Il avait menacé de "m'asperger d'acide": une compagne de Jacques Rançon a témoigné de la violence de l'accusé, surnommé "le tueur de la gare de Perpignan", au troisiÚme jour de son procÚs mercredi devant la cour d'assises des Pyrénées-Orientales.
Originaire de Picardie, cet ancien cariste-magasinier de bientÎt 58 ans, est jugé pour avoir violé, tué et mutilé deux femmes en 1997 et 1998. Il lui est aussi reproché d'avoir tenté de violer une autre femme et d'en avoir laissé une quatriÚme pour morte. L'histoire avec Carole a eu lieu entre 1987 et 1991. Au début, c'était une romance comme une autre: connaissance par une copine, installation, achat d'une maison... "Il était gentil avec tout le monde", a raconté cette quinquagénaire.
Sur le plan sexuel, tout allait aussi trĂšs bien. "Il n'avait pas d'exigences et si je refusais, il n'insistait pas", a-t-elle expliquĂ©. Tout a changĂ© quand elle est tombĂ©e enceinte. Il est devenu violent. Pour quelle raison ? "Je ne sais pas. Il a voulu me faire passer par la fenĂȘtre. C'Ă©tait des crises et ça passait", a dĂ©plorĂ© cette femme.
Au fil du temps, la situation a empiré. Coups de poing au visage.... Jusqu'à la rupture trÚs dure : "Rançon m'avait promis s'il m'attrapait de m'accrocher à un arbre et de m'asperger d'acide quand on s'est quittés". "Je l'appelle Rançon car il ne mérite pas que je l'appelle Jacques. Je regrette cette partie de ma vie", a-t-elle insisté. "Ce qu'il a fait est ignoble", a ajouté cette femme au physique élancé, brune, cheveux frisés, finalement assez proche des victimes. Et d'avouer avoir encore "trÚs peur de lui".
"A-t-il fait aux deux victimes ce qu'il n'a pas pu vous faire ?", lui a demandĂ© Me Philippe CapsiĂ©, pour les parties civiles. "Il faut qu'il meure en prison", a-t-elle rĂ©pondu en larmes. Une autre compagne tĂ©moigne. Il avait 20 ans, elle 16. C'Ă©tait la premiĂšre fois que Rançon se mettait en couple, l'Ă©poque oĂč il avait dĂ©couvert la sexualitĂ©.
- "Ni remords ni angoisse" -
"Il était normal, assez doux, pas sauvage (...). Il voulait m'épouser", s'est souvenue Chantal, 53 ans, qui était tombée enceinte mais avait perdu l'enfant.
Cette belle histoire, dont il a dit "ne plus beaucoup" se souvenir, s'était pourtant elle aussi terminée dans la violence: "Il m'a poussée contre un buffet", a ajouté Chantal. "Pourquoi ce premier acte de violence alors que vous ne l'aviez jamais été ?", a questionné le président Régis Cayrol: "Je ne sais pas", a répondu Rançon.
"Il n'aimait pas qu'on lui dise non. Il ne fallait pas lui dire non", a repris Chantal, se souvenant que son compagnon d'alors "n'avait pas du tout apprécié" la rupture: "Il m'avait harcelée, il était allé chez ma s?ur, pareil chez mon frÚre". Violent, oui. Dissimulateur, aussi. Alain, un collÚgue de travail, était devenu son ami en 1998, en pleine période des crimes. Ensemble, ils étaient sortis, avaient "bu des coups", "passé des soirées". Mais Alain ne s'était aperçu de rien. "J'en suis resté baba", a-t-il reconnu, à propos de l'interpellation de son copain.
Pour les parties civiles, Me Ătienne Nicolas de s'Ă©tonner: "Vous venez d'entendre votre ami Ă l'Ă©poque oĂč vous avez commis les crimes. Vous le voyez en journĂ©e. Le soir vous tuez, vous coupez les seins, les organes gĂ©nitaux. Et le lendemain vous ĂȘtes normal?" "Oui. J'Ă©tais normal. Ăa restait cachĂ©", a rĂ©pondu Rançon. "Vous n'avez ni remords ni angoisse ?", a insistĂ© l'avocat. "Non !", a rĂ©torquĂ© l'accusĂ© qui a niĂ© les violences sur Carole: "Tout est mensonge".
Seul moment d'humanité, ce fut ensuite face à son fils de 30 ans. "Je te demande pardon d'avoir été un si mauvais pÚre. Je pense qu'on ne se reverra jamais. Donc je te dis adieu". Le verdict est attendu le 26 mars.
AFP
