteurs sont opposĂ©s Ă l'intervention militaire en Iran.
Le déclenchement de la guerre en Afghanistan en 2001 avait au contraire rencontré une forte adhésion et l'opinion publique avait au départ soutenu l'offensive déclenchée en Irak en 2003.
Dans les deux cas, les opinions négatives avaient progressivement pris le dessus au fur et à mesure que le conflit durait.
AFP
